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16/09/2017

Guy Bourdin : mannequins, fiesta et orchidées

Bourdin 3.jpgL’œuvre de Guy Bourdin est présentée, grâce à Samuel Bourdin et Shelly Verthime, au Festival de Tbilissi sous forme d’une sorte diaporama. Il ouvre à l’exploration en profondeur de travaux parfois peu connus (son travail noir et blanc acquis par le MOMA), de ses making-off de shootings et un ensemble de polaroïds mythiques du créateur disparus en 1992. Se retrouvent aussi les séries surréalistes pour la publicité. Comme celle pour Charles Jourdan dont les clichés furent créés lors d'un roadtrip en Cadillac en Grande-Bretagne avec une paire de jambes de mannequin. Ces fausses jambes revinrent de manière récurrente dans les œuvres du créateur lors des scènes de la vie courante : ponton de bord de mer, un quai de gare, etc..

Bourdin 4.jpgUn tel univers tire sa force de la composition graphique comme le prouve les éléments qui retracent son processus de création. L’artiste ne laisse jamais de place au hasard. Tout est d’abord écrit et dessiné avec précision. Le montage permet d’apprécier la créativité d’un précurseur qui a inventé et joué de techniques et concepts devenus monnaies courantes dans l’art et la communication visuelle de notre temps. Ses égéries marchent au cœur du désordre, dans l’étoffe du jour ou de la nuit. Une sorte de houle semble toujours cambrer leurs reins ou les faire plier par les muscles les plus chauds du langage visuel et une colonne sans fin d’humour. Elles sont parfois des orchidées géantes sur les hommes. Le long de leurs jambes ils remercient la lune de telles inflorescences.

Jean-Paul Gavard-Perret

Guy Bourdin, Tbilisi Photo Festival, Fabrika (Georgie), du 13 au 20 septembre 2017

15/09/2017

Steve Hiett : voyeurs sous influence

Hiett 3.jpgL’artiste de mode Steve Hiett crée parallèlement à ses commandes des travaux personnels au Polaroid. Ils sont les prémices aux scènes qu’il imagine pour ses images « officielles ». Sous formes d’assemblages se créent des compositions narratives drôles et insolites. Le glamour devient plus ludique là où les flashs éblouissants saturent de lumière des clichés aux cadres plus ou moins excentrés.

Hiett.jpgLe collage et la juxtaposition de tels travaux préparatoires sont des œuvres en elles-mêmes: le dynamisme et la spontanéité donnent existence à des séquences décalées. Fasciné par ses modèles hyper-sexy le photographe semble les saisir en des situations presque volées. Mais tout est scénarisé et l’escouade des égéries jouent de l’inquiétude, de la surprise comme de l’érotisme. Si bien que le plaisir visuel prend divers détours ou pistes.

Hiett 2.jpgLe photographe feint des approches intimistes parallèles à ses images sur papier glacé. Mais en ces préliminaires l’énergie se bande. La symphonie des couleurs et des formes créent une rythmique érotique faite de jeux de textiles, de maquillages d’objets et de situation selon des pré-requis. Sans le photographe le voyeur en serait exclu. Et ce serait dommage de perdre les prolégomènes à de tels récits.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Steve Hiett, « Polaroids », Galerie Madé, Paris14 septembre au 20 octobre 2017. Photographies sur Yellow Corner (Suisse)

14/09/2017

Reverie du promeneur solitaire : Erwin Polanc

Polanc.jpgErwin Polanc vit et travaille à Graz. Il saisit des scènes quotidiennes de son environnement à « la poursuite du bonheur » (comme s’intitule une de ses dernières séries). La vie à la campagne est saisie à travers des couleurs douces. Portraits, natures mortes, paysages excluent la moindre once de mièvrerie pour suggérer le plaisir d’une vie simple et coutumière. Nul passéisme pour autant. Mais un humour sous-jacent et à peine perceptible.

 

 

Polanc 3.jpgTout est dans l’art de la composition et des contrastes. Une beauté sans fard nait d’apparitions où rien n’est laissé à une flamboyance décorative . L’épaisseur des existences est suggérée par des objets. Ils peuvent sembler dérisoires mais donnent à chaque image une émotion particulière. Le printemps n’est pas forcément vêtu en robe de mousseline, actions et objets sont des approximations lointaines de la perfection : c’est ce qui fait leur charme. Repères figuratifs ou non créent un monde d’émotions joyeuses et légères.

Polanc 2.jpgSans jamais sortir d’un ordinaire champêtre, les prises refusent la médiocrité. Un simple bouquet met la vie en images la vie. Cela soulage, allège. Est-ce parce qu’elle font respirer ? Mais de telles photographies semblent nécessaires. Face aux sentiments barbares, Erwin Polanc propose des exercices de légèreté. Sachons en devenir les complices, les partenaires. Peu importe de savoir si le Paradis existe ou pas. Le photographe en soulève le voile. C’est un culte hédoniste : à nous d’en faire bon usage.

Jean-Paul Gavard-Perret .

Erwin Polanc, « 8630 Mariazell » , Fotohof Edition, Salzburg (Autriche), 120 p., 35 E., 2017.