gruyeresuisse

31/05/2015

Simon Rimaz et la photographie "pure"

 

 

 

Rimaz.jpgSimon Rimaz, « Picturoïde », Forma Lausanne, 22 mai - 18 juillet 2015.

 

 

 

Simon Rimaz sort souvent  la photographie de ce qui est sensé en faire l’essence à savoir l’objet ou le sujet à « reproduire ». Le Lausannois cherche parfois le dépouillement afin d’atteindre une imagerie « pure », dégagée de son contexte, dans le simple jeu des ombres et de la lumière, des volumes et de l’espace. La série « Repli» est le fruit d’une expérimentation de la numérisation et du scanner : la machine en marche est surprise par des miroirs placés sur la vitre. Elle semble renvoyer l’image à sa source en révélant divers jeux d’angles plus ou moins virtuels.

 

 

 

Rimaz 2.jpgDans «Candela» l’intensité lumineuse surgit du métal incandescent coulé dans un tube pour qu’il glisse dans la chambre noird’appareils  photographiques dont les optiques ont été retirées afin que le remplissage puisse avoir lieu. Durci, le plomb crée des formes étranges, légères et denses qui révèlent le cœur du lieu de la « fabrication » de l’image. La série « Shroud » est formée de photogrammes dont l’espace est celui de l'atelier. De telles œuvres combinent matière et expérimentation afin que l’image reprenne ses droits là où se dissolvent les rapports spatiaux traditionnels. Tirées de l’anecdotique les compositions proposent un espace subjectif. Il obéit moins à l’objet traditionnel de la photographie qu’à un travail aux préoccupations plus larges et ambitieuses où la représentation échappe au moulage du réel puisqu’un autre « bain » de révélation a lieu.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:25 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

30/05/2015

Emilie Jouvet et la subversion identitaire

 

 

 

Jouvet.jpgEmilie Jouvet, Centre d’art contemporain, Genève du 11 au 17 juin 2015.



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Jouvet 2.jpgEmilie Jouvet ne se fie pas à la nature éthérée et ineffable des arts visuels. Tout pour elle dans le champ de ce qui se nomme « amour » semble une histoire de « mécaniques » avec pignons et cardans corporels au régime qui n’ont rien de binaire. L’artiste les met en mouvement avec un seul mot d’ordre : prendre par rebours les présupposés génériques. Cette approche ouvre à une poétique nouvelle. La réalisatrice détourne les images classiques du désir à travers les mouvements queer, féministes, post-porn, etc., ses portraits intimistes et ses mises en scène radicales. « One Night Stand » - premier film  transgenre francophone - comme « Too Much Pussy! Feminist Sluts in the Queer X Show » - roadmovie à valeur documentaire sur le mouvement féministe « sex-positive » - modifient les codes en réunissant le sexuel et le politique.

 

jouvet 3.pngLa cinéaste présente au Centre d’Art Contemporain de Genève des courts métrages queer, conceptuels ou expérimentaux réalisés ces quinze dernières années dont « Mademoiselle ! » sur les violences verbales et physiques envers les femmes dans l'espace public,  « BLANCX » vidéo performance détournant un geste du quotidien et déconstruit les codes du porno mainstream ou « The Apple », histoire revisitée d'Eve plongée dans un paradis sans Adam ni serpent mais chargé pommes. L’artiste propose aussi sa monographie « The Book » (Editions Wormart) où est présentée une série de photographies sur le désir et l’intime des « invisibles » (masculin et/ou féminin). Le spectateur est « contraint » de sortir de la fascination et de la sidération institutionnalisée de la sexualité. Ce qui jusque là était tenu caché sort des ténèbres. S’y substitue une lumière troublante que la créatrice met en tension jusque dans le chiasme des solitudes.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

29/05/2015

Oser la honte avec l’Ecal - The Embarrassment Show

 

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The Embarrassment Show, exposition conçue par Erik Kessels, avec des étudiants du Bachelor Photographie, du 28 mai au 4 juin, ECAL,  Renens

 

 

 

«Avoir honte, c’est important » rappelle le  directeur artistique de « KesseksKramer » d’Amsterdam et responsable  du worshop bachelor photograhie 2015 de l’Ecal. Le maître du jeu a demandé aux étudiants d’oser se mettre et se photographier dans des situations inconfortables. « Passer pour idiot » comme le demande Kassels ou « pratiquer des exercices d’imbécillité » tel que le revendique Valère Novarina permettent de transgresser des lignes et oser des situations risquées. Certaines propositions demeurent en retrait : la jeunesse induit des gênes compréhensibles. D’autres outrepassent la plaisanterie potache : les artistes en herbe s’y engagent complètement.  La photographie-titre (d’Elsa Guillet) le prouve : le flux de nausée rappelle que ce qui sort de la bouche n’a pas toujours un goût de miel. Elle accouche, dégorge de mal de vivre en une photographie qui brise autant les logos pseudo-explicatifs que les non-dits.

 

Embarassement 2.jpgL’exercice a pour but de révéler un sujet souverainement expressif. Un sujet d'une histoire encore sans histoire (reconnue) et sans langue (idem) étant donné sa jeunesse. Celui-ci trouve le moyen d’élaborer une problématique (sociale avec Tanya Kottler, identitaire avec Clément Lambelet, etc.) qui contrarie le fameux « comment dire » : ce dernier cache en effet - la psychanalyse nous l'a appris - un comment ne pas dire. Fruit d'une élaboration viscérale ces œuvres parfois naïves mais souvent signifiantes font sortir de chaque artiste et du fond de leurs photographies "une masse d'esprit enfouie quelque part » (Artaud). S’y ressent une volonté d’agir sans renoncer à l’esthétique mais en refusant de la confiner à l’ornemental.

 

Jean-Paul Gavard-Perret