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26/10/2018

Matelathématique de l’identité – Vanna Karamaounas

Exode.jpgVanna Karamaounas, «Exodes - Exo Matresses », Les berges de Vessy, Genève, jusqu’au 31 octobre 2018.

Vanna Karamaounas (Iseult Labote) avec sa série « Exo Mattresses » crée l’histoire de l’exil, de la survie et de ses souffrances à travers un objet-clé : le matelas. Il devient ici l’espace ou le lieu intime où chaque être « couche » sa peine, ses luttes, son rêve. L’objet devient chargé de ce que définit une identité comme s’il devenait la coquille de l’escargot en errance.

 

Exode 2.jpgL’artiste trouve dans les exils d’aujourd’hui des échos à la propre histoire de sa famille qui a dû fuir l’Asie Mineure lors de l’Incendie de Smyrne en 1922. Au lieu d’évoquer le psychisme ou l’âme, l’artiste trouve dans l’objet un moyen d’échapper au jeu du concept. Le matérialiser crée un rapprochement où l’émotion est engagée sans pour autant baigner dans le pathos inhérent à la présence humaine.

Existe là une pertinence et une impertinence. Ce transfert pose de manière plus probante ce qui se passe et qui peut se passer pour tout individu déplacé par les remugles de l’Histoire. L’artiste évoque une autre manière implicite mais brutale d’envisager une douleur. Le matelas l’incarne et cela place la créatrice au sein de celles et ceux qui ne se contentent pas de témoigner là où l’objet devient une fable : à chacun de la réinterpréter.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/10/2018

Louis Guilloux l'ironique

Guilloux bon.jpgLouis Guilloux, "Chroniques de Floréal", Héros Limite, Genève, 2018, 208 pages, 28 CHF / 20 € .

 

Ce livre est une découverte : le grand écrivain que sera Louis Guilloux (auteur entre autre du "Pain noir'") y fait ses gammes. Celui qui sera un styliste impeccable et cruel, de Paris, regarde Saint-Brieuc avec humour en y relevant deux défauts : la ville est trop petite. Elle est surtout sa cité natale... Quant au tourisme naissant, l'auteur y voit un sport inventé par les Anglais qui possède le défaut de ne pas être individuel plutôt que de masse.

Guilloux bon 2.jpgLe chroniqueur va par sauts et gambades à travers les sujets pour un petit journal qui ne restera peut-être dans les annales littéraires que par sa signature :  "Floréal, l’hebdomadaire illustré du monde du travail". Cette feuille de chou - au demeurant élégante - permet à l’auteur de survivre (à côté de ses travaux de traducteur) et de se faire les dents non sans persiflage : les oubliés que sont Emile Bergerat et Alphonse Karr en font les frais mais l’auteur est un des premiers à remarquer le talent de l’Argentin Roberto Arlt.

Guilloux bon 3.jpgEric Dussert poursuit de la sorte la découverte non de fonds de tiroir mais d'œuvres originales. Louis Guilloux en bénéficie : se découvre sa capacité de poète (en prose) fort en flânerie et ironie. Il peut rivaliser ici autant avec Alphonse Allais d'un côté et Léon Paul Fargues de l'autre. Et qu'importe s'il n'aura pu être un Blaise Cendrars. A l'impossible nul n'est tenu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacqueline Devreux : une aussi longue présence

Devreux.jpg

Les œuvres de Jacqueline Devreux se contemplent (presque…) les yeux fermés tant elles portent de mystères en elles. L’artiste ne crée pas des images en désespoir de cause mais pour permettre d’entrevoir peu à peu le monde et pouvoir y respirer. Le corps féminin l’axe. Il paraît se figer dans l’infini forcément provisoire, se fondre dans l’attente, l’espoir. Désespérément.

 

 

 

Devreux 3.jpgLa femme photographiée ou peinte  semble souvent « absente » . Si proche mais si lointaine. Reste le noir qui fascine. Le blanc qui tue. L’opposition constante du possible et de l’impossible. Le corps devient cette présence silencieuse qui se dérobe, se refuse, là où se trouvent entre l’obscurité et la lumière, l’inexplicable. L’objectif ou le pinceau  ne saisit pas un corps, mais la part de désir enfoui au plus intime de l’être dont il est la seule clé de l’abandon et de la retenue.

Devreux 4.jpgL’unité de temps est supérieure à l’instant, elle contient la sensation qui persiste, l’énergie du mouvement même s’il semble presque impossible. C’est une manière de rejoindre le mythe de la création et de la disparition perpétuelle. C’est la lutte contre l’absence à soi comme à l’autre. C’est aussi se rapprocher au plus près de l’intime. Être enfoui où le corps est en fuite en donnant forme à ce rien foisonnant qui se nomme Amour. Même si rien n'en est "dit".

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jacqueline Devreux ; Galerie Christine Colon, Liège, à partir du 26 ocrobre.