gruyeresuisse

03/12/2015

Les caprices de Viviane

 

Rombaldi 2.jpgViviane Rombaldi-Seppey, Off Listing, Context Art Miami avec la Galerie Dubner Moderne, Miami et Lausanne

 

Les dessins et performances de Viviane Rombaldi-Seppey - sur un bord de mer comme sur des plages de papier - tordent le cou aux stéréotypes sans le moindre complexe. L’artiste construit une critique de l'image et un appel à la vie. Ses propositions se moquent des grandes poses dont l'histoire de l'art regorge. Elles rouvrent la question des genres plastiques. Refusant toute intrusion de moralisme l’artiste pourrait faire sienne la phrase de Sade: "Aucune action quelque singulière que vous puissiez la supposer est vraiment criminelle ou vertueuse. Les vertus d'un autre hémisphère pourraient bien être des crimes pour nous".

 

Rombaldi.jpgL'œuvre reste une fable optique. Elle saisit l’émerveillement de ce que le regard prend et dont la vie nous fait don et que parfois elle retire. Viviane Rombaldi-Seppey donc fait de chacun de ses travaux un "capteur", un "caprice". Il bouleverse les images et le réel : le second est transformé par les premières selon différentes formes ironiques au sein d'un système tonique L’artiste crée une esthétique éminemment précise : l'humour et la perfection ne se limitent pas à un exercice de dérision. La créatrice s'active dans un mouvement autant de retrait que d'exhibition qui enlève au monde sa pesanteur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

02/12/2015

Résurrection de Louis Soutter

 

 

Soutter 4.jpgSereine Berlottier – Louis Sous la terre – Argol, 102 pages, éditions Argol, 2015.

 

 

La narratrice du livre de Sereine Berlottier (multiple et une) accompagne la solitude du peintre Louis Soutter (1871-1942). Sutter 3.pngElle rentre en proximité avec lui jusque « dans les jupes d’une femme » même si aucune présence n’a pu le sortir de son enfermement et de ses marches forcées qui rappellent celle de Walser. Etre - par delà les époques - en une feinte de proximité avec l’artiste permet à la poétesse française d’être au plus près de sa souffrance et de sa création. Celle-ci aboutira aux figures dégradées mais puissantes formellement que Soutter finira à tracer au doigt à la fin de sa vie et pour des raisons de santé : « Mettant au trou, à terre. / Creusant dans le petit trou de la terre. ».

 

Soutter 3.jpgSereine Berlottier mêle habilement (avec un clin d’œil lacanien) la vie et l’œuvre comme elle mêle dans son « récit » le tu, le je, le on, le nous. Le désordre de la vie de Louis Soutter se retrouve dans l’esprit du livre. Il suit l’artiste de manière chaotique de la Suisse à Bruxelles, aux USA et jusqu’à l’asile de Ballaigues où il s’adonna au dessin et à la peinture de façon frénétique dans une maison réservée « aux vieillards et aux indigents du canton » où il meurt au moment où son œuvre est exposée à New-York et Lausanne. Si bien que l’auteure peut s’adresser à l’artiste en lui lançant « Ta vie se commence quand elle se termine ». Jamais enfermé dans un cadre le livre de ruptures se fait le frère de l’artiste : du dessous de la terre il provoque sa résurrection.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

30/11/2015

Neil Krug : algorithme de l'image

 

 

Krug 3.jpgNeil Krug a photographié le top-modèle Ainsley Burke selon des portraits redoublés inspirés d’un style visuel des années 70. La série « Emery Dream Scene » est très pop-art dans l’esprit. Les photos ont été prises de nuit pour accentuer l’idée du rêve si bien que du pop-art l’œuvre glisse parfois vers le surréalisme.  Les portraits « parlent » loin de toute propension psychologique et mentale avec les formes et les couleurs. Quoique serties du poinçon de la nostalgie elles ne sont pas assujetties à la soumission au passé. L’artiste cherche avant tout à dégager l’image de l’apparence par les effets d’hybridations et de dédoublements. L’image n’est plus un reflet : elle avance pour retrouver le réel, cernant de plusieurs côtés la perte en laissant le champ libre à tout ce qui pourrait advenir.

Krug.jpgLes dogmes de l'esthétique de divers temps et lieux se mêlent mais se distancient à travers des œuvres qui troublent l’idée du portrait. Au sein de la figuration le travail de l’artiste pousse une porte non seulement sur l'onirisme mais vers une vision "lynchéeene" des êtres. Neil Krug plonge en un univers à la fois ouvert et fermé. En conséquence, si la figuration fait loi, on est loin du réalisme. Le piège au regard choisi par l'artiste confronte l’être au réel et à sa propre image.  Le diable de la réalité est à ses trousses mais il est pris dans un univers formel à la recherche de l'algorithme de l’image. Neil Krug illustre comment les techniques créent une dialectique subtile : l’artiste impose une iconographie paradoxale de la modernité. Elle joue sur une nécessaire ambiguïté et un décalage et fait du spectateur un être à la fois libre et aimanté.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:26 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)