gruyeresuisse

12/10/2018

Harry Gruyaert : les haricots dans le panier

Gruyaert.jpgLe photographe belge Harry Gruyaert essaye d’ordonner le désordre et de désordonner l’ordre : ordre du monde, des choses dont l’artiste se veut à la fois le maître et le valet : « Je suis attiré par les choses et les choses m’attirent”écrit-il pour définir sa recherche d’instants que le monde porte en lui mais aussi que l’artiste porte sur eux. C’est une manière de ramasser les haricots du réel parmi ses rangées auquel le photographe montre comment des lignes se croisent et se recroisent. Mais au bout de chaque prise les haricots sont dans le panier.


Gruyaert 2.jpgCelui qui revendique le terme de «photographe de rue» est un créateur qui pense et imagine le réel en couleurs pour transformer le document en compositions superbes et riches de poésie vagabonde. Des éclats de vie étonnent l’œil du spectateur. Mais il ne s’agit pas de “ coups ” ou d’esbroufe. Les escarpements s’habillent de légèreté.. A l’intérieur des contours, des prises, des cadrages se crée un labyrinthe où le regard en se perdant retrouve un relief inattendu.

Gruyaert 3.jpgGruyaert a compris qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre de l’identité supposée mais sa terre friable celle qui nous fait face dans le réel comme dans l’illusoire au sein d’un jeu de piste dont nous ne connaissons ni le point de départ, ni celui d’arrivée. Bref la photographie ne mène pas où l’on pense accoster.

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

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Stéphane Dafflon : abrasions et quintessences

Dafflon.jpgStéphane Dafflon, "Magic Eyes", Galerie Xippas, Genève, du 13 septembre au 3 novembre 2018.

Pour sa deuxième exposition à la galerie Xippas, l’artiste suisse Stéphane Dafflon propose un ensemble d’œuvres inédites. Il reprend à son compte et recycle les méthodes de production et les formes du design industriel et du graphisme. Il conçoit chacun de ses tableaux par ordinateur, à l’aide de logiciels. Les motifs qu’il utilise (notamment les rectangles aux angles arrondis) sont puisés dans le répertoire décoratif de la stylistique contemporaine.

DDafflon 3.jpge telles images déploient leur immédiateté visuelle et leurs formes élémentaires et colorées hors de tout système métaphorique. Elles sont dégagées des carcans idéologiques de la modernité et des effets spectaculaires de l’Op-Art. Elles sont conçuespour s’adapter à différents lieux d’exposition et joue sur une forme d’abstraction géométrique chère à tout une "tradition" de l'art helvétique du XXème et XXIème siècles.

Dafflon 2.jpgL'artiste élabore une stratégie subtile de brouillage des repères physiques et visuels : assumant pleinement sa dimension atmosphérique, elle instaure une partition chromatique qui vient contrecarrer la perception habituelle de l’espace. Perdure ainsi au milieu de la densité des couleurs ou parfois de leur effacement une impression de mystère loin d'un minimalisme de pur confort. Tout se passe comme s'il fallait éviter que les chose, les sujets, les thèmes ne se ramassent complètement. C'est pourquoi au coeur même de la matière peinture, l'artiste atteint à la fois une densité de vue nécessaire et dérangeante.

Jean-Paul Gavard-Perret

10/10/2018

Jeff Wall ou les chimères du réel

Wall.jpgConçue en collaboration avec l’artiste canadien, l’exposition « Appearance » propose la rétrospective des scénographies de Jeff Wall de 1970 à nos jours en 27 photographies grand format. Elles deviennent avec le créateur des reprises de critères picturaux et cinématographiques afin de créer une sidération par les paradoxes que chaque « mise en scène » produit en particulier dans ses célèbres « Ligthboxes » et plus près de bous de ses « tableaux photographiques ».

Wall 2.jpgLa construction de l’image est toujours très précise et ludique même lorsque l’artiste semble organiser des scènes plus sombres et inquiétantes. A y regarder de près il existe toujours des éléments drôles qui tiennent aux situations, gestes ou objets. La pléthore des choses ne crée pas seulement une documentation empathique mais une véritable transformation de la facticité en vérité (et vice versa) afin d’explorer et de comprendre le monde en partant de ses singularités pour les porter jusqu’à des fins métaphoriques.

Wall 3.jpgLe parcours devient en ce sens double. L’artiste crée une narration mais produit tout autant un effet de distance par des vacillations où le réel se transforme en fantasme de monde. Ne se perçoivent pas seulement des dimensions de l’espace, mais la présence d’une topographie intempestive. L’œuvre illustre à la fois la gloire et la ruine du réalisme par sans transformation en divers types de chimères poétiques à relents littéraires.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jeff Wall , « Appearance », du 5 octobre au 6 janvier 2019, Mudam Luxembourg.