gruyeresuisse

05/06/2016

James Friedman : embrasements

 

 


Friedman .pngAprès avoir revisité les camps de la mort (« Memories Effects ») dans son avant dernière série, James Friedman avec la nouvelle permet une digression fantaisiste mais plus sérieuse qu'il n'y paraît. Il propose des baisers à sourire, des baisers à pleurer d'émotion, des baisers malices, des baisers de lune ou de soleil, des baisers au pain d'épice, des baisers à regards, des baisers labyrinthes.Friedman 2.png Les baisers sans bémol ou parfois avec fausse note, des baisers poivre et sel, des baisers paysages, des baisers à combustion intime (ceux qui mettent le feu), des baisers solubles ou énigmatiques, des baisers de ciné, des baisers qui préfèrent l'ombre à la lumière, des baisers qui n'ont pas la langue dans leurs poches, des baisers gâteaux et ceux plus légers qui font monter au rideau.

Friedman 3.jpgIl y a aussi des baisers chauves et ceux qui portent des tresses; des baisers dans le brouillard et souvent un voyeur rôde dans les parages. Mais de tels baisers qui ne se quittent même si on en ignore tout. . A chaque spectateur d’en faire l’usage qui lui plaira. Ni absurde félicité ni abus de confiance, la photographie parce qu'elle n'a plus besoin de nier ou d'affirmer reste la seule réponse que l'on donne à l’union que le baiser engage. Il ne faut donc pas chercher ce que l’œuvre cache, mais juste se laisser prendre à perte de vue en sa propension à donner existence à un espace temporel fugace soulevé par sa flamme, sa folie, son suspens, son vertige. Par elle surgit l’adhérence étroite à ce qu'il en est de désir, sur ce que l’on ignore de lui et qui n’a pas de nom.


Jean-Paul Gavard-Perret

James Friedman, « Pleasure and terrors of kissing », voir site du photographe.

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Le portrait et son « image » : Anja Niemi

 

Niemi bon.pngAnja Niemi possède un double mérite : celui de ne pas s'appuyer avec confiance sur les formes en leur complexité et d'aller avec rigueur en un lieu "nu" afin de dévêtir notre regard et son inconscient programmé. Jouant d’une sorte de dédoublement de la personnalité interprété par un même modèle incarnant deux femmes prises ou éprises de fascination et de répulsion l’une pour l’autre, la photographe réinterprète l’histoire d’une esthéticienne de luxe de la fin des années 50. Niemi 3.pngL’artiste a situé son interprétation dans le désert californien de Mojave. La densité aérienne de ses surfaces ouvre des profondeurs où rien n’est traité par le tragique mais la légèreté.

 

 

Niemi 2.pngDouleur et joie, viennent y "jouer" (entendons ce verbe ici dans le sens qu'une porte joue) selon les mises en scènes des deux silhouettes gémellaires en diverses situations ludiques ou non.

 

 

Niemi.pngIl faut simplement suivre le cheminement, le balisement d'étapes des traces de ce road-movie qui patine et fait du surplace. Il trame un agencement ou plutôt un rituel - sans quoi l'art n'est rien - qui n'est plus simulacre mais une révélation. Néanmoins tout reste sous forme d’énigme. C’est aussi beau, drôle que délicieux.

Jean-Paul Gavard-Perret.


Anja Niemi : "Darlene & Me", « Photo London », Little Black Gallery, 19-22 mai, Londres.

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03/06/2016

Féeries glacées de Lou Sarda


Lou Sarda 3.jpgMontée autour de l’héroïne shakespearienne, avec une sélection d’œuvres en grands et petits formats, l’exposition propose de glisser dans l’intimité de cette femme mythique sublime et tragique, depuis les portes de son palais jusqu’à sa dérive dans la rivière qui termine son existence et où le regard du voyeur lui-même se noie.


Lou Sarda 2.jpgChaque prise n’indique pas vraiment le lieu du corps : l’artiste l’expose en énigmes en pratiquant de manière obviée le dogme chrétien de la Révélation. La figuration est autant sous la surface que dessus. La visibilité est à l’état liquide au moment où l’image par immersion se tord et prend un caractère féerique et tendrement érotique.

 

Lou Sarda 4.jpgLe charme s’arme de nouveaux arcs. Grain, cadrage serré et décalé, couleurs éteintes offrent un regard différent sur la femme et l’amour. L’artiste invente des scénographies subtiles et s’amuse avec le fétichisme qu’elle met en scène selon un principe esthétique simple : l’appareil photographique aime son modèle, ce dernier doit non seulement la séduire mais – métaphoriquement - lui faire l’amour.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lou Sarda « Ophelia », galerie l’œil Ouvert, 9-26 juin, 2016.

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