gruyeresuisse

18/12/2014

Emma Barthère l’excès l’usine

 

 

 

Emma-Barthere.jpgHéritière implicite de  l’œuvre de Joël Peter Witkin, Emma Barthère transgresse bien les codes. Immobiles dans le tintamarre de l’univers industriel ses femmes nues dissolvent les apparences sans pour autant faire le lit du voyeur.  Elles sont les odalisques de la féminité assumée parfois dans d’ultimes réverbérations crépusculaires et en un équilibre précaire mais jusqu’au triomphe d’un féminin cosmique. Le corps nu jette une froideur  indifférente ou provocatrice sur le voyeur qui le fixe. Supposée « proie » ce corps transperce le chasseur là où l’espace et le temps perdent leurs repères classiques par les décors industriels en ruine.

 

 

 

Emma-Barthere 2.jpgIl n’y a ni geste, ni bien sûr de mots. Seul un regard mutique  déchire le nœud des fantasmes et porte le nu en un propos coruscant. Entre le modèle et l’objectif surgissent un face à face, un  corps à corps de deux vertiges qui ne peuvent que décevoir les langoureux rêveurs. Restent en ellipse ou énoncé -  des moments de grâce. L’attendu est décalé loin des folies érotiques à la triste opulence.  Reste un envoutement glacé. La femme devient le point d’impact d’un sublime isolement dans le royaume écorché de machines devenues célibataires.  Elle est aussi  fragile que forteresse. Sirène d’elle-même elle ose ce que les mâles ne font pas : avancer à découvert. Face à l’obscur et le gravat elle est l’aurore qui invente les couleurs.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Emma Barthere,  "Pieds Nus", portfolio, collection Espaces, éditions Chez Higgins.

 

06:52 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

16/12/2014

Sarah Haug hors limites

 

 

Haug.jpgLes dessins fixes ou d’animations de Sarah Haug cultivent des élévations aux hébétudes d’ivrogne.  De telles « ironisations » du réel et restent à la fois  dégagées de tout humaniste et en faux raccord avec la nature. La créatrice se veut ni farceuse, ni cynique mais simplement une sceptique enjouée. Son travail ramène à la réalité pour mieux en proposer une critique en dehors de tout souci de représentation ou de narration sinon par effet de décalage plus que de soumission. Bref chaque œuvre est une « nature » mais comme on le dit d’une femme de caractère.

 

Haug 2.jpgSarah Haug en a d’ailleurs. Ses approches n’ont rien d'établies. Elles ont du chien (à tous les sens du terme). L’artiste - dans des érections et exactions  hétéroclites, ébouriffantes (même en salon de coiffure) ou non comme dans la mise à plat des formes et leur délocalisation  d’usage – chevauche les apparences à bride abattue. Son art paraît simple mais il est le fruit de la complexité bâtie selon des « dissonances ». Les choses vues s’y retournent sur elles-mêmes. Un tel travail s’éloigne autant du luxe de pacotille que de la réserve de l’avarice. Il avance libre, chargée du seul désir de vie sans la moindre certitude sur ce qu’elle rameute. L’artiste se contente d’effondrer toutes preuves tangibles et léchées d’une rationalité artistique par ce qu’elle  ajuste, disloque. En état de sidération  la pensée bat la campagne (et la ville) au sein d’un paradoxe parfait : se confronter aux œuvres devient comme le disait Pessoa l’obligation à « regarder dans le vide » mais un vide vêtu de réalité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

15/12/2014

Mrzyk & Moriceau : les effeuillées roses en noir sur blanc

 

 

 

 Mryzck 2.jpgAvec Mrzyk & Moriceau si les liquettes restent au clou les seins ne demeurent pas sur le sable. Il y à là des verges et dessus de petits bedons, des  glissements maritimes de phallus de Rackham le Rouge, des  rires et torpeurs mais surtout des avis de tempête aux mateurs. Thalassa, viandes belles s'étalent selon des femmes épinglées et  cabrées dans leur régime. Ça fait des oh, des ah. Les groseilles à maquereaux jouent les ablettes plus que les Alma mater dolorosa. Des reins éreintants ruissellent et bien des doigts faiseur de toisons agitent coquillages, fessiers et soieries à poissons. Tout est là.

Mryzck.jpgAu bout c'est arrondi. C'est l'il. C'est en nylon. C'est oui ? Vagin vagine, copain copine. Gobant un certain vide le dessin broute de broc le bric des frocs et des nuques dévissées par des crics où les lignes craquent ou ondulent ouvertes par les clés d'un culte intime.  Filles épinglées ou courbées, seins en plume : le crayon des sacripans ne veut plus les quitter et crache sa purée. Chose faite, chose sue et sucée, ce crayon à nouveau pointe. Le dessin lèche les pensées là où les Marie basses de l'aine ne battent jamais de l'aile.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Mrzyk & Moriceau : œuvres visibles au Mamco