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06/01/2015

Visarte Fribourg à Mézières : aubes épines et chambres interdites

 


 Visarte.jpgVis-à-vis I Visarte, Carte blanche à Visarte-Fribourg, exposition présentée au  Musée de Papier Peint,  Mézières, Fribourg, du 10 janvier au 31 mai 2015.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Elisabeth Herrmann propose au  Musée du papier peint » du Château de Mézières un en­semble d’œuvres de 17 artistes de l’association visarte-Fribourg. Les travaux n’ont pas été choisis par hasard : ils dialoguent avec le lieu de multiples façons. Dès l’arrivée  et selon  un legato qui passe sans froisser l'air surgit ce qu’Augustin Pasquier propose : un regard évolutif sur la façade du châ­teau. Il semble se rattraper, tel  Tarzan,  aux lianes de la nature. Le visiteur idem, avant qu’il ne pénètre dans l’antre du lieu pour des festins esthétiques plus intimes où  tanguent d’étranges  sensations. Il suffit pour cela de suivre tel un Petit Poucet les confettis dynamisants de Cornélia Patthey. L’artiste joue donc les maîtresses de cérémonie.   Marie Vieli propose un rêve de conte de fée en honneur de toutes les femmes, Viviane Fontaine transforme les tapisseries du lieu par des présences exogènes d’esprits extrême-orientaux, Isabelle Pilloud en une approche collaborative sur les Héroïnes offre la possibilité aux visiteurs de transmettre leur témoignages sur leurs héroïnes : ils s’encrent par écrit et s’ancrent par la couture d’une perle de lune à l’emplacement adéquat sur une carte du monde. Magdolna Rubin et son « château dans le château » comme Hafis Bertschinger disposent encore d’autres métamorphoses et. J-M Schwaller en sa forêt des songes cachent des jeux de l’amour et du hasard…

 

 Visartez 3.png

Qu’il soit enfant dit de l'amour ou non chaque visiteur sortira - la visite terminée - avec ses chimères enroulées autour de son cou en guise de cache-nez. Preuve que tout le mal que se sont donnés les artistes pour répondre avec intelligence et émotion au pari d’Elisabeth Herrmann ne peut faire que du bien. Entrer dans l’exposition revient à sortir du néant pour se confronter à une série de psychés dégingandées. Il faut en accepter les doux scandales d’une lumière qui n’appartient qu’à la nuit tout en lui échappant. L’aube est là. Les salles historiques se frottent les yeux face à de tels phosphènes du nouveau millénaire en linge blanc ou peau caramel, en accès de fièvre ou émoi particulier. Les œuvres caressent l'espace du lieu mais à rebrousse-poil : ce qui lui fait perdre sa pelisse d’hiver et lui accorde une nouvelle jeunesse. A ne pas rater.

Jean-Paul Gavard-Perret



 

 

 

 

 

 

 

Claudia et Julia Muller : sisters acts

 

 

Muller 2.jpgLes Bâloises Claudia et Julia Müller jouent d’un va et vient incessant entre dessin et peinture : l’un se transpose dans l’autre et vice versa en divers processus de modification. Ils passent non seulement de la peinture murale au dessin sur papier mais aussi des aquarelles et collages à la vidéo. Dans leurs premiers travaux les sœurs utilisaient souvent comme point de départ la photographie de proches avant d’élargir leur thématique à la nature, à l’histoire en partant de reproductions tirées des médias et des livres. Elles font surgir ce qui est caché dans les images. Elles en offrent une lecture critique sans la moindre démagogie ou leçon. Demeure une esthétique de l’ouverture et de la dialectique dont la finalité est à découvrir par le regardeur au sein de séries et leurs points de ruptures des apparences.

Muller.jpgLe piètre mystère de la pâmoison des images admises est pour les créatrices induite par la perte obligée de conscience. C’est pourquoi au descriptible elles préfèrent l'indescriptible qui dévaste l’image première. Manière de rappeler qu'"on" nous a offert un destin ou plutôt que nous le subissons au moyen d’images fléchées. Face à elles les Muller inventent une coupure afin de résister à l’abrutissement des songes programmés. Vivre n'attend pas la confirmation d'un miroir pipé élevé au rang de vérité. Les artistes en cassent l’infirmité sensorielle. Les glissements d’un média à l’autre par la syncope et le spasme sortent des trous noirs du prêt à regarder et consommer en mélancolie ou nostalgie. C’est pourquoi l’œuvre ne cherche jamais à grimper au rideau des apparences. Elle creuse la langue plastique pour que se saisissent des rapports ignorés et qu’implose l’inconsistante imageante. Le décalage "peaufine" une image parlante. Il transgresse l’effet de leurre. Ici à l’inverse la présence n’est que soupçon. D’où l’importance de l’enjeu fomenté par les sisters en leurs « acts » impies.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/01/2015

Les pistes multiples de Rudy Decelière

Decelière 2.jpgRudy Decelière par ses films, sons, installations et création d’images fixes en petits formats ou grands pans crée une confrontation avec l’espace. Il faut du temps pour appréhender de telles propositions. Elles imposent une confrontation communicante à longue haleine.  Ceux qui trouvent de mauvaises raisons de ne pas s’arrêter ratent des séries de variations. Chaque œuvre tient le regard en respect et le fait avancer par l’invention d’une « visualité »  ou d’une « choséité » qui ne s’adresse pas seulement à la curiosité du visible,  mais convoque tous les sens. Des petites pièces surgissent un rut enfantin, un égrainement horizontal de figurines et une onction de salves où la mer semble avancer. Des pans de murs provoquent d’autres embarquements dont la destination pourrait être Cythère. S’y distinguent des seins  qui éblouissent de leurs lumignons dont ils sont bâtis. Les formes dansent comme diluées dans l’espace mais au même moment elles provoquent une compacité. Elle peut donner au spectateur l’impression d’être soumis à une sorte d’immanence d’un état de rêve éveillé.


Decelière.jpgLa matière à voir se transforme, passe de l’abstraction au figural selon divers types d’évidences lumineuses mais décalées. Si bien que chaque « pièce » semble un objet jamais atteint et qui échappe comme dotée de la puissance des choses insues. Rudy Decelière  renvoie à une luminosité et une obscurité essentielle. Elle est  le lieu d’un rite de passage où tout s’inverse et dans lequel le son n’est pas oublié. Il vibre à des cadences légèrement  décalées comme si ses visages  étaient d’aléatoires questions de fréquences et  débits.  Le regard tombe pour se dissoudre comme dans un brouillard de vif argent.  L’art devient une figure du monde dans la partie qu’il  joue avec lui.  Il est aussi la fable du lieu où nous rêvons peut-être de glisser afin de briser notre façon de voir, d’entendre et de penser. Chaque regardeur peut éprouver de nouvelles  sensations : marcher, regarder, sentir le corps séparé du reste du monde comme un adolescent qui « conjugue » un étrange bonheur sans justification.

 

 

 

J-P Gavard-Perret

 

 

 

15:08 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)