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19/08/2015

Les architectures ouvertes de Nathalie Delhaye

 

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 L'architecture comme la vie : en attente. Reste l'état où l'union où le construit, le brut, et l’intervalle entre les deux interagissent en une gestation. Comment peut-on la qualifier ? Il; 'agit d'un work in progress que l’artiste transforme, dans le suspens même, comme œuvre à part entière. S’y font ressentir la lenteur et vitesse en un travail de tranchée. Il s’agit  de séparer et unir. Séparer pour unir.  Pans lisses presque comme s'ils ne voulaient pas être lâchés tant la douceur du façonnage les retient. Blocs bruts exagérément forts. Ils peuvent signifier  une intensité qui accapare, déborde. Les formes ne se ferment pas. Il faut donc imaginer l’artiste comme une Sisyphe qui reprend toujours son récit par ce qu’elle propose.

 

 Delhaye.jpgL'architecture s'arrache au néant et sa confusion. Les laisser à proximité de l’œuvre montre le savoir et l’emprise. Tous les éléments de la nature et  de la sculpture sont en un même mouvement d'envol. L’attente et espérance sont proches l'une de l'autre. On ne le remarque pas au début, il y a ce terre plein du monde à côté de ce dont Nathalie Delhaye devient l'ordonnatrice. Ses avancées contiennent forcément des abandons, une complétude qui sont presque les rênes de l'attelage  de la création. De telles œuvres  donnent à voir des commencements, des naissances. Celle ou celui qui regarde fera le “ reste ” là où la matière semble riche par superposition de solutions parfois opposées et surtout parce que le côté convaincant existe déjà. La force vitale accapare ; elle se passe de tout  discours.  Et ce dans le fait que la créatrice laisse en suspens la totalité de ce qui pourrait être donné. L’œuvre en cours  dit : « souviens-toi d’où tu viens » en une suite  d’énigmes disparaissant sans cesse pour renaître et pour qu’on aille de l'une à l'autre, évitant toute disparition.

 

     Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

18/08/2015

Christian Marclay et les samplings plastiques

 

 

 

Marclay bon.pngChristian Marclay, "Action", du 30 Aout au 15 Novembre 2015, Aargauer Kunsthaus, Aarau

 

 

 

Christian Marclay a grandi à Genève puis est parti pour Londres et  New York. Il explore les rapports entre les arts plastiques,  la musique et la culture populaire. Pionnier du turnbalisme, performer et plasticien l’artiste est reconnu à la fois pour ses collages sonores, ses peintures mais aussi ses vidéos, sculptures et photographies. Intitulé « Action » l’exposition  à l’Aargauer Kunsthaus se concentre pour la première fois de manière exhaustive sur le concept de l’onomatopée. Elle rassemble 120 œuvres qui retracent le parcours de l’artiste depuis la fin des années 80.

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A la manière d’un Samuel Rousseau, Christian Marclay construit de grandes machineries spatiales et sonores, mais il développe aussi un grand nombre de peintures et d’œuvres sur papier. Pour lui la bande dessinée est le moyen idéal de la visualisation sonore grâce à l’onomatopée. Elle suggère aussi énergie, mouvement, narration et donc l’« action ». Les plus récentes recherches de l’artiste explorent l’onomatopée au moyen de mots écrits selon diverses procédures complexes de peinture et d’impression. Elles permettent des évocations très comiques en différents mélanges et  étendues de la peinture. Elles deviennent parfois un clin d’œil à l’Action Painting dont l’importance est majeure pour Marclay. Marclay 2.jpgAu même titre que l’art traditionnel japonais. L’artiste n’hésite pas à le mélanger aux « Comics ». Avec  « Hanging Scrolls » présenté ici pour la première fois en Europe il a créé avec des architectes  une interprétation contemporaine de la fameuse Maison de thé. L’œuvre rameute un sampling et un found-footage non seulement musicaux mais plastiques, graphiques et littéraires. Toute une culture du mixage et du recyclage fait de ce travail une des investigations les plus vivifiantes du temps.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

17/08/2015

Olivier Mosset : radicalité et épure

 

 

Mosser 2.jpgOlivier Mosset, « qu’est-ce que voir ? », Editions ENd, Le Ban Saint Martin.

 

Trop guidé par les questions pas forcément pertinentes d’Alain Coulange qu’on a connu en meilleure forme, Olivier Mosset prouve toutefois la part la plus intime et minimaliste de son travail. Artiste essentiel il est  essentialiste bien plus qu’iconoclaste. Il évoque ici la relation de sa peinture à l’espace en vue de l’établissement de dispositifs d’exploration. Ils incarnent une  figuration et une vision très particulières du monde. Ce n’est donc pas exactement d’un espace seulement pictural dont il est question ici, mais d’un espace traversé d’une pensée possible au cœur de laquelle un dialogue se dessine avec des images et entre des images.

 

Mosset bon.pngLe travail de Mosset ne traite pas expressément de la représentation ou du spectacle de la représentation, mais de ses extrêmes : le commencement et la fin,  les limites. C’est là que se manifestent les phénomènes qui intéressent particulièrement Mosset : apparition et disparition dont le créateur (comme une Viviane Zimmer en photographie)  restituent une trace impalpable, un signe qui s’absente tout en étant présent. Pures présences les œuvres retiennent l’essentiel en épure.  La disparition du fortuit manifeste une absence au présent. Elle la signe. C’est en ce sens l’œuvre reste un voyage initiatique loin des paysages du monde mais vers son essence.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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