gruyeresuisse

24/07/2015

Raymond Cauchetier photographe de Jean-Luc Godard

 

 

Chauchetier.JPG« Raymond Cauchetier’s New Wave », James Hyman Gallery, Londres et livre même titre, éditions ACC, 2015.

 

Pour son 95ème anniversaire et au moment où est publié une nouvelle monographie de son œuvre, la galerie James Hyman Gallery présente une exposition d’œuvres souvent inédites de Raymond Cauchetier sélectionnées dans ses archives privées. La Nouvelle Vague y tient le beau rôle avec une mention majeure et spéciale pour Godard et ses interprètes - telle Anna Karina  « pour l'extase et le trouble». Tout reste néanmoins ici pudique et drôle dans le regard bienveillant et amusé sur Godard, Belmondo, Jean Seberg, etc. Il y a là non seulement les traces irréfutables de la Nouvelle Vague mais surtout la force d’images qui entre photos de reportage et d’art sont dépouillées de tout apprêt pour mieux rester au service de leur sujet.

 

Chauchetier 2.JPGLorsque Godard parle à l’oreille de Belmondo ou que ce dernier susurre à celle de l’héroïne d’  « A bout de souffle » surgit un récit poétique. Il permet d’entrer dans le cinéma au moment où il s'arrachait non au néant mais à certains poncifs afin d’atteindre un seuil d’émergence. La photographe en souligne l’importance. Surgit une sorte de hantise de l’époque et de sa magie noire et blanche. Les clichés sont donc plus que des survivances. Un vent frais souffle pour dégager des poussières ou des cendres chromos en forçant la forme cinématographique. Demeure une zone d'existence renouvelée par arrêt sur images dans une lumière rasante. Elle remonte à une époque où le cinéma se voulait sans balise.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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23/07/2015

Un homme en mouvement : portrait de l’artiste de Thurgovie Roger Weiss.

 

 

WEISS BON 2.jpg 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Le désir de retrouver mon atelier.

 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Je suis encore entrain de les affronter.

 

A quoi avez-vous renoncé ? A tout ce qui n’est pas en état de m’accompagner dans ma direction.

 

D’où venez-vous ? Je suis originaire de Horn, Canton de Thurgovie.

Quelle est la première image qui a frappé votre émotion ? Le visage d’une femme.

 

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ? A celles et ceux que je savais qu’ils ne répondraient pas.

 

Que représente pour vous la femme ? Dans la femme je cherche mon totem contemporain, ma forme parfaite, la création capable de contenir le Tout et de distiller l’essence des choses.

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? J’ai de la difficulté à identifier et à l’identifier avec les étiquettes, simplement je me situe dans une direction qui est mon parcours et je souhaite que d’autres personnes puissent s’insérer dans mon chemin.

 

Où et comment travaillez-vous ? Dans mon atelier toujours à l’écoute de mes questions.

 

Quel livre aimez-vous relire ? « De Rerum Natura » (de Lucrèce).

 

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Un homme en mouvement.

 

De quels artistes vous sentez-vous le plus proche ?  Valentina De’ Mathà et Josef Weiss.

 WEISS Bon.jpg

Que voudriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Passer un an loin de ma réalité.

Que défendez-vous ? L’idée que pour une conception plus haute il est possible de toujours nous remettre en jeu.

 

Que pensez-vous de la phrase de Lacan « L’amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » ? L’amour est une invention de l’homme sur laquelle il est plaisant de jouer.

 

Et de celle de Woody Allen « La réponse est oui mais quelle était la question » ? Que la question était juste évidemment.

 

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? Voudriez-vous me faire un portrait pour  « Human Dilatation » ?

 

Entretien réalisé et traduit de l’italien par Jean-Paul Gavard-Perret le 23 juillet 2015.

 

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22/07/2015

De la campagne au Paléo : Le monde étrange et pénétrant d’Anne Golaz

 

 

 

 

 

GOLAZ Bon.jpg"Un autre regard sur Paléo, Musée de l'Elysée (Lausanne) et le Paléo Festival de Nyon, du 20 au 26 juillet 2015.

 

 

 

 

 

Peu à peu Anne Golaz laisse le hasard se mettre au service de ses photographies. Pour autant – tout en gagnant en liberté – l’artiste peaufine toujours ses prises. Le monde quoique proche de nous se révèle inquiétant. L’artiste piège le réel en le proposant dans une théâtralité particulière : le portrait d’un « roadie » du Paléo Festival de Nyon  au repos, un lapin dépecé et pendu à un croc de boucher interrogent et dérangent le regard selon une poésie rendue à l'état élémentaire. Ce fabuleux théâtre à ras de réel sublime ce dernier en s’attachant à un monde presque perdu ou oublié.

 

 

 

Golaz.jpgForte de son expérience terrienne, l’artiste exhausse la campagne, la forêt tout comme la fête mais vue "off scène". Chaque photographie devient un haut relief de figurations. Elles « vertèbrent » une vision distanciée  mais profonde. L’artiste n’ajoute rien aux choses ou personnages vus mais ne retranche pas plus dans l’espace saturé ou épuré. Anne Golaz conserve de l’apparence que ce qui en a coulé : ça transperce, ça ramasse, pénètre, glisse. L’imaginaire développe une épaisseur cachée là où la photographie ne crée pas un monde de façades mais son contraire. Le réel s’ouvre, se laisse écarter par l’œil reculé et animé par l’impulsion du dedans de la créatrice. Captant de l'inadvertance elle amène au point d’une rencontre insolente. Plus besoin de métaphores. Évitant  le récit, chaque prise propose une énigme. Portraits et paysages restent toujours l'en-face qui ne se laisse pas saisir. En isolant lieux ou choses l'artiste ramène à ce qui tient du semblable et du dissemblable en des foyers singuliers et inconscients qui nous hantent.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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