gruyeresuisse

11/04/2015

L'âme des objets inanimés : Raquel Dias

 

 

 

 

Dias 2.jpgRaquel Dias, Hard Hat, Genève, 28 mai – 31 juillet 2015

 

 

 

Les objets "montés" et assemblés par Raquel Diaz sont à la fois des flacons et leur ivresse.  Pas forcément celle que le voyeur espère. Mais cela n'est que mieux.   A  l’extase charnelle font place des nuits blanches aux voluptés solitaires. Simples mais étranges de tels objets proposent leur propre paradis terrestre. Son accès reste plus compliqué qu'il n'y paraît. Dias.jpgL'œuvre de Raquel Dias demande un regard attentif, une intelligence secrète. La séduction devient altière par divers alignements.  Chaque objet est idole provisoire à l'insolente pudeur. De Mélusine l'artiste devient au besoin Blanche-Neige. Elle lévite indifférente aux modes esthétiques. D'où la poésie particulière d'une œuvre subtile et poétique. L'œil remonte à la source d'un mystère. Il  n'appartient plus à la raison de dissiper.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10/04/2015

Urs Lüthi : grain et graine

 

 

 

 

luthi 2.jpgLa manifestation de la nudité prend chez Urs Lüthi un grain particulier : celui qui perdure sur le papier et qui prend plus d’importance que le grain de la peau elle-même. L’impression de la nudité et ses graines de sensualité reçoivent un aspect sinon plus intime du moins plus profond. La photographie dans sa manière ne se cache plus derrière un sujet qui par excellence la vampirise. Le photographe maintient une certaine vibration du regard dans lequel la peau acquiert une autre densité.

 

 

 

Luthi.jpgLes techniques de prise mais aussi de tirage gardent une part spécifique dans l’aventure plastique du photographe de Lucerne. Aux effets de lumière s’ajoute cette qualité particulière du grain. L’image tend à se libérer des formes même si ces dernières gardent leur audace. L’épaisseur granuleuse de l’image apporte un autre frémissement à celle plus pesante des représentations de la nudité.  Le photographe la dégage du temps par cette étrange matérialité de l’impression : il s’agit de faire remonter le noir comme à travers un feuillage selon un dispositif qui permet d’englober autant le motif que le travail. Le lieu offert devenant « sourd » au simple fantasme ménage donc un rôle à la nature même de l’image.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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Marie-Laure Dagoit : passé empiété sur marinière J-P Gaultier

 

 

 

Dagoit.jpgL’écriture de Marie-Laure Dagoit s’engendre souvent au seuil de l’absence. Chaque mot semble échouer à dire, feint de passer à côté mais c’est le moyen d’éviter la parodie de croire trouver  un sens à la vie qui n’en a guère. L’auteure fait de chacun de ses textes un arceau ou une île (l’il y est jamais loin mais pas si près qu’il pourrait le penser). En chaque livre surgissent des caresses mais aussi des grondements sourds, des ricochets, des déchirures. Beaucoup d’humour aussi - toujours au second degré.

 

 

 

Dagoit 2.jpgMarie-Laure Dagoit vagabonde, s'ennuie (parfois), erre, hume, goûte. Elle est gourmande, curieuse. Et intrépide. Elle quitte des paysages familiers pour aller explorer des grottes, des récifs. Ici même, ici bas. Elle semble parfois pouvoir être retenue prisonnière mais reste fugueuse même lorsqu’elle s'enlace à des déferlantes. Serpentine dans ses affolements, tentatrice entre dérision et tentation, elle se propulse vers une de ses obsessions littéraires ou artistiques : dada, surréalisme, Beat Generation, éros énergumène. Puis elle reprend à la fois son travail d’éditrice et son chant de Sirène pour entendre gémir des marins animaux plus que des animaux marins. Néanmoins la Méduse se veut rétive à la confusion des affects et à la communion des seins.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Marie-Laure Dagoit, Soins d’une poupée, 8 E.., A Cœur ouvert, 25 E., Ce que je ne dis à personne, 6 E., Editions Derrière la Salle de bains, Rouen.