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15/10/2018

Thomas Freiler : apprendre à oublier nécessite de prendre son temps.

Freiler.jpgThomas Freiler ne cherche pas à recopier le réel par ses photographies et ses travaux numériques. Il l’allège, semble « l’oublier ». Non par une défaillance de la mémoire ou mais en ôtant  les scories qui le parasite. Débarrassées les reprises de sculptures du passé ou le design du présent semblent plus efficientes dans la liberté de métamorphoses minimalistes que l’artiste  crée avec les technologies avancées. Elles l'aident à reconstruire choses et images loin de ce que des artistes moins avancés que lui « charlatanisent » en n’oubliant que les manipulations des images numériques ne sont rien si elles ne s’autorisent pas de se perdre dans les merveilleux nuages du passé ou ceux d'un insistant avenir.

 

Freiler 2.jpgC’est un geste vers le Perdu ou l'Ignoré, un geste à réapprendre pour les temps de famine mentale qui nous guettent précise le créateur tendu vers l’avant tout en ne faisant pas l’impasse sur la plainte du passé et les images qui le traverse. A ce titre l’œuvre d’art possède un avenir radieux parce qu’elle se refuse à être le dépotoir des déconvenues. Adepte de l’attente et de l’adoption du contingent l’auteur sait transformer le factuel et l’éphémère, comme le passé et l’immortel avec une pérennité de fond et de forme. L’essence poétique y reste aussi discrète que subtile. Tout semble saisi en rythmes resserrés  de manière simple, diaphane et nimbée de mystère.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Thomas Freiler, « Frühe fotografische Untersuchungen », Fotohof, Salzburg, à partir du 16 octobre 2018

13/10/2018

Radoslaw Pujan : l'inversion du voyeurisme (ou presque)

Pujan 3.jpgRadoslaw Pujan est le maître d'un double jeu. Le voyeuriste est mis devant son fait accompli. Mais en même temps l'auteur livre au curieux ce qu'il attend. Certes de manière ironique mais cela n'empêche pas aux fanstames de suivre leur cours.

 

 

Pujan.jpgC'est une manière de jouer d'une double mise en abîme par des reflets ou jeux de miroir. L'ambivalence est donc soulignée par l'insolent praticien là où tout est prémédité. Déclinant en noir et blanc ses stratégies le photographe se comporte en véritable compositeur. L’image devient duale, elle se distribue en secondes et en tierces. La dénudation n’est jamais frontale : elle passe par la reprise incessante de l’expérimentation formelle.

Pujan 2.jpgIl est d’ailleurs possible que dans un tel cadre le recours au nu soit capital puisque tout y est affaire de courbes et lumière et que paradoxalement ce thème touche à l’indicible, au rite plus qu’à la préhension et au tapage. Le corps fixé instruit la duplicité qui n'a plus besoin d’autre commentaire qu’elle-même. Le seul possible est la montée des circonstances  qui préside autant à la prise de vue qu'à son "objectif".

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

12/10/2018

Harry Gruyaert : les haricots dans le panier

Gruyaert.jpgLe photographe belge Harry Gruyaert essaye d’ordonner le désordre et de désordonner l’ordre : ordre du monde, des choses dont l’artiste se veut à la fois le maître et le valet : « Je suis attiré par les choses et les choses m’attirent”écrit-il pour définir sa recherche d’instants que le monde porte en lui mais aussi que l’artiste porte sur eux. C’est une manière de ramasser les haricots du réel parmi ses rangées auquel le photographe montre comment des lignes se croisent et se recroisent. Mais au bout de chaque prise les haricots sont dans le panier.


Gruyaert 2.jpgCelui qui revendique le terme de «photographe de rue» est un créateur qui pense et imagine le réel en couleurs pour transformer le document en compositions superbes et riches de poésie vagabonde. Des éclats de vie étonnent l’œil du spectateur. Mais il ne s’agit pas de “ coups ” ou d’esbroufe. Les escarpements s’habillent de légèreté.. A l’intérieur des contours, des prises, des cadrages se crée un labyrinthe où le regard en se perdant retrouve un relief inattendu.

Gruyaert 3.jpgGruyaert a compris qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre de l’identité supposée mais sa terre friable celle qui nous fait face dans le réel comme dans l’illusoire au sein d’un jeu de piste dont nous ne connaissons ni le point de départ, ni celui d’arrivée. Bref la photographie ne mène pas où l’on pense accoster.

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

17:54 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)