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15/01/2015

Philippe Fretz : Fragments du contre-discours de l’art

 

 

 

 

 

Fretz 2.jpgPhilippe Fretz. Seuils et terrasses (suite), art&fiction, Lausanne, 2015.

 

 

 

Poursuivant son entreprise de cartographie de l’art et du sens des images sous toutes ses formes et en habile descendant d’Aby Warbug, Philippe Fretz double son travail de recouvrement par la création picturale. Paradoxalement la couleur ne laisse aucune place à un quelconque passage : ce qui convient parfaitement afin de réfléchir habilement à la question même de franchissement et de frontière comme celui de « plateau » cher à Deleuze. Entre image recueillies (tirées de l’histoire de l’art et de la photographie) et la création s’instruit un « process » essentiel car en rien simplifié et purement discursif. Cette procédure demande en contre partie au regardeur une attention particulière car rien n’est donné a priori.

 

Frerz 2.jpgDans des oeuvres chargées en couleurs et en symbole (sans clés)  le créateur met en place un monde violent mais d’où l’outrance (toujours facile) est exclue. L’image en tant que création devient l’allégorie du travail de réflexion. A travers l’Internet et la méthode des mots-clés l’artiste fait l’expérience de ces passages vers des exhibitions où à la fois « tout devient seuil et tout devient terrasse » mais qui renvoie à ce qui ressemble pour la plupart à un « errement » sans but. D’une part parce que l’ordinateur n’est en rien un garde-fou : il est par « ssence » irresponsable et nourrit un plein illisible dans le tsunami d’informations de ses octets insolents. D’autre part parce que la fabrication d’espaces virtuel n’avaient jusque là jamais été  aussi interlopes en ne faisant que singer du partage.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14/01/2015

Poésie plastique d’Anouchka Pérez

 

Pérez 2.jpg

 

Anouchka Pérez, « Hiver 2015 », La Place des Arts, Lausanne, du 22 janvier au 7 février 2015.

 

 

 

Une fois que le regard s’est posé sur les œuvres d’Anouchka Pérez il ne les quitte pas.  La pensée court, cherche un sens dans les intentions du défi plastique et « littéraire » de l’artiste.  Les mots prennent en notre imaginaire des prolongements car il se nourrissent de celui de l’artiste.  La sensualité remplace tout propos discursif. Elle se glisse dans des tableaux où support et surface ne font qu’une seule « étoile ».  Ils ne sont plus une dualité mais ramènent à l’ambiguïté essentielle de tout langage. Entre image et mot il y a donc moins contraste qu’hymen. Au principe du double se substitue  l’union intime par la matière et le choc émotif qu’elle crée. A partir des mots l’image devient captivante, suggestive et précise. Nulle littérature  en cela mais de la poésie pure par la conjonction des mediums et des langages. Doublant verticales, horizontales et obliques  les mots font masses plastiques selon une maçonnerie ou une menuiserie imparables. Comme l’écrivait André Pierre de Mandiargues lorsqu’il évoquait les mots dans la peinture, ceux d’Anouchka Pérez « salent » voire pimentent très fortement la notion même d’image pour la métamorphoser. Nous pouvons que plaindre ceux qui préfèrent manger fadasse.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

13/01/2015

Le géométrisme lyrique de Fabienne Wyler

 

 Wyler.jpgFabienne Wyler, « Hiver 2015 », La place suisse des arts, Lausanne du 22 janvier au 7 février 2015.

Les œuvres de Fabienne Wyler créent divers types de mises en abyme et de trompes l’œil avec une rigueur pleine de faconde et d’astuce.  Chaque œuvre est attractive par sa perte d’attraction terrestre. Plutôt que de « tomber » les formes s’envolent vers un univers sinon de science-fiction du moins virtuel et aux hypothèses floues. Dans le flottement dégagé de toute polarisation la poésie des formes saisit le regard. Découpées les éléments en dentelles verticales échappent au support. Ils ne le recouvrent plus totalement. Le camaïeu des couleurs et la chorégraphie des volumes imposent un bouleversement. Le géométrisme perd toute rigidité au profit de l’ivresse. Convexe et concave deviennent des notions qui perdent leur sens. Wuttrich et surtout Escher ne sont pas loin. Fabienne Wyler est la plus digne des héritières de ce dernier. Contenant et contenu se mêlent et s’agencent en des tableaux-poèmes afin que « les grisons grivelés et les échinodermes » chers à Max Ernst dressent l’échine pour quêter les caresses de l’air en sa diaphanéité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

14:30 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)