gruyeresuisse

20/06/2020

Annie Leibovitz : éloge dela vie

Leibovitz.jpgAnnie Leibovitz pour sa nouvelle exposition  explore l’importance du sentiment d’appartenance au nom d'un humanisme qui s'oppose à tous les replis identitaires. Il comprend des images d’un projet réalisé par l’artiste avant la pandémie du coronavirus et des photographies récentes prises pendant le confinement. S'y mélangent portraits et photojournalisme avec humanisme et humour.

Leibovitz 2.jpgL'artiste explore en un premier pan des lieux habités par ses "modèles". N'y demeurent que des maisons vides, des paysages et des objets qui appartenaient aux disparus chéris.  Se découvrent les fleurs pressées de l’herbier d’Emily Dickinson, la surface usée du bureau de Virginia Woolf, des spécimensd'oiseaux préservés par Darwin, le squelette de serpent à sonnettes exposé sous verre sur sa table basse de la maison de O’Keeffe. Près de sa maison elle photographie aussi la petite colline rouge qui apparaissait si souvent comme un symbole monumental du sud-ouest américain dans ses peintures.

Leibo 3.jpgElle a photographié aussi pour ce projet les paysages de sa propre maison dans le nord de l’État de New York, où elle vécut le confinement. Tout cela donne un prolongement original à son oeuvre. Annie Leibovitz ne propose pas le théâtre du monde mais son double. A ce titre elle n’a cessé de répondre à l’injonction de Robert Bresson : "Emmenez moi loin de l’intelligence qui complique tout". Mais de fait son oeuvre reste un fantastique réveil pour l'esprit.

Jean-Paul Gavard-Perret

"Annie Leibovitz. Nature morte", Hauser & Wirth, New York, exposition en ligne, été 2020.

18/06/2020

Catherine Bolle l'indispensable

Bolle.jpgCatherine Bolle, « en duplex » : Les dilet tantes - sion du 20 juin au 15 aout 2020, Zone 30 - sierre du 30 juin au 29 aout 2020.

Contre les mondes et les oeuvres fermées, passant de la création plastique à l'écriture Catherine Bolle poursuit une des oeuvres les plus originales et profondes qui soient. Ce sont et pour paraphraser un de ses poèmes qui sera présenté à Sierre des "sérums, aides-mémoire, scénarii" dont les "rétiniens reflets" s'inscrivent au fond de nous-mêmes  jusqu'à prendre à revers et sans qu'il le sache notre inconscient.

Bolle 3.pngChez Catherine Bolle les dessins font ce que les mots ne font pas et tout autant les seconds évoquent ce que les premiers de peuvent donner. Existe dans chacune de ses oeuvres "l’iceberg de la peur démasqué, l’enveloppe dépourvue de message même, sans son sel, de la mer à la rosée à la fascinante recherche de l’éternité". Preuve que l'art lorsqu'il montre ou parle n'est pas simple agent de communication mais matière elle-même de ce qu'il fait, est et devient grâce à une telle créatrice.

Bolle 2.jpgLa Vaudoise reste l'artiste impeccable du trouble, de la fêlure existentielle. Tout surgit en une forme de rigorisme capable de débrider toutefois une sorte de sensualité paradoxale. Nous sommes plongés au coeur d’une errance immobile dans laquelle le statisme de l'image est toujours contredit par ce qui en jaillit. Catherined Bolle catalyse une force prête à sourdre. Surgit le flot obscur d’un sombre désir, d’une attente et d’une perpétuelle interrogation dans l'exploration de limites, frontières, indices interstitiels.

Jean-Paul Gavard-Perret.

15/06/2020

Mosset toujours

Mosset.jpgPour sa première exposition personnelle à la galerie Gagosian Genève comme pour son exposition au MAMCO, Olivier Mosset continue de surprendre. Dans la galerie de la place Longemalle il propose quatre nouvelles créations : immenses toiles (2,5 x 1 m.) apparemment identiques où surgissent quatre diamants noir peints sur des toiles blanches. Tout est réduit à une sorte d'essence sans que l'on puisse parler de minimalisme tardif dans lequel l'artiste continuerait de baigner.

Mosset 2.jpgLes diamants d’apparence noire, sont de fait tous les quatre nuancés – tantôt le noir tire au rouge, tantôt le noir contient un peu de vert, de jaune ou encore de bleu. Les tableaux sont nus et restent toujours pionniers d'un mouvement intérieur qui continue de questionner. "Une peinture n’a pas besoin de dire qu’elle est de l’art. Elle exprime une sorte de silence qui m’intéresse" écrit l'artste.

Mosset 3.jpgLe cercle, parfaitement noir sur une toile blanche (dont il a produit plus de deux cents modèles entre 1966 et 1974) est non seulement repris en un autre registre géométrique mais revisité même si une ligne générale perdure. Rejetant toute narration ou symbole relié à la subjectivé Mosset déconcentre à chaque oeuvre qui se définit comme objet débarrassé de la surabondance généralisée. Le tout dans une sorte de vision "impartiale" là où s'érige une frontalité avec la matière même et le processus de créatif le plus radical eet stratégique qui soit. La neutralité y est encore plus exacerbée que chez Malévitch. Face à Mosset celui-là sembla manquer d'ambition. Et l'art trouve un chemin "politique" particulier et en rien illustratif ou décoratif.

Jean-Paul Gavard-Perret