gruyeresuisse

03/04/2017

Catherine Perrier : montages/démontages

 

Perrier 2.jpgChez Catherine Perrier l’art devient roman mais loin de sa manière habituelle de raconter. Dans un travail de mémoire implicite l’artiste monte et démonte par coupages et assemblages de diverses matières afin de suggérer du non montrable selon une fausse ingénuité de vestale. Celle-là se fait l'intrépide chez la servante zélée de « turpitudes » pour la gestation d'une lumière tendre et ironique au sein même des dérives de la chair. Il se peut que l’âme se consume en ce feu qui brûle mais le corps trouve ainsi un passage. Il devient parfois un étrange matelas qui se titille, s'enfle et finit par exploser, si bien que ses images se disséminent sur une grande surface.

Perrier.jpgEn dépit de la radicalité, l’humour garde ses raisons. L’artiste avec à propos mêle l'âme blanche aux noirceurs fascinantes du sexe. Elle devient notre semblable, notre soeur puisque c'est toujours dans l'équivoque que nous jouissons. L’œuvre se veut une succession des « fautes » commises sciemment selon une vision romanesque qui ne peut être clairement identifié. Mais c’est bien ce qui en fait tout son intérêt puisque l’artiste déplace les règles par divers corpus où se mêlent abstraction et figuration.

 

 

Perrier 3.jpgExistent la manière et la matière afin de mieux réintégrer un espace mémoriel. Bourgeade et Danielle Mémoire ne sont pas loin. A la différence près que le texte est remplacé par des « coquilles » recueillies au fil du temps. Si bien que l’artiste renverse le bain romanesque pour le remplacer par un « liquide » visuel où se mêlent différents niveaux de fictions et de références : enfances corpusculaires, fictions « frictionnantes » qui se réfléchissent sans cesse dans leur propre miroir et dans d'autres. Jaillissent aussi les passerelles entre un contre monde et ce monde-ci. Elles sont construites selon des lois rigoureuses et soumises à un puissant système d'octroi ; des corps y patrouillent de jour comme de nuit. Nul code, toutefois, n'en est établi par écrit.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/04/2017

Silvia Bächli et Eric Hattan : farces et satrapes

Bachli 4.jpgSilvia Bächli Eric Hattan, « Situer la différence « Centre Culturel Suisse de Paris, Avril-juin 2017.

 

 

 

 

Bachli 2.jpgLa présence de Silvia Bächli dans cette exposition peut paraître plus surprenante que celle d’Eric Hattan. Néanmoins la dessinatrice et le vidéaste et sculpteur se renvoient parfaitement la balle. Ils n’en sont pas d’ailleurs à leur coup d’essai. Le CCS leur offre l’occasion de créer trois expositions d’avril à juin. Silvia Bächli « interprète » ici ses dessins comme des mots, des notes, avec lesquels elle compose des « phrases musicales » sur les cimaises. Eric Hattan ramasse dans la rue des objets et matériaux pour construit des entassements ou des montages. Les deux artistes questionnent avant tout l’espace selon diverses articulations et ils créent en parallèle un livre éditée par le CCS avec la, reproduction au format 1:1 de certaines oeuvres.

Bachli.jpgSilvia Bächli et Eric Hattan proposent ce qui fait trou dans l’homogénéité de la communauté pour y introduire leur poésie ironique et vivifiante. Ils trouvent à Paris de nouveaux instruments dans leur orchestre et un chant en duo au moment même où les dessins de la créatrice plutôt que de signifier leurs propres arrêts semblent se perdre dans l’étendue du support et où les installations du plasticien offrent leur humour décalé. L’espace plastique ressemble à l’espace de la mémoire, mais il n’exclut pas l’oubli comme si elle restait une feuille qui se détache d’un arbre et que l’arbre oublie. Le devenir de l’œuvre a donc besoin de la perte comme l’arbre a besoin d’oublier ses feuilles afin qu’une douceur remonte, l’envahisse, renoue avec son cœur pour des renaissances au prochain printemps comparables à celui qu’offre les deux artistes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Torsten Solin : la femme aux miroirs

Solin bon.jpgTorsten Solin «Broken Mirrors», Krisal Galerie, Galerie Christine Ventouras, Carouge, du 4 mars au 1er avril 2017

 

 

 

Solin.pngPour traquer l’identité, Torsten Solin sait que le portrait univoque ne suffit pas. Il faut le déconstruire afin de percer sa vérité sous le réel et au-delà de l’objectivité de l’image reflet ou miroir. La manière passive et indifférente avec laquelle le miroir « renvoie » l’image n’est donc qu’un croire-entrevoir, d'un fantôme, d'une vue de l'esprit. « Cassant » le support l’artiste déchiffre par diffractions la figure muette qui se multiplie en divers pans de fuite. Le photographe porte l'attention sur le regard et l'échange qu’il entretient avec l’image.


Solin 2.pngDans ce processus et ce face à face décalé l’artiste s'éloigne de l’effet de rapprochement et d'identification. La femme n’est plus le miroir des fantasmes et devient porteuse du poids de l'invisible et de l'origine. Elle échappe au temps comme la photographie échappe à une histoire connue. Mais elle crée aussi une brèche ouverte sur un possible : la femme devient l'étrange visiteuse, l'image d'un simple retour qui n'est plus acceptable.

Jean-Paul Gavard-Perret