gruyeresuisse

20/10/2016

A l’Ouest du nouveau : Swissnex, San Francisco


Swissnex 2.pngL’objectif de Swissnex San Francisco est de créer une programmation culturelle autour de l’art, la science, la technologie, l’innovation afin de relier la Suisse et l’Amérique du Nord. Sont présentés des expositions autant historiques qu’expérimentales. Pour célébrer son nouveau lieu dans la baie de San Francisco (au « Dock 18 ») Swissnex célèbre Dada en représentant les performances, travaux de ce mouvement né il y a 100 ans au Cabaret Voltaire de Zurich.

Swissnex.pngL’exposition rappelle comment les iconoclastes suisses et européens inventèrent différentes stratégies de mixage à travers - et par exemple - le collage, les déconstructions, le cinéma «abstrait ». Elle propose aussi, selon une vision et des techniques actuelles, comment Dada créa une démocratisation de l’art. Pour l’illustrer Swissnex a fait appel à des artistes suisses actuels tels que Adolph Gurkenhofer, « W3rkh0f » et Claude Winterberg. Une invitation est offerte par John Hald à un artiste américain DJ Kent Clelland qui proposera une performance sur le sujet.

Swissnex3.pngL’étrangeté fascinante de Dada prend possession du lieu où se retrouve mixé et scénographié tout le paradoxe du mouvement centenaire. Il reste contemporain par la qualité de ses audaces. Elles vinrent casser la matérialité apaisante de l’art qui précède le mouvement. Il conserve une parenté secrète avec notre temps. Par ses délocalisations il prouva comment existe parfois plus de vie, de vérité, de sens du tragique dans un bout de chiffon blanc jeté par terre que dans toute la tragédie grecque.

Jean-Paul Gavard-Perret.

18/10/2016

Détours de la pulsion scopique : Débora Barnaba

 

Barnaba.pngAvec Débora Barnaba le corps est et n’est pas. Ce n’est qu’un combat dont le photographe continue le début. Le corps est en n’étant pas, sinon par morceaux, par ersatz et par des décors qui semblent veiller sur lui. La photographie l’emporte sur la corporéité en un mariage obsédant du vrai et du faux en un changement de paradigme.

Barnaba2.pngLe spectateur peut prendre conscience à la fois de la force et de la vacuité de l’éros dans des contrastes d’une perfection visuelle. La photographie crée moins une occultation qu’une déréalisation charnelle dans la blancheur d’une lumière presque irréelle. La méthode comporte une habile perversion : elle en produit tout le charme. Une conquête à peine démêlée, une autre embrouille se dessine pour déboîter le voyeur de ses réflexes et stimuli habituels. Des formes se répètent, se déclinent en peu de couleur mais en pleine lumière dans le miroir, il montre un faible dégradé de chair pour une réverbération paradoxale.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/10/2016

En présence des clowns : Jacques Flèchemuller



Flechemuller 2.jpgDe la pratique très éphémère du métier de clown dans un cirque itinérant, Jacques Flèchemuller a hérité de l’art du masque et du comique. Mais ce masque ne cache pas : il cabosse, rend dérisoire les images codées de l’érotisme en vigueur. Flechemuller.pngLe glamour des pulpeuses femmes tirées des images de papier glacé joue des « choses » de la mode comme des attributs paysagers. Et il n’est pas jusqu’à un prince d’un rocher monégasque à ressembler à un bouliste rehaussé de primates.

Flechemuller 4.jpg

 

Dans une imagerie tirée des dessins des années 50 où les couples semblent particulièrement niais l’artiste crée un contre-pied hérité de l’admiration du peintre pour « Les Pieds Nickelés », première B.D. mal pensante et anarchiste. Partant de leurs quatre héros anti-mousquetaires Flèchemuller a repris à sa main les grands maîtres comme les images populaires. Manière de rendre Vélasquez et Goya encore plus noirs qu’ils le furent. La cocasserie est omniprésente mais elle se nourrit d’une certaine angoisse. Flechemuller 3.jpgLes peintures plutôt que d’épouser le courant le remontent en cultivant des ratages programmés fertilisés par des savoirs dont l’origine se perd sans doute dans les premiers moments de l’art et la pratique des masques que les hommes inventèrent au moyen de terres de diverses couleurs pour créer des ruptures sémantiques avec ce qu’ils furent.

Jean-Paul Gavard-Perret.