gruyeresuisse

21/04/2015

Pavlina et les orantes

 

 

 

 Pavlina Bon.jpg"Pavilna Art", Montreux-Chamby. Pour plus d’nformation : www.pavlina.ch.

 

 

Il existe dans les oeuvres de Pavlina une mystique cosmique et religieuse qui n’est en rien un retrait du monde. La combustion intime du corps, son adhérence étroite sont présentes entre la perte d'un contrôle et sa retenue. Tout tend vers des visions d’un absolu où les regards, les mains et les effets de peau conservent leur puissance pour pénétrer le secret du monde et le mystère céleste de Dieu. Les deux sont mis en répons par l’apparition de radiations bleutées ou bistres selon divers techniques où la chair semble désormais méditée dans une lumière intérieure, inépuisable. Elles permettent d’atteindre d’autres gradients de la figuration qui échappe ici à toute école pour atteindre une peinture d’orantes qui se confrontent parfois avec le monstre animalisé.

 

 

 

 

 

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Certes se retrouvent certains « accents » de la figuration religieuse extatique mais s’y mêlent parfois une vision quasi abstraite. Tout concourt à une forme de consentement et de recueillement. Elle subjugue par  l’admiration appelée par ce qui nous dépasse. Le corps semble remonter du fond du temps ou de l’instant d’avant. Il palpite et témoigne d’un panthéisme spirituel. La peinture prend avec Pavlina un destin singulier et hors des modes. L’artiste, par les tons cuivrés ou bleutés, ouvrent à une présence de l’impalpable, de l’inconnu d’un ordre plus grand. La figuration féminine en devient le medium. Elle est là pour interroger le dépassement dans un travail de maîtrise. Il converge en toile, bois, papier, plaque d’acier oxydé au point de sourde incandescence : la vie pourtant fragile semble inaltérable en un face à face avec ce qui la dépasse et la rend à une « ardore » mystique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15:03 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

De l’ombre à la lumière et retour : Yves Berger

 

 

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Yves Berger : « Entrevoir » (Space Station, Lausanne), « Mes deux béquilles » (Éditions Art & Fiction, Lausanne)

 

 

 

Caché dans son Faucigny natal Yves Berger (fils du poète John Berger) poursuit un  travail particulier. Sorti de l’école des Beaux-Arts de Genève, il a reçu le prix Stravinsky de la peinture en 2001. Depuis, il a exposé en Europe et en Amérique du nord et a publié entre autres « Mes deux béquilles » (Éditions Art & Fiction) et a codirigé avec John Berger «  Le blaireau et le roi » (Éditions Héros-Limite, Genève). Sa recherche passe par l’épreuve du corps : il s’agit autant de le faire figurer que de l’effacer en un jeu d’illusion où la distance peut entrainer une étrange proximité. L’huile ou la  caséine crée une lumière particulière. Tout joue entre présence et dilution en un théâtre dont les ombres à peine colorées sont les êtres disparus.

 

Berger bon.jpgChaque toile propose une diaphanéité. L’état de matière n’est jamais loin du néant. Les silhouettes deviennent des résurgences. Ouvrant le désordre dans l’ordre du cosmos, elles ont  partie liée avec l’absence et retournent à un état voisin des "dissolving views" de la préhistoire du cinéma. L'objectif paraît évident : voir ce n'est plus percevoir mais "perdre voir". Yves Berger pousse donc toujours plus loin le risque au centre de l'Imaginaire  comme si l’image apparaissait tel un voile qu'il faut déchirer afin d'atteindre les choses (ou le néant) qui se cachent derrière. Ainsi au cœur même de l’effacement quelque chose suit son cours. « entre le meilleur moindre et le meilleur pire, l’inannulable moindre » (Beckett)  devient peinture et hiatus.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

20/04/2015

Anne Attridge : vertiges de l’amour

 

 

 

 

attridge 2.jpgL’amour n’est pas - en art comme ailleurs - qu‘un « désir de duvet ».  Les céramiques d’Anne Attridge le prouvent. Bien des femmes s’y envoient en l’air sous l’impeccabilité de la faïence. De chacune d’elle naît du désir mais autant de  matière optique.  Et si parfois la créatrice choisit le blanc il devient une bouture de nuit qui permet  de revoir le jour d’une autre manière. La thématique s’efface la matière qui garde une profondeur de vie que les vocables ne suffiraient plus à exprimer. Il  faut un autre langage pour tenter le saut des reins vers l’invisible.  Non l'amour (ou ce qui en tient lieu) ne peut pas être en mot. Sa vérité tient dans la matière qui donne corps à des sculptures pour le moins intempestives.

 

 

 

attridge.jpgL’artiste va au bout d’une logique où généralement certains effets croupissent. L’artiste les exhausse. De tels indices permettent de montrer ce qui ne peut se voir et qui devient paradoxalement le lieu de la révélation quasi magique. Une note mystique n’y est pas étrangère. Dépouillée de la nature l’oeuvre évoque néanmoins une scatologie mais de manière la plus policée possible. Un lointain espace intérieur qu'aucun télescope ne peut atteindre surgit non sans drôlerie et ivresse.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret