gruyeresuisse

04/12/2018

Arie Dzierlatka : scènes et conciliabules

Favre 4.jpg"Aline Favre et Arie Dzierlatka - Dessins croisés", Galerie Ligne Treize et Galerie Marianne Brand, Carouge du 8 au 23 décembre 2018

Marié pendant 15 ans à la céramiste Aline Favre Arié Dzierlatka fut musicien et plus occasionnellement dessinateur et illustrateur. Ses musiques de films l'ont fait connaître des cinéphiles. Il travailla avec Rohmer ("L’Amour l’après-midi"), et surtout avec le trio majeur du cinéma suisse romand : Goretta, Soutter, Tanner. Il fut aussi animateur pour les enfants en de célèbres concerts commentés dans les institutions musicales genevoises et des émissions télévisées d’initiation musicale. S’intéressant aux expérimentations électroacoustiques il sut les lier à l'héritage classique.

Favre.jpgLes expositions de Carouge permettent de découvrir ses dessins de cet artiste libre. Ils sont aussi provocateurs que sa musique. L'auteur fait preuve d'une fantaisie, d'une drôlerie qu'il ne pouvait pas forcément exprimer dans son oeuvre musicale. Le dessin reste ici ouvert. La perception prend une profondeur au sein des formes et des couleurs de cette expérience-limite. S’éprouve une contradiction entre ce que nous connaissons et ce qui soudain nous est donné de connaître par celui qui ne se prenait pas forcément pour un plasticien.

Arie Dzyierltka ne se souciait pas de "faire oeuvre". Mais, de telles marges, surgissent des parenthèses graphiques, des scènes et conciliabules imprévus. Ils éclatent à la surface sans souci de savoir et de technique. Le jeu des couleurs et des lignes est démultiplié en divers avatars.Favre 5.jpg Emergent de la sorte des vertiges bien  plus que des vestiges. L’inconscient y connaît la traversée des frontières à laquelle l'artiste offrit un passage, un transfert. Aux rituels de certitude fait place l’égarement et la transgression. C'est toujours une fête.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/12/2018

Katerina Belkina : la photograhie est une femme

Belkina 3.jpgL’artiste russe Katerina Belkina appartient désormais au cercle des photographes les plus reconnus et chers de l'histoire du 7ème art. Une de ses oeuvres a été vendue au Sotheby's de Londres plus de 40 000 Euros. Elle fait partie de sa série majeure intitulée "Paint" où elle devient à la fois "peintre" et modèle.

La créatrice y revisite des portraits de femme des peintres du XIX et XXème siècles : Picasso, Klimt, Schiele, le Douanier Rousseau, Modigliani par exemple. Et dans le cas de Van Gogh l'autoportrait du peintre est tenu par l'artiste elle-même.

Belkina.jpgLes oeuvres originales sont facilement reconnaissables. Existe donc un hommage. Mais tout autant un prodige de technicité et de poésie réinterprétative qui redonne sa place à la femme. Elle est devant comme derrière l'image. Bref aux manettes pour s’approcher le plus possible de ses héros peintres à travers sa réinterprétation et le défi qu'elle leur porte.

Belkina 2.jpgLa féminité qui était jusque là réservée au modèle retrouve une colonne vertébrale genrée. Il y a là un certain suivi physique sauf que l'artiste ne tresse pas seulement les colonnes vertébrales et qu’il n’y a en son travail nulle hernie capillaire. De tels phénomènes magiques ont l'apparence de petites vengeances. Mais c'est, bien sûr, plus fort que cela au moment où les modèles échappent à leurs vieux maîtres pour devenir Dahlia Noir, Rose de Chine, etc.. Restent la béance bien lubrifiée et le vertige là où se matérialise une forme de victoire de la photographie sur la peinture.

Jean-Paul Gavard-Perret

Galerie Faur Zsofi, Bubapest, 2018

Helmut Newton ou le "caliente" décalé

Newton 2.jpgHelmut Newton restera - qu'on le veuille ou non - le maître du nu. Non seulement il le "met à nu" mais en renverse les perspectives par ce qui tient de l'évidence et de la plongée en abîme. Subtiles et provocatrices, impudiques les photographies introduisent du "jeu" dans la nudité en multipliant des jubilations qui révèlent la puissance du féminin et de sa spécificité.

 

 

 

 

Newton 3.jpgLe photographe entraîne par ses prises et mises en scène dans et de l'inconnu(e) entre le vide et l'évidence. L’immobilité saisie est la résultante de tous les dépôts de vagues successives. Elles créent une suspension, un point d'équilibre. Elles éclairent ou  brouillent, moins pour la sensation que l’émotion, les cartes du tendre.

 

 

 

 

 

 

Newton.jpgL'œuvre prouve l'aboutissement d'un lent travail d'approches et de révisions. Celui d'un œil en mue perpétuelle et aussi obsessionnel qu'ironique. Il s'agit de dégager des constantes, de laisser des traces visibles et invisibles. Le corps s'ouvre et se referme. D'autres paupières se soulèvent dans la mémoire. La femme s'expose comme énigme. Une pulsation reste ce qui sourd du plus profond mangé d'ombres et de lumière.

Jean-Paul Gavard-Perret

Saul Leiter. David Lynch. Helmut Newton: Nus, Fondation Helmut Newton, Berlin, du 1er décembre 2018 au 19 mai 2019.