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25/02/2015

Aperti 2015. Anne Pantillon : les accomplissements paradoxaux

 

 

Pantillon.jpgAnne Pantillon, Aperti 2015 -| ouverture des ateliers d'artistes à Lausanne | 21 et 22 mars 2015

 

 

 

 

 

Anne Pantilon ne cesse d’ouvrir la caverne platonicienne afin d’y faire entrer le jour. La toile devient un drap mais sur lequel une avalanche de couleurs se répand par fragments, grappes, coulures, ravinements, effets de plans et de reliefs. La densité se fait de plus en plus profonde mais non sans fluidité. Le moindre escarpement n'est plus ombre. Se découvre une lumière qui revient progressivement. Tous les trajets de l’artiste sont là pour faire  qu’elle remplisse par strates l’espace. S’inventent peu à peu des noces d'aube : la peinture reste en son lieu (la toile) mais l’artiste y introduit l'impénétrable sourire du monde.

 

 

 

Pantillon 2.jpgIl est fait de falaises aux « bruissements » soyeux d’où émane un émoi particulier.  Anne Pantillon reste fidèle à un art de rupture (donc rupestre) qui ne renonce jamais à investir un étrange cours de l’art afin de le déranger et montrer encore et toujours de l’invisible.  Cette peinture chargée de précipités épouse le mouvement. Le monde y résiste à l’effacement et il échappe au temps.  Sur la peau "lavée" des œuvres apparaissent les pentes de cratère, des coulures  par paliers. Chaque œuvre cerne un suspens,  ébauche quelque chose qui attend qui arrive comme si par la peinture surgissaient des idées de "derrière la tête".

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:39 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

23/02/2015

« Sound-lavis » et partitions graphiques d’Oscar Wiggli

 

 

 

 

Wiggli.jpgOscar Wiggli, « Figures du son », Musée Jurassions des Arts, Moutier, 8 mars – 24 mai 2015.

 

 

 

 

 

Oscar Wiggli est une des rares plasticiens à s’intéresser à ce qui était pour Schopenhauer « le plus abstrait des arts » : la musique. A partir des années 80 et à côté de ses sculptures monumentales il entame des séries de dessins, partitions, idéogrammes et montages digitaux capables de proposer divers types d’interactions entre espace, son, rythme afin de visualiser la musicalité. L’imaginaire sonore n’a rien  ici d’une partition : traits multidirectionnels, effets de reliefs,  symboles rattachés à la culture orientale ont comme objectif constant « de visualiser les timbres musicaux ». Cela demande sans doute un effort de reconstruction chez le regardeur. Ils avancent entre formes et traces qui perlent, s’épluchent et virevoltent en divers types de progressions.

 

Wiggli 2.jpgFaux baroque,  vrai postmoderniste, Oscar Wiggli oblige à un regard affûté. Loin de tout maniérisme il fait du lieu de l’image celui d’une « espèce d’espace » envahie de signes afin de produire cette sonorité  abstractive où de fait la représentation et la figuration « classiques » s’émancipent. La force des images tient  à sa qualité de surface. L’éloge du son passe par la nécessaire « platitude » où le génie du lieu crée la hantise du non-lieu de la musicalité par effet de transfert et de construction.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

22/02/2015

Karin Handlbauer galeriste expérimentale

 

 

 

Haudlauer.pngGalerie Mezzanin Geneva, Karin Handlbauer, 63, rue des Maraîchers,  Genève, actuellement : Christopher Willams,  “The Production Line of Happiness”.

 

 

 

Défendre l'art est un acte militant. Il faut avoir un "gros" cœur mais aussi une curiosité et un regard "intelligent". Karin Handlbauer les possède. Elle sait trouver en Suisse mais aussi en Europe et au-delà du continent des œuvres qui font bouger les lignes. Dans un monde de l'art  atteint par  la gangrène de la consommation à outrance, l’accumulation et la violence  la directrice de la galerie Mezzanin fait partager une vision de la recherche formelle qui ne détricote pas la beauté au profit d'une simple déconstruction-panacée. L'américain Christopher Willians qu'elle expose actuellement le prouve. Son œuvre relie un certain Pop-Art  à une forme d’Art Conceptuel mais outrepasse de tels clivages comme le font les œuvres d'autres artistes que Karin Handlauer défend : Christina Zurfluh et ses labyrinthes, Maureen Kaegi  et ses montages dessinés propices du meilleur "change" à la réalité.

 

 

 

Handlbauer.jpgLa galeriste n’est jamais prise au piège de l'esthétisme qui ne retient que le geste critique au détriment d'un apport plastique réellement neuf.  C'est pourquoi les artistes qu'elle illustre, en liant les deux approches dans un postmodernisme du plus conséquent, risquent d'être  rapidement récupérés  par le système de représentation "main street" et les musées du monde entier. Mais Karin Handlbauer n'en a cure. Et tant mieux si les œuvres qu'elle défend reçoivent succès commercial : elles le méritent. La galeriste aussi. Elle use le meilleur de son énergie pour résister aux tendances du temps afin de "dériver" avec acharnement vers des œuvres qui cultivent un flux plus qu'un reflux. Elle prouve qu'être galeriste est affaire de courage et de professionnalisme. Il ne s'acquiert qu'au fil du temps mais réclame aussi un sens inné de l'anticipation. La vocation de la directrice de Mezzanin est de savoir ce qui se fait afin de « proposer-voir » l'ailleurs d'un devenir en "suspens" et  de défendre celles et ceux qui prennent le relais du futur en enrichissant l'imaginaire.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret