gruyeresuisse

19/03/2015

Ann Loubert et le blanc du ciel

 

 

Loubert.jpgAnn Loubert, « Le ciel se cogne aux arbres », L’Escalier, Brumath, mars 2015.

 

 

 

Ann Loubert dissipe les ombres sur la plénitude des blancs. Les traits y circulent, le visitent y posent leur onction par le souffle qui anime le geste de la création.  Chaque œuvre de l’artiste crée un rythme subtil, trouvé de manière presque instinctive par celle qui en ses chevauchées pénètre dans l’immobile. Reste l’essence même des images : Ann Loubert estompe, dissout ce qui est superfétatoire en ce qui tient d’un mouvement lustral et germinatif.

 

 

 

loubert 2.jpgTout dans ce travail bouge, vibre, grésille. L’ancien et le nouveau de l’art s’y accordent, jaillissent au gré de modulations jamais gratuites  mais porteuses de sens.  Gagnant sur le vide et le blanc  (le non dit), le chœur des touches d’Ann Loubert forment des cavatines allusives. Sur le blanc pur ce qui affleure tient de la blessure et de la caresse. Les deux semblaient jusque là refoulées dans le silence. L’artiste, depuis Baden,  les fait remonter par ses segments obliques ou droits comme des coups d’archets. Si bien que le lumineux éphémère s’installe face à la nuit. Sur la blancheur du support la créatrice zèbre des aubes, des trouées qui font retentir un appel au sein de l’univers muet.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18/03/2015

Jean-Luc Manz : écarter l’espace pour y mettre du sens

 

 

 

Manz.jpgJean-Luc Manz, Skopia, Genève, 20 mars - 16 mai 2015.

 

 

 

Dans l’œuvre de Jean-Luc Manz des successions d’intervalles créent des trouées de lumière. La cohérence d’un tel travail ne peut être dissociée d’une attitude fondamentale adoptée par le créateur face aux enjeux de l’acte de peintre. Jean-Luc Manz n’a jamais varié sur le sujet. Il  s’intéresse aux trames, plages et  pans afin de s’y perdre sans forcément y trouver une issue (à la limite ce n’est pas recommandé…). Par ce biais l’artiste renonce à une certaine forme de représentation afin de mieux prendre la lumière. La couleur trouve une autre intensité et les formes une nouvelle densité.

 

 

 

Manz 2.pngL’univers pictural se déleste d’un poids des choses (même lorsque des jeux de briques semblent apparaître).  Chaque œuvre « respire » pour  creuser et provoquer (de plus en plus et de mieux en mieux) l’imaginaire en le frottant à des espaces en fragments. Cela crée des chemins pour le regardeur sans qu’il n’en connaisse la voie. Et ce via une sensibilité à laquelle le Vaudois ne renonce pas. La beauté ne passe plus par la reproduction ou la déconstruction ces deux « clés » (souvent fausses) de l’art actuel. La part méditative de l’oeuvre rappelle les plus grands abstracteurs et reste sensible par la densité des formes. Elle joue entre l’alternance continu-discontinu des formes et la sensualité toujours en demi-teinte des couleurs.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Renate Buser : l’architecture et son invisible

 

 

 

Linder.jpgRenate Buser, „Goshen | New York“, galerie Gisele Linder, Bâle du 25 mars au 16  mai 2015.

 

L’œuvre de Renate Buser évoque les moments où le regard engage le dialogue avec des paysages particuliers. Le béton et le verre, les voies et façade qui s’entrelacent font remonter à la source de l’in(ter)vention humaine. Les photographies d’un nodal autoroutier de Montréal  (Turcot Jonction) illustre  la beauté et la fragilité de ce type d’entrelacs. La bâloise rend visible des structures architecturales qui charpentent le monde urbain. L’exposition « Goshen | New York » étend l’état des lieux, par delà le Québec, au Canada tout entier et aux USA . Les photos numériques font redécouvrir des architectures du « classique moderne » et du « brutalisme » qu’elles soient connues ( « Westmount Square » de Mies van der Rohe - Montréal, « Government County Center » de Paul Rudolph - Goshen) ou inconnues. 

 

linder 2.jpgChaque prise  tirée sur aluminium accentue les lignes de force des édifices : noir-blanc ( pour éléments en acier et béton) et couleurs (pour les surfaces de verre)  s’y répondent en une reconstruction chromatique aussi sensible qu’intelligente. L’alliance des matières et leur mise en évidence par Renate Buser permettent de proposer une lecture du paysage qui à la fois fascine et effraye. L’approche esthétique ouvre une clarification poétique et didactique par l’intensité d’attention et d’émotion de Renate Buser. Ses visions sont capables de bouleverser notre perception face aux enjeux de démarches architecturales qui s’emploient à faire une table rase du paysage naturel afin de créer le maillage monde urbain, son épaisseur et son mouvement qui déplace les lignes. Pour le pire et le meilleur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret