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23/07/2015

Un homme en mouvement : portrait de l’artiste de Thurgovie Roger Weiss.

 

 

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Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Le désir de retrouver mon atelier.

 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Je suis encore entrain de les affronter.

 

A quoi avez-vous renoncé ? A tout ce qui n’est pas en état de m’accompagner dans ma direction.

 

D’où venez-vous ? Je suis originaire de Horn, Canton de Thurgovie.

Quelle est la première image qui a frappé votre émotion ? Le visage d’une femme.

 

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ? A celles et ceux que je savais qu’ils ne répondraient pas.

 

Que représente pour vous la femme ? Dans la femme je cherche mon totem contemporain, ma forme parfaite, la création capable de contenir le Tout et de distiller l’essence des choses.

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? J’ai de la difficulté à identifier et à l’identifier avec les étiquettes, simplement je me situe dans une direction qui est mon parcours et je souhaite que d’autres personnes puissent s’insérer dans mon chemin.

 

Où et comment travaillez-vous ? Dans mon atelier toujours à l’écoute de mes questions.

 

Quel livre aimez-vous relire ? « De Rerum Natura » (de Lucrèce).

 

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Un homme en mouvement.

 

De quels artistes vous sentez-vous le plus proche ?  Valentina De’ Mathà et Josef Weiss.

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Que voudriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Passer un an loin de ma réalité.

Que défendez-vous ? L’idée que pour une conception plus haute il est possible de toujours nous remettre en jeu.

 

Que pensez-vous de la phrase de Lacan « L’amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » ? L’amour est une invention de l’homme sur laquelle il est plaisant de jouer.

 

Et de celle de Woody Allen « La réponse est oui mais quelle était la question » ? Que la question était juste évidemment.

 

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? Voudriez-vous me faire un portrait pour  « Human Dilatation » ?

 

Entretien réalisé et traduit de l’italien par Jean-Paul Gavard-Perret le 23 juillet 2015.

 

13:14 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

22/07/2015

De la campagne au Paléo : Le monde étrange et pénétrant d’Anne Golaz

 

 

 

 

 

GOLAZ Bon.jpg"Un autre regard sur Paléo, Musée de l'Elysée (Lausanne) et le Paléo Festival de Nyon, du 20 au 26 juillet 2015.

 

 

 

 

 

Peu à peu Anne Golaz laisse le hasard se mettre au service de ses photographies. Pour autant – tout en gagnant en liberté – l’artiste peaufine toujours ses prises. Le monde quoique proche de nous se révèle inquiétant. L’artiste piège le réel en le proposant dans une théâtralité particulière : le portrait d’un « roadie » du Paléo Festival de Nyon  au repos, un lapin dépecé et pendu à un croc de boucher interrogent et dérangent le regard selon une poésie rendue à l'état élémentaire. Ce fabuleux théâtre à ras de réel sublime ce dernier en s’attachant à un monde presque perdu ou oublié.

 

 

 

Golaz.jpgForte de son expérience terrienne, l’artiste exhausse la campagne, la forêt tout comme la fête mais vue "off scène". Chaque photographie devient un haut relief de figurations. Elles « vertèbrent » une vision distanciée  mais profonde. L’artiste n’ajoute rien aux choses ou personnages vus mais ne retranche pas plus dans l’espace saturé ou épuré. Anne Golaz conserve de l’apparence que ce qui en a coulé : ça transperce, ça ramasse, pénètre, glisse. L’imaginaire développe une épaisseur cachée là où la photographie ne crée pas un monde de façades mais son contraire. Le réel s’ouvre, se laisse écarter par l’œil reculé et animé par l’impulsion du dedans de la créatrice. Captant de l'inadvertance elle amène au point d’une rencontre insolente. Plus besoin de métaphores. Évitant  le récit, chaque prise propose une énigme. Portraits et paysages restent toujours l'en-face qui ne se laisse pas saisir. En isolant lieux ou choses l'artiste ramène à ce qui tient du semblable et du dissemblable en des foyers singuliers et inconscients qui nous hantent.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10:24 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

21/07/2015

Regeneration3 : du rififi dans la photographie

 

 

 

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Regeneration/3, Quelles perspectives pour la photographie ?, Musée de l’Elysée, Lausanne, été 2015

 

 

 

 

 

regeneration 2.pngReGeneration  est l’un des évènements phares du Musée de l’Elysée. La première édition fut créée en 2005. Pour son 30e anniversaire, le Musée organise la 3ème version en illustrant le caractère plurivoque de la photographie. Les plus grandes écoles d’art de la planète ont répondu à l’appel d’offre de l’organisation. Parmi 400 dossiers le jury a sélectionné 50 artistes venus de 25 pays. La  production artistique émergente est classée selon trois « variations » : diversité des approches pour traiter le document, question de la mémoire, richesse  des formes inspirées par l’histoire du médium et de l’art. L’exposition est complétée d’un « catalogue » co-édité avec Skira et  créé par l’atelier Supero selon une superbe modernité graphique. De jeunes photographes suisses (Simon Rimaz, Giaccomo Bianchetti) se retrouvent en phase avec une nouvelle génération dont on retiendra  Rachel Cox (USA, photo 2), Nobukho Naqba (Zambie, photo 3), Robert Mainka (Pologne) ou encore Li Zhi (Chine).

 

Regeneration 3.pngLes œuvres sont toutes intéressantes car elles jouent d’un risque esthétique et parfois politique. L’ironie côtoie aussi la gravité. Certaines photos ne se laissent pas saisir au premier regard. Elles  semblent cacher plutôt que de montrer. Néanmoins, et dans ce cas, il s’agit de reprendre la seule problématique de l’art : montrer moins afin de voir plus dans le presque rien qui hésite et s’interrompt comme si l’aveu d’une certaine « impuissance » de l’expression était le comble de la maîtrise. Les jeunes photographes font donc preuve de précision dans leur construction et d’intensité dans leur propos. Voilà sans doute pourquoi  une telle exposition ne se quitte qu’à regret. Elle nous habite en devenant le lieu où  - et s’il fallait le synthétiser - le langage crée un monde débarrassé de figures somptueuses. Regeneration  non seulement porte bien son nom mais dresse à sa manière non un mur mais une suite d’échancrures où le réel crisse.

 

Jean-Paul Gavard-Perret