gruyeresuisse

09/03/2015

Omar Ba : couleurs et mémoires

 

 

 

Ba.pngOmar Ba, « Dead Time 1 »,  Ferme-asile, Sion, du 14 mars au 21 juin 2015.


Omar Ba, artiste sénégalais vivant à Genève, a réalisé dans la nef de la Ferme-Asile une monumentale installation de près de 700 cartons pliés en boîtes et peints sur leurs faces. Se développe l'épopée de visages, de corps, de formes et de couleurs. Les thèmes demeurent récurrents et  la dualité du monde y est constante. Lorsqu'il peint un oiseau ou un enfant, ils se confrontent toujours au bien et au mal. L'enfant en lévitation regarde la guerre qui se développe au sol. Le fond noir qui dramatise de grands motifs soulignés de pointillés omniprésents  dans son travail. Tel un film que l'on déroule, le mur de 22 m de longueur et 3m de hauteur de Sion raconte une saga humaine intense et dramatique.

 

Ba 3.jpgPuisant dans les sujets d’actualité liés aux rapports nord-sud, à l’injustice sociale et au poids de l’Histoire, l’artiste interpelle frontalement le regardeur de ses images-totems sans tabous où sont ridiculisés des dignitaires politique, policiers, militaires. Etres et animaux dégagent une présence hypnotique. De plus l’œuvre peut être considérée comme une manière de comprendre comment  l’espace a prise sur nous et comment la peinture l’atteint et le touche. L’artiste résout ses questions par tout un système de formes géométrique  qui éliminent l’opposition réalisme/symbolisme de couleurs tranchées et  par leurs assemblages en diverses variations. La recherche plastique prouve que tout dans le monde est fragile même si la peinture semble évoquer une solidité de figure. La « casser » revient à laisser échapper une insurrection savamment contrôlée.

 

 

 

Ba 2.jpgDès lors  l’œuvre rend  le monde à sa liberté et prolonge l'élan des signes qui jusque là le cernaient. Omar Ba prouve que l’effet de pan peut s’opposer à celui de la boîte. Ce qu'il déroule est multiple en son paradoxe pelliculaire : il enveloppe  le monde et annonce sa mutation selon une aire visuelle et une topologie de sens. Les deux défient la représentation et le sens commun. L'œil étonné ne cesse de chercher son chemin dans ce bouillonnent  paradoxal.

 

J-P Gavard-Perret

 

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07/03/2015

Fred Deux et le bénéfice du trouble

 

 

 

Deux.jpgFred Deux, « Le For intérieur », Musée Jenisch, Vevey,, du 20 février au 25 mai 2015

 

Fred Deux ne cesse de faire dévier le corps en divers types de coupes et de transformations. Reste un mélange de secousses et de réseaux. La transfusion s’inscrit selon des organes étranges, des entrailles de cerveau en une concentration de gris et de lumière. L’angoisse peut s’étendre. Mais la jouissance tout autant. Le dessin déchaîne, somme, dissout mais fait aussi résistance au corps. Il ne s’agit pas d’exposer sa dépouille mais sa disponibilité. Le gris creuse, demande sa part : il est là, comme l’écrit l’artiste, pour « révéler et amener à dire : ça y est ».

 

Deux 2.pngA la fois prédateur et proie Fred Deux cherche toujours un état particulier : celui où il est près de tout  mais où il reste ailleurs. Cet acmé est capital car il lui permet de saisir ce qui lui échappe : « il faut pour dessiner avoir une descente sous les pieds » dit-il. Dépossédé  il parvient  à une création aussi noire que pâle, aussi sensuelle que janséniste sous l’effet du graphite. Ce dernier demeure l’arme fatale pour  saisir circonvolutions et involutions. Tout est soupçonné comme aux dépends des doigts. Le noir pousse le blanc et le blanc le noir. On ne sait qui habite qui - ni comment. Reste ce qui coule et ce qui remonte pour le seul bénéfice du trouble, avec un seul mot d’ordre : « J’écoute, j’écarte, j’attends ». Une intense, douloureuse et presque silencieuse fraternité lie la lumière à l’ombre où nous nous cherchons. Le dessin primitif, ressaisi, se donne en partage loin de l’illusion réaliste et sans le moindre artifice.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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Soyeuses étoffes de l’estampe : « Printmaking by ECAL »

 

 

 

 Jenish 4.jpg« Printmaking by ECAL » Musée Jenisch, Vevey  du 27 mars au 31 mai 2015. Catalogue sous la direction de Laurence Schmidlin, 176 pages, CHF 25.

 

 

 

 

 

Jenish 3.jpgLe Musée Jenisch et son Cabinet cantonal des estampes fêtent le printemps  sous le commissariat de Laurence Schmidlin en présentant les éditions lithographiques et sérigraphiques de l’Ecole Cantonale d’Art de Lausanne.  La création la plus actuelle s’y observe à travers la technique de l’estampe. Créateurs confirmés ou plus jeunes sont accompagnés dans les trois salles d’exposition de grands anciens (John Armleder, Francis Damevin, Dan Walsh, etc.) .

 

L’évolution de l’art de l’estampe comme de l’art en général est donc observable dans les propositions de l’ECAL. L’institution a progressivement affiné sa stratégie par rapport à cette technique.  Un standard commun de création permet de mettre tous les artistes à égalité et d’apprécier les propriétés particulières de leur démarche.  Pierre Charpin, Fabrice Gygi,  Loïv Andrié, Alex Hanniman, Helen Marten, Olivier Saudan (entre autres) se partagent les cimaises d’un projet passionnant tant par leurs œuvres que par l’histoire de l’art qui s’y inscrit. La multiplicité des travaux percent des chemins vers l’avenir selon des  schèmes sub-spatiaux. Ils sous-tendent l’espace de traversées, signes et écritures .  Tous sont impliqués dans la même « éclaircie » : ils passent du tronc à la ramure, de la ramure à l’air, de l’air à la transparence.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

 

 

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