gruyeresuisse

22/03/2015

Sylvain Croci-Torti : subversion du domain des images

 

croci 3.jpgSylvain Croci-Torti, Art Fair Paris sur le stand de la Galerie Heinzer Reszler, Quartier du Flon,  Lausanne



Dans une approche à la fois analytique et critique Sylvain Crici-Torti reprend  à son compte quelques données du Pop art.   Ses grandes toiles  où le rouge domine adaptent de manière plus abstraite une approche warholienne par un tachisme pictural lié à divers types de tramages très postmodernes. L’œuvre « cadre »  divers type de leurres et de biffures là où un imaginaire de lumière crée de nouvelles conjonctions que le spectateur peut reconstruire à son profit. Elles jouent contre les images habituelles par un travail de décomposition. Il n’exclut en rien le plaisir du regard dans un jeu de l’approximation d'un signifiant volontairement  "égaré"  en tant que "clé" afin de de créer une béance et une interrogation.

Croci 2.jpgCette manière de « casser » l’image et ses illusions par apparition de ce qui la constitue  ouvre à la production d’une absence, d'un manque. Mais ils ne sont que partiels : à travers les éléments de  structuration l’artiste élargit paradoxalement le spectre de l’assemblage : les éléments épars créent en effet des montages homogènes où une forme de  "sublimation" travaille.  Le tableau tel que le construit Croci-Torti par trames et maillages fait donc surgir un terme supplémentaire à l’image : là où elle se perd elle revient selon des espaces interstitiels. Ils donnent tout leur sens à l’acte de créer. La division  programmée permet de retrouver un sens qui n’est plus celui  de l’impasse de la jouissance mais sa régénération.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:48 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

21/03/2015

La connaissance par le "gouffre" : Claude Fauville

 

 

 

 

 

Fauville.jpgClaude Fauville, Les pisseuses, texte de Pierre Bourgeade, Chez Higgins, 200 Euros. Musée de la photographie, Lausanne.

 

 

 

La mise en évidence de Claude Fauville provoque autant de fascination que de répulsion. D'indifférence que d'agacement. Il s'agirait donc d'une présence inopinée dans le champ de l'art au moment où l'érotisme lui-même est nié au nom d'une fonction naturelle. C’est pourquoi il faut considérer cette recherche plastique comme un symptôme d’un retour de mémoire aussi individuelle que collective. Les images codées se trouvent renversées dans une coulure aussi normale qu'intempestive. Ce qui est mis au premier plan relève avant tout d’une rigoureuse décision et selon une sophistication parfaite de proposer formes et "matière". Elles sont sensées échapper "normalement" à la vision. Néanmoins on pourrait détourner la phrase de Michaux dans ce champ de représentation lorsqu'il affirmait : “ personne n’échappe à cette vision  lorsqu’on parle d’art ”. Il existe en effet soudain - et pour reprendre le titre du livre d’où est tirée cette citation - une  “ connaissance par les gouffres ”.

 

 Fauville 3.jpg

 

Fauville 2.jpgPhotographier la vision d'un processus qui échappe au "relevé ornemental" crée la transformation radicale de l’objet-image, voire la réversion ou la révulsion de son existence première. L'image jadis sainte ne devient qu'un vase d'où ne coule aucun breuvage sacré mais au contraire du "sale". L’effet de “ compacité ”  de l’image se double d’un effet de volume et d'une extériorité rendus visibles. Cela entraîne  à la fois une ritualisation qui prive pourtant l'image de son caractère  sacramentelle. La figuration offre ce qui est sensé se passer "derrière les portes" qui vouent certains actes à l’ombre "éternelle". Surgit une altérité. Elle se dégage de l'idée que l'art ne serait qu'une demeure spirituelle et qui offre chez le regardeur devant une hantise et d’infinie méditation face à ce qui pourtant est le plus naturel.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:11 Publié dans Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Blue velvet & poupée brisée – Virginie Rebetez

 

 

 

Rebetez.jpgVirginie Rebetez,  “Out of the Blue”,  Galerie Christopher Gerber , Lausanne, du 2  au 30 avril 2015.

 

 

 

Avec « Out of Blue » Virginie Rebetez continue son travail de recherche sur l’identité en mixant diverses segments existentiels où se conjuguent la mort et la vie, le corps et l’esprit, le réel et le fictif. Dans la lignée d’une Sophie Calle mais de manière plus abrupte et radicale elle remonte ici une histoire. Celle d’une jeune américaine de 19 ans Suzanne Gloria Lyall portée disparue en 1998  à Albany (New York). Partant du dossier de l’enquête auquel elle a eu l’accès grâce à la famille de la victime, l’artiste le reprend en jouant sur ce qu’elle nomme le « recto-verso, le visible et le hors-champ ». Mais ce travail de filage et de profilage  où différents médiums sont convoqués possède une liberté avec la rationalité inhérente à ce type de traque. « Sourcée » à l’histoire tragiquement vraie l’artiste en invente d’autres avec d’autres personnages par divers types de marouflages.

 

rebetez 2.jpgAux photos de famille, objets de Suzanne, images d'investigations policières Virginie Rebetez mêle ses propres images et objets. La victime prend un nouveau visage. Le vrai n’est jamais montré (à l’exception d’un dessin  "age-progressed composite" qui montre à qui elle serait sensée ressembler aujourd’hui) comme si la disparition de la jeune fille se doublait de celle de la réalité. Composite, particulièrement et dérangeant « Out of the Blue » met en question l’identité mais se double d’une réflexion sur les concepts de tangibilité, de matérialité par le mélange troublant de la réalité et l’imagination qui voudrait démentir une fin sans doute inéluctable. L’artiste sidérée par le suicide et la solitude l’est aussi par le meurtre. D’où l’intérêt à la fois pour une histoire où ces trois notions ne cessent de se télescoper et d’autre part pour le medium photographique par quasi essence (du moins à l’origine) est celui du réel et de l’identité. La science forensique lui permet toutefois de modifier l’état des lieux et faire que le médium n’arrête plus le temps et ne soit plus qu’un catafalque. Preuve qu’au sein de la photographique il existe diverses logiques. Certaines sont capables de donner à voir une vérité qui n'est pas d'apparence mais d'incorporation voire d’appropriation.

 

Jean-Paul Gavard-Perret