gruyeresuisse

28/08/2020

Le vent et la tempête : Georges Didi-Huberman

Huberman 2.pngIndividuel ou collectif le soulèvement est une prise de hauteur. Il est le témoignage d'un envol dionysiaque qui éloigne de l'autorité du divin et de son ordre. Et ce loin de la mélancolie. C'est une barrière renversée. Un embrasement. Là où la folie foule au pied un certain ordre de la foule par "ex-tase "- à savoir sortie. Du confort ou de l'aliénation mais loin de la lévitation mystique. Le Dévoilement reste en soi dans l'immanence et "l'innocence de l'instant" cher à Bataille. Pour  Didi-Huberman cette quête est celle de l'embrasement et du désir.

 

Huberman.jpgDes hystériques de Charcot - sujets du premier livre de l'auteur- jusqu'à aujourd'hui, l'auteur montre comment "faire le mur" dès qu'on en dresse un.  Publique ou non le salut est d'ici au nom de la mémoire car elle reste capitale. Mais il convient  encore de se la fabriquer....

 

 

Huberman 3.pngLe geste politique, entre réalisme et romantisme, casse l'istoire des styles. Et ce à partir d'un dessin de Courbet qui soulève les plis du vêtement et de l'histoire en devenant gros plan documentaire et allégorique au milieu des drapeaux et de la draperie. Une sensualité de l'aventure humaine se trace au nom d'une espérance. Elle est acquiescement, débordement, libération dans le trop de l'hors-soi au moment où celui-ci se dilate dans "l'infini turbulent"  (Michaux).

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Georges Didi-Huberman, "Soulèvements", Avec des essais de Nicole Brenez, Judith Butler, Marie-José Mondzain, Antonio Negri et Jacques Rancière, cill. Livres d'art, Gallimard, Paris

26/08/2020

Luo Mingjun : proximité du lointain

minjuin 2.pngLuo Mingjun, "Lointains", Galerie Gisèle Linder, Bâle, du 9 septembre au 17 octobre 2020.

Le lointain eu égard au temps que nous traversons prend ici une expression plurivoque. La Covid-19 étendant son empire a créé confinements et fermetures bref le repli des ailleurs si bien que ce qui demeure éloigné devient une sorte de rêverie nostalgique voire de nouvelle utopie. Luo Mingjun plus qu'un autre sait ce qu'il en est. Installée en Suisse depuis 1987, l’artiste chinoise exilée et qui a perdu sa nationalité d'origine l'associe à son présent européen dans sa quête identitaire là où des images en effacement surgissent de sa mémoire.

Minjuin.pngExistent en conséquence plusieurs faces du lointain dans ses peintures (grands formats) où elle reprend des sujets récurrents : le magnolia vu depuis sa fenêtre d’atelier. Surgissent désormais du fond - habituellement vide - des ombres vaporeuses. Elles deviennent des nimbes de ce qui ne peut se saisir. Liant la technique occidentale de la peinture à l’huile et les variations orientales de l’encre de Chine orientale, lumière et ombre, plein et vide, lié et délié créent une atmosphère particulière liée à chaque blessure de la créatrice. Le réel tel qu'il est s’ébrèche la peau à l’annonce du mouvement en un murmure d’invisibles rituels. Se démantèle la promesse de la parole. Mais à sa place un jaillissement de silence devient l'immobile frénésie du signe soulevé par le tremblement de l’effacement.

mINJUIN  3.jpgEntre présence et absence le vaporeux joue à plein là où parfois du magnolia ne demeurent que des fragments dans un mixage d'ombre et de lumière. Rien n'a lieu qu'un lieu étrange et pourtant reconnaissable. Il suggère autant le repli apaisant qu'une forme d’emprisonnement d'aujourd'hui mais aussi de tous les temps. S’agglutine et s'embrase un indicible dans la cavité de la toile dont le "ventre" devient quelque peu implicitement sardonique. Mais poétique tout autant là où la lumière se mâche à la nuit en un raclement lunaire afin que suinte l'indicible.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/08/2020

Nina Malo : dilatation des profondeurs

Brand.jpgNina Malo commence ses études d'art et de joaillerie en 1992 à Cape Town (Afrique du Sud) puis les achèvent à la HEAD , section Bijoux-objet. Installée à Carouge dans son atelier, elle poursuit sa quête de beauté et d’harmonie par la création d'oeuvres absolument impeccables. Et ce qu'elle qu'en soit la matière. L'artiste saisit la vue par la sélection d'un certain mode d’éléments particuliers plus ou moins abstraits. A la place de la "voix" de la nature une autre vient habiter l'espace.

Brand 3.jpgDans cette exposition la sculpture en céramique constitue une sorte de mise en rêve des formes volontairement minimales et le rébus qui les habite. Lignes tendues, espaces comblés accordent ardeur, rondeur et plénitude par l'imaginaire et le travail de l'artiste. De telles formes ouvertes ou fermées n'ont pas besoin de bouquets pour les cueillir. Elles se suffisent à elle-même et font que l'impossible verbe trouve à défaut de parole une vision.

Brand 2.jpgPar un monde constitué de formes natives l’artiste crée un "grand verre" ou un grand large parfaitement cerné afin de redécouvrir l'être caché dans son feuillage singulier proche parfois de l’abstraction. Du moins en apparence. Par de telles oeuvres de félines pensées trouvent un passage, une présence tout en préservant leur mystère.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Nina Malo, "Sculpture céramique", Galerie Marianne Brand, Carouge-Genève, du 29 août au 19 septembre 2020.