gruyeresuisse

06/08/2017

Claudia Brutus : des tropiques aux autres mondes

Brutus 4.jpgD’origine haïtienne, après une enfance en Bulgarie, en Algérie, au Maroc, Claudia Brutus est arrivée à 20 ans en France faire ses études à l'Ecole Nationale des Beaux Arts de Paris. Elle est devenue une parfaite parisienne même si sa peinture totalement originale plonge dans des abîmes tropicaux et subaquatiques. La sensualité se “dit” par le jeu des formes et des couleurs en ce qui tient de paysages particuliers : ils sont fait pour parler à l’inconscient aussi individuel que collectif.

 

 

 

Brutus.jpgL’identité est cherchée dans le fond des croyances de diverses cultures monothéistes ou animistes. Elle est exposée par la créatrice à la présence  des esprits mystérieux comme à la sensualité. Processions, cohortes, cavernes, lianes, corps sidèrent en de telles visions. La question de l’être reste celle de l'énigme. Le regardeur  perçoit un corps non fantasmé mais qui néanmoins crée une fascination par l’obscur et la lumière qui en jaillit.

 

Brutus 3.jpgL’espace reste sombre en sa clarté et sa densité. Les ombres passent, disparaissent, reviennent. L’être comme un animal cherche une cachette au moment où Claudia Brutus réinvente le secret d’une forêt des songes où elle devient Méduse et Mélusine. Le voyeur ne peut plus sortir de tels abîmes. Car il s’agit en fait de matrices. Et donc d’histoires de résurrections qui ne pouvant se dire, se montrent.

 

Brutus 2.jpgLe secret vient une fois de plus affirmer son autorité à travers le paysage et le corps. Mais de quel corps s’agit-il ?  De qui est ce corps ? Les questions sont dangereuses puisqu’il s’agit de celles d’Eros et de Thanatos. L’artiste introduit dans le temps où le “ moi pur ”, "sauvage" ou exilé veut se confondre avec celui des autres. Il est exposé ainsi à la réminiscence de tropiques fantasmés mais aussi au désir. Et une telle oeuvre reste exceptionnelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/08/2017

Céleste Boursier-Mougenot : les zoziaux

Boursier 2.jpgCéleste Boursier-Mougenot, “from here to ear, v.22”, CACY Yverdon, du 29 juillet au 5 novembre 2017.

Après « Temps suspendu » (CACY Yverdon, 15 juillet - 24 septembre 2017), Céleste Boursier-Mougenot présente une autre manière de retenir son vol. Se voulant - à juste titre - comme une œuvre « vivante et éphémère », celle-ci est une nouvelle version d’un « ensemble organique pensé en relation étroite avec l’architecture du CACY, transformé pour l’occasion en volière géante ».

De cette structure émane un dispositif sonore. Il associe guitares électriques, diamants mandarins et pinsons. Les oiseaux ont donc pour perchoirs une quinzaine de guitares et de basses électriques. La musique se crée en direct selon le « bon vouloir » des oiseaux liés aux chants et accords préenregistrés de rock, punk et métal. Le tout en un décor de sable et de graminées.

Boursier.jpgL’artiste explore le potentiel musical des oiseaux, du lieu, de la situation et des objets. L’œuvre crée - au-delà de la surprise - la fascination de ce qui advient de manière aléatoire. Musicien de formation, Céleste Boursier-Mougenot, en poètemultifonction, donne une forme autonome à la musique par ses installations. Elles génèrent en direct un art vivant. L’artiste en soigne l’approche pour offrir une écoute et une vision particulières. Tout est en place afin qu’une évocation inédite ait lieu en ce qui tient d’un nid suspendu à trois fois rien.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

01/08/2017

"Secret Garden" : extension du domaine de la lutte féministe


Female Gaze.jpg« Secret Garden: The Female Gaze on Erotica » est une exposition de groupes organisées autour de femmes artistes engagées dans une lutte toujours de saison. Elles explorent l’identité de leur genre à travers photographies, peintures, collages, sculptures, vidéos, etc. par des œuvres où la nudité domine. Elles sont hébergées par « The Untitled Space Gallery » sous la curation de Indira Cesarine. Le titre de l’exposition reprend celui du livre de l’auteure féministe Nancy Friday « "My Secret Garden" (1973). Elle fut une des pionnières de la libération féministe au début des années 70.

Female Gaze 2.jpgA travers des images d’artistes désormais incontournables comme Betty Tompkins jusqu’à celles de jeunes artistes (Andrea Mary Marshall, India Munuez, Katie Commodore, Leah Schrager), l’exposition dresse un tableau d’une nouvelle vague de féminisme plus ludique et enjouée. Sans doute parce que les luttes premières ont porté leurs fruits « défendus » et mis à mal la répression institutionnelle. Certains tabous sont tombés et des images plus libres apparaissent en faisant abstraction de la différenciation toujours discutable entre pornographie et érotisme.

Female Gaze 3.jpgLa lutte prend donc de nouvelles formes. Il s’agit de battre en brèche les inhibitions par les femmes elles-mêmes du corps féminin dans la recherche du plaisir. Sur ce plan les contraintes de positions conservatrices gardent la vie dure : existe donc un nouveau challenge que ces femmes relèvent de manière aussi esthétique, poétique que politique. Un « invisible » féminin apparaît selon de multiples déclinaisons pour parler le silence et affirmer de nouvelles images qui sort le droit au plaisir de ghettos intimes (auto)entretenus.

Jean-Paul Gavard-Perret