gruyeresuisse

19/07/2015

Andrew Miksys : combien coûte le fer ?

 

 

 

Myskys 2.pngLe photographe américain Andrew Miksys partage son temps entre Seattle et Vilnius en Lituanie. Dans sa série "Disko" il explore des "boîtes de nuit"  -  si on peut les appeler ainsi tant elles semblent vétustes. Pris au début des années 90 ces lieux indiquent une nouvelle culture entrain de faire ses premiers pas dans la dégradation de l'empire récemment déchu. Tout semble encore fragile, dérisoire. La jeunesse paraît maladroite.

 

Myskys.pngMiksys par ses prises  ne se contente pas de faire œuvre de mémoire : il ouvre le passé et ses lieux délabrés en un état présent et renaissant. On semble, comme ceux qui fréquentent ces lieux, entendre une musique nasillarde, presque improbable. Mais de telles photographies créent une structure plastique qui n’a rien d’une châsse. La vie bouge et l’artiste montre l’injure faite à chaque  humain par l’idéologie. Miksys fait sauter les verrous sur l'obscur passé encore rampant à coup d’épures. Il ouvre des interstices afin de développer un mouvement dans lequel les voies et les voix jouent  dans l’intervention réciproque de la photographie et du son aporique. Les deux éléments sensoriels sont traités comme actes et non comme états : de leur masse une présence inédite apparaît.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Andrew Miksys, « Disko », livre disponible sur le site de l’artiste.

09:55 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

18/07/2015

Alluvions de lumière : Sam Haskins

 

 

 

SamHaskins 2.jpgNe dissociant pas la photographie de la peinture, proposant des rappels de la seconde par la première, l’œuvre de Sam Haskins témoigne non seulement d'une production de plaisir mais devient le principe générateur, initiatique  des mythes inconnus à la "tribu" des postmodernes. Il existe chez l'artiste américain un système de représentation « totémique » source d’une forme de conceptualisation de la nudité. Elle frappe forcément notre perception. Mais les femmes dépassent l’habituelle frontière du seuil émotionnel premier.

 

SamHaskins.jpgAu rêve le créateur préfère divers types de métamorphoses et d’ouvertures qui arrache la photo de nus à ses standards. Les corps s’allègent tout en lévitation et souplesse. Ils nous regardent et nous emportent au cœur des traces ineffables où les mécaniques de chair deviennent des temples aux machineries secrètes. Les femmes jaillissent telles des statues : aux aspérités et aux formes marquées fait place le lisse. Seule la pure sensation parle. La vie afflue sortie du plus profond. Se contemple l’union de l’ici là-bas en des rythmes retenus et déployés, incessants et risqués.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

08:19 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

17/07/2015

Jakub Karwowski : retenir ce qui fait défaut

 

 

 

 Karwowski- BON.jpgJakub Karwowski  donne la mémoire de ce dont nul ne se souvient tant la maison de ses êtres parle - lourde et légère de leurs riches heures. Comme retirée en ses modèles l’artiste aime s’y perdre mais sans selon un cérémonial comparables à celui de ces femmes. Elles s’érigent et se fondent dans des grands espaces silencieux. Il est fort à parier des mots reviennent sur leurs lèvres pour dire conjointement l’oublié, le retenu. Il semble aussi que seule la détresse permet  de rencontrer de telles silhouettes.

 

karwovski.jpgIl est alors possible d’entamer un bout de chemin avec elles. Tout reste néanmoins de l’ordre du présupposé. Jakub Karwowski ne fait plus naître des choses. Mais il fait mieux. Mieux qu’un simple assouvissement en ouvrant ce qui est moins hallucinatoire que nécessaire. Le désir visualisé n’est pas seulement celui du corps mais d’une cérébralité impliquée dans ce qui ne peut plus  être vu comme avant. Toutefois et dans la distance - si le regardeur est  vigilant - il trouvera une nouvelle clarté.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

21:21 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)