gruyeresuisse

01/08/2017

Roma Napoli : Barbie n’est plus ici

Roma-Napoli.jpgRoma Napoli propose un transfert de stéréotypes. Barbie est occultée au profit de Ken. Et le rapport entre le personnage et son metteur en scène n’est pas hasardeux, innocent, arbitraire. Le photographe a choisi sa propre anthropologie. Si Dieu créa la femme, l’artiste préfère le sexe fort. Qui n’est pas forcément facile : il ne couche pas le premier soir mais fait l’impasse pour sauter directement au second. Reprenant le masque d’une certaine illusion (jouet mondialisé) le créateur exagère l’affinité qui lie Ken à ce qu’il représente et joue d’une forme de métaphore (parfois boulistique).

Roma-Napoli 2.jpgEn une sorte de radicalité de sa « fonction », l’objet ludique permet de revendiquer le droit à être ou jouer autrement, le droit à la différence non sans une force politique. La photographie devient alors le signe de rébellion par l’utilisation même du jouet. Cette manière de renverser le jeu et sa donne rend possible moins les leurres et la duplication que la diversion. Roma Napoli exploite dans une forme de dandysme paradoxal, le refus des normes et il affirme ses préférences. Au-delà des plaisirs vénitiens avec lequel le photographe d’une certaine manière renoue, il participe d’un mouvement de distance prise à l’égard d’une vision « normale » du monde. Une mentalité divergente se mêle ici à une pente naturelle de l’artiste pour l’insoumission, le jeu, la mise en scène aussi légère qu’équivoque.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/07/2017

Francesca Magnani : vues du pont

Magnani.jpgLe pont suspendu de Willamsburg reste un des plus célèbres ponts de New-York et fut longtemps le plus long du monde. Il permet de franchir l’East River pour relier Manhattan à Brooklyn par Willamsburg qui fut jadis le quartier des juifs polonais et de l’Europe de l’Est. Ce lieu cher à I. B. Singer est désormais cosmopolite : y demeurent encore des familles juives orthodoxes mais elles se perdent désormais au sein d’autres communautés.

Magnani 2.jpgFrancesca Magnani a saisi cette diversité en se postant sur le tablier du pont. Elle n’a pas cherché à en offrir une vision spectaculaire. Bien au contraire. Elle s’intéresse à ceux qui le franchissent. La radicalité des prises est sans apprêts ou apparats afin que la vie émerge tels qu’elle est au milieu des hommes pressés ou des badauds, des amoureux ou des joggers, des frimeurs ou de celles et ceux qui semblent fuir le regard de la photographe. Ils passent, avancent souvent surpris : pas question pour la photographe de les ajuster. Parfois même elle ne peut saisir que le gouffre des intervalles qui existent entre eux. C’est comme une suite de tableaux solitaires se jouant à plusieurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://www.francescamagnani.com

 

René Groebli roi de Provence

Groebli 2.jpgLe « Festival des Nuits Photographiques de Pierrevert » - village des Alpes-de-Haute-Provence avec ses douze expositions dans lieux publics, chapelles et caves viticoles - a pour parrain cette année René Groebli. Manière de redonner au photographe suisse toute son importance.

Mêlant l’éphémère, l’intime, le sensuel l’intemporel, René Groebli reste un créateur original qui a su créer un formalisme éloigné de l’école documentariste américaine. Sa poésie est bien différente.

 

groebli 3.jpgEn dépit du caractère intimiste de son travail il reste moins le photographe des êtres que celui de leur perception. Avec un regard de peintre, par effet de surface il sait isoler les détails qui permettent de voir ce qui se cache derrière les apparences avec précision et évanescence.

Ses photographies se dégagent du décor pour créer un dialogue entre le sujet et celui qui le capte. Mais le regardeur se sent plus témoin que voyeur. La cristallisation de l’émotion passe du côté des murs à celui des êtres. Ils ne sont pas idéalisés mais trouve une vérité consubstantielle au créateur lui-même.

Jean-Paul Gavard-Perret