gruyeresuisse

16/01/2015

Delirium Vadi

 

 

 

 Vadi bon.jpgPierre Vadi, "Plus d'une langue", Centre Culturel Suisse, Paris, du 16 janvier au 29 mars 2015.

 

Les œuvres d’art sont souvent considérées comme de vieilles dames outrageusement maquillées, au sourire un peu trop victorieux, figé et vaniteux. Rien de tout cela chez Pierre Vadi dont l’œil oblique et les croyances troublées font bouger bien des lignes. Beaucoup parlent à propos de ses travaux de  « principes de  précipité  et de passage ». Le Genevois  propose diverses élucubrations plastiques, chimiques et matérielles en un mixage d’objets et d’images mentales. Utilisant souvent le moulage, ses sculptures créent les figures en négatif ou inversées du monde. Les emballages en carton deviennent des contenus.  Son « Portique du Gouvernement du Monde depuis la Montagne Noire » reste un porche des plus incertains. Les œuvres multiplient les doutes et les ouvertures (possibles mais jamais certaines) de sens. Les vis et écrous de « Stoned Text » renvoient à la fabrication mécanique du livre où le texte  devient pierre et où la pierre elle-même étant homonyme  du prénom de l’artiste incarne un jeu de mot.

 

 

 

Vadi Bon 2.jpgL’effet de l’œuvre est autant de spatialiser le temps que de temporaliser l’espace et de décorseter la notion même de langage et de signe.  Sorte de marchand d’os l’artiste par interventions attentives désoriente bon nombre d’idées reçues sur l’art, sa technique, ses expositions. Il ne pare jamais le réel de plumes ou de bandages herniaires. Pour lui la beauté n’a pas de forme même si les formes la font naître. Il arrache ses œuvres au règne du spectacle et de la culture séduction même si au besoin il peut jouer avec. Inactualisant l’actuel (à l’inverse de ce que bien des artistes proposent) il porte attention aux objets de perte devenus grâce à lui ceux de la contemplation. Il s’agit  de mettre le feu au regard, de discréditer tout didactisme avec cet instrument d’imprécision, de torture et de musique qu’est l’art. Par la magie-Vadi des nettoyeurs matinaux époussètent au milieu des nuages les déshabillés compliqués des structures qui droguent à la baguette des valses de Vienne. Surgit un nouveau réalisme mâtiné de constructivisme.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15/01/2015

Dais clairs de Zoé

 

 

Zoé 3.jpgQuatrième intervention dans les vitrines des Mouettes. « Des femmes en forme », Zoé de Soumagnat et Esther Girard, Visible depuis l’extérieur jusqu’au 1er mars 2015, Collectif RATS
1800 – Vevey

 

 

 

 

 

Zoé de Soumagnat.jpgZoé de Soumagnat accompagne de bleu le bleu, le blanc de blanc en constituant  des mythes sans référence et des mimétismes qui ne renvoient à rien. L’acte n’est pourtant pas gratuit mais échappe à bien des déterminismes. Chaque image devient métaphore des métaphores. Dans son caractère « mineur »  elle crée ce que le directeur du Mamco Christian Bernard nomme lorsqu’il se mue en poète « de regains instants frisants sans autre suite ».  L’image garde la lourdeur infinitésimale d’un battement de jambe dans l’eau, le coup mat d’un oreiller sur la tête. La lumière à peine accompagnée de ciel fait que l’anxiété paradoxalement s’éloigne. La couleur de la transparence devient un alphabet iconographique présent pour brûler les paroles.  Preuve qu’un certain plaisir n’appartient qu’à ce qui échappe et dont Zoé de Soumagnat offre la libération loin de toute torpeur ou de gangue en ses fouilles et  frondaisons aquatiques ou non.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:02 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Philippe Fretz : Fragments du contre-discours de l’art

 

 

 

 

 

Fretz 2.jpgPhilippe Fretz. Seuils et terrasses (suite), art&fiction, Lausanne, 2015.

 

 

 

Poursuivant son entreprise de cartographie de l’art et du sens des images sous toutes ses formes et en habile descendant d’Aby Warbug, Philippe Fretz double son travail de recouvrement par la création picturale. Paradoxalement la couleur ne laisse aucune place à un quelconque passage : ce qui convient parfaitement afin de réfléchir habilement à la question même de franchissement et de frontière comme celui de « plateau » cher à Deleuze. Entre image recueillies (tirées de l’histoire de l’art et de la photographie) et la création s’instruit un « process » essentiel car en rien simplifié et purement discursif. Cette procédure demande en contre partie au regardeur une attention particulière car rien n’est donné a priori.

 

Frerz 2.jpgDans des oeuvres chargées en couleurs et en symbole (sans clés)  le créateur met en place un monde violent mais d’où l’outrance (toujours facile) est exclue. L’image en tant que création devient l’allégorie du travail de réflexion. A travers l’Internet et la méthode des mots-clés l’artiste fait l’expérience de ces passages vers des exhibitions où à la fois « tout devient seuil et tout devient terrasse » mais qui renvoie à ce qui ressemble pour la plupart à un « errement » sans but. D’une part parce que l’ordinateur n’est en rien un garde-fou : il est par « ssence » irresponsable et nourrit un plein illisible dans le tsunami d’informations de ses octets insolents. D’autre part parce que la fabrication d’espaces virtuel n’avaient jusque là jamais été  aussi interlopes en ne faisant que singer du partage.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret