gruyeresuisse

13/04/2015

Saturno Butto de l’épine à la rose

 

 

 

 

 

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Avec Saturno Butto au dessus de l’homme il y a moins Dieu et ses saints que des seins en tas de volière. C'est de là que chaque fois  tout recommence. La peinture religieuse que reprend à sa main l’artiste reçoit un sacré coup dans l’aile par l'intercession d’anges pervers. L’esprit – du moins ce qu’il en reste – ne se passe pas du  corps, bien au contraire. La "furor" n’est plus mystique : les gothiques de l’artiste cultivent la foudre et le souffre de bien suaves enfers. Butto 2.pngLes corps s’attirent en des cérémonies impeccables quant à leur facture. Mais elles n’ont plus rien de catholiques et romaines. Elles en gardent le flacon pas l’ivresse. Celle-ci est d'un autre acabit. A l’angoisse et l’extase mystiques font place des nuits blanches aux noirceurs voluptueuses. La "chute " est programmée mais nul personnage ne désire s’en relever. Chacun se délecte de ce qui s’éloignant du christique rapproche d’hantises langoureuses. Tous les prétextes sont bons pour sortir les images religieuses de leur contexte. La douleur est délicieuse. Sade a remplacé Saint Sébastien, Madame Edwarda les Saintes. Elles promettent un paradis terrestre. Que demander de plus ?

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

13:45 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)

12/04/2015

L’art, ses arêtes, ses coquilles : Fabian Boschung

 

 

 

Boschung bon.jpg« Fabian Boschung », editions Lage + Pult, Zurich , 2015

 

 

 

Né à Lausanne, Fabian Boschung vit et travaille à Neuchâtel. Son œuvre est régulièrement présentée en Suisse et à l'étranger. Le jeune artiste expérimente divers médiums comme la photographie, la peinture et la sculpture. Parfois  voire souvent ironique l’œuvre cultive une certaine dérision en revisitant à sa main l’histoire de l’art selon des réflexions en actes. Dans un livre qui représente la première monographie de l’artiste suite à son exposition Feeling (présentée l’année dernière au Centre d’Art de Neuchâtel), Simon Derouin et Lionel Gras proposent une analyse  astucieuse de l’œuvre par un dialogue entre « Marguerite et Marcel », personnages fictifs en visite à l’exposition. Boschung.jpgY sont évoqués des sculptures en trophées de coquilles de moule, d'huître ou d'escargot, mais aussi Jackass – le chat de Schrödinger – que Boschung  pétrifie vivant ou encore et entre autres des illustrations du « Manifeste de l'excessivisme ». Marcel y voit une évocation du sexe, Marguerite la considère de manière angélique selon un  sentiment océanique de l’existence tout en restant abasourdi au souvenir d’un  « socle post-minimal prêt à faire des pompes comme un vulgaire athlète. » De telles considérations prouvent combien chaque œuvre reste étrange, complexe et ambiguë en ses « prises ». Chacune implique une certaine distance au moyen de compositions mystérieuses, erratiques et drôles. Créateur d’histoires visuelles, l’artiste  joue avec les concepts de l’art et oscille du surréalisme au pur concept tout en jouant des puissances de la picturalité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

11/04/2015

L'âme des objets inanimés : Raquel Dias

 

 

 

 

Dias 2.jpgRaquel Dias, Hard Hat, Genève, 28 mai – 31 juillet 2015

 

 

 

Les objets "montés" et assemblés par Raquel Diaz sont à la fois des flacons et leur ivresse.  Pas forcément celle que le voyeur espère. Mais cela n'est que mieux.   A  l’extase charnelle font place des nuits blanches aux voluptés solitaires. Simples mais étranges de tels objets proposent leur propre paradis terrestre. Son accès reste plus compliqué qu'il n'y paraît. Dias.jpgL'œuvre de Raquel Dias demande un regard attentif, une intelligence secrète. La séduction devient altière par divers alignements.  Chaque objet est idole provisoire à l'insolente pudeur. De Mélusine l'artiste devient au besoin Blanche-Neige. Elle lévite indifférente aux modes esthétiques. D'où la poésie particulière d'une œuvre subtile et poétique. L'œil remonte à la source d'un mystère. Il  n'appartient plus à la raison de dissiper.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret