gruyeresuisse

10/07/2015

Qu’en termes étranges ces « choses »-là sont montrées : Roger Weiss

 

 

Weiss.jpgRoger Weiss avec sa série « Human Dilatation » ne  cherche pas à exorbiter le corps par effet déformant pour faire jaillir « du » monstre. Il n’insiste pas non plus sur la prétendue  fragilité ou les éventuelles imperfections de ses modèles féminins. Les angles de distorsion permettent de casser les stéréotypes hypocrites que l’idéologie imageante mondialisante fait porter au féminin. La notion de beauté en est donc modifiée.

 

Weiss 2.jpgLe déséquilibre entre les parties du corps retranche les idées reçues, rompt le ceintrage admis. Le physique féminin apparaît en termes étrangers, il se détache des lignes « haricots verts » pour montrer le vide des illusions optiques que nous caressons. Insolent le photographe suisse donne au corps une insolvabilité. Elle permet de nous dénouer de nos percepts.  Chaque photographie devient une insurgée. Sans assise ou déboîté le corps à la fois rentre en lui et en sort de manière intempestive. Il est l’indice agaçant créateur d’ouverture par l’audace du photographe. L’image de la femme, de simple « support » confortable, devient un manifeste dadaïste de déconditionnement du conformisme.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Roger Weiss, « Human dilatation »

11:06 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

07/07/2015

Sabian Baumann et les monstres humains

 

 

 Baumann.jpg

Les créations de Sabian Baumann sont sans concession. La Zurichoise impose des figurations où le réel est livré au vertige virtuel au nom d’une certaine déceptivité (ou horreur) inhérente au réel. Le regardeur est confronté à un  trauma perceptif en divers jeux d’ombres et de lumière, de vie et de mort. Le contrat figuratif fait de l'image un paradoxe.  Franchir son seuil ne revient pas à trouver ce qu'on attend - ou trop.  Le « monstre » sexuel  bouge selon divers rites de mystère à la fois drôles et troubles - manière sans doute de sortir de la psyché qui n'est rien d'autre qu'un tombeau comme du sortir du pur fantasme.

 

Baumann 2.jpg

Sabian Baumann joue ainsi sur deux registres : la jubilation d'un parcours initiatique qui provoque un ravissement mais aussi le dérisoire spectaculaire de situation où le regardeur semble perdu en une forme de néant que souligne la souplesse mais aussi la rigueur des images. Chacune compose une harmonie très particulière et sombre.  Dépouillement et surcharges font que sous l'apparente banalité se cache un fantastique érotique dont l’effet retour meurtrier n’est jamais exclu.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sabian Baumann : Galerie Mark Mueller, Zurich.

 

10:58 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

06/07/2015

Camille Moravia et l’intime

 

 

 

Moravia.pngAlors que certaines femmes saisies par Camille Moravia dorment dans des lits de fortune d'autres gardent une sérénité près d'une alter ego même si selon l'artiste l'amour n’est pas de tout repos.  Parfois, dans le champ, des vanités règnent. Les modèles ne s’en étonnent pas même si parfois, face à elles, certaines se  recroquevillent  comprenant que surgissent les limites qui sont imposées par le destin. Aucune pourtant fait preuve de véhémence même si chaque réponse est suspendue : elle ne peut atteindre qu’un lieu intermédiaire. Celui où l'artiste rejoint ses modèles.

 

Moravia 2.pngCamille Moravia sait  que l’intimité ne se « donne » pas facilement.  Mais chaque portrait est une sidération.  Pour cela l’artiste rappelle à ses modèles ce que Matta demandait aux siens : non être mais « se désêtre ».  Demeurer  en s’abolissant dans la paix et le risque du total  abandon. Aspirées par les contradictions d’ombres et de lumière, les effets de jours noirs et de nuits blanches, les corps semblent entrer dans le rêve inépuisable même lorsque tout semble fini. Une beauté est mise mais sans le moindre « léché ». Chaque portrait engendre des « découpes », des impulsions si bien que l’image devient « naïve » et sourde là où les corps s’abandonnent. L’artiste en devient la grutière : chaque être est à moitié soulevé par des hélices de lumière au sein de nappes de cendres.

 

Jean-Paul Gavard-Perret