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21/01/2015

Laurent Faulon : l’objet et son double

 

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Laurent Faulon, « Les corps fatals », TM Project, Genève, 31 janvier – 28 février 2015. « Life, life, life », Textes de Pascal Beausse et Pierre Tiller, Presses du réel, 96 pages, 20.00 €

 

 

 

Laurent Faulon s’est fait connaître par ses performances critiques où le corps est soumis  à des systèmes de pouvoir dans lesquels chaque individu est asservi par son « utilité » à son obéissance. Mais passant de l’action à l’installation, la critique  du consumériste est aussi présente  par des objets à la fois dévitalisé, détournés, réduits à des ruines qui ne sont néanmoins jamais exhibées en leur état premier. Toute une transfiguration a lieu. Néanmoins l’ « objet-art » perd sa valeur à fort potentiel narcissique, muséal ou financier.

 

 

 

Faulon 2.jpgDe plus, chaque prestation ou présentation se refuse à être comprise comme un produit fini. D’autant que Faulon en appelle à divers acteurs et intervenants : autres artistes ou habitants des lieux d’intervention. Certains projets sont d’ailleurs initiés dans des logements sociaux, des chantiers de construction, etc. et dans des pays sinon exotiques du moins éloignés de la base du plasticien (Genève). Chaque lieu est considéré comme un territoire d’« occupations »  où l'art se lit comme question et non réponse au cadre choisi à dessein. Un tel travail d'interventions, souvent éphémères et contextualisées objets et cadres créent un labyrinthe où le regard en se perdant retrouve un relief caché. Ce qui se découvre derrière l’apparent bric-à-brac de mises en scène et de jeux d’images propose une frénésie particulière où - liesse mise à part – l’ordonnancement pimente ou plutôt détruit bien des légendes idéologiques.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

20/01/2015

Lnor : les égéries et leur dramaturge

 

 

 

Lnor.jpgLnor, « Sang froid », Les Ames d’Atala, 144 pages.

 

 

 

Portant la plus grande attention à des modèles Lnor conforte la feinte de monstration de la féminité dans une étrangeté fonder sur une certaine « trivialité » de la prise et du quotidien.  Une radicalité intestine résonne là où le noir et blanc traverse (ou non) le textile léger où sont assemblés des vestiges de l’intimité entre ombre et lumière. Les « fées » de Lnor suggèrent un secret par déboîtement de sornettes. Le voyeur achoppe en un cirque de pétales. Que de lunaisons, que de nuits à attendre la légende sur la piste des souvenirs comme des phantasmes. 

 

 

 

Lnor 2.jpgLes égéries ne seront sera pas pour autant croquées.  Elles ont pour but de créer des instantanés de vie en tentant de les faire partager à travers des signaux  souvent ironisés et jouant sur les notions d’érotisme et/ou de sainteté. Et si le voyeur ne dort jamais loin de l’intimité promise à son réveil il sera forcément « déçu ». Des gréements de fortune travestissent l’attente quant à son droit de « cuissage ». Et si Lnor laisse poindre çà et là une transparence elle ne permet plus de prendre l’entre-jambe pour une spéculation libidinale. Le creux n’implique pas le moindre incendie d’un pompier pyromane ou d’un hussard objectif.  Ce que l’artiste fait germer n’a rien à voir avec un simple exercice mécanique de la chair. 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

17:21 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

L’art tactile de Katia Schenker

 

 

 

katja schenker 2.jpgKatia Schenker, Zementgarten, Espace d'art contemporain (les halles) Porrentruy, du 16 février au 3 avril 2015. en bas , mars 2015, chez Marie Christine Gailloud-Matthieu, rue du Valentin 61, 1004 Lausanne

 

Dans ses performances, Katja Schenker emploie fréquemment des matériaux floconneux et doux. Ils peuvent suggérer le féminin de l’être même si son actionnisme créateur garde une puissance « masculine ». Dans ses performances, le rythme de l'action reste néanmoins liturgique, lent, soutenu et les travaux sont méticuleux. L’artiste trie, déchire, tisse, enroule des textiles ou des éléments colorés. Ils rappellent  les d'archétypes féminins mais sous divers types de tensions. Epousant les contraintes des lieux choisis la créatrice devient une médium qui déconstruit, reconstruit, incorpore. Le travail est à la fois conçu comme  instinctif mais aussi murement réfléchi. Ce qui pourrait être compris comme primitif ou  « archaïque »  reste très élaboré ; « anticipé ».

 

Katja Schenker.jpgKatia Schenker a par ailleurs compris combien est capitale la kinesthésie dans la construction des sensorialités des matières qu’elle choisit.  « L’inconsistance » dans son flux incessant établit un contact immédiat avec les formes majeures et leurs floculations. Et à une époque où les distances symboliques se sont raccourcies et  où il arrive dans le même temps, grâce au courrier électronique,  de se retrouver en relation virtuelle avec plusieurs continents en quelques manipulations de « souris », les retrouvailles concrètes que propose l’artiste prenne toute leur force et leur sens. L’œuvre acquiert une plus-value en s’adressant aux sens qui s’en trouvent interpelés, redéfinis et renforcés.

 

Jean-Paul Gavard-Perret