gruyeresuisse

14/05/2015

Les dérobades enlacées de Zoé Balthus


 

Zoé Bon.jpgZoé Balthus ose dans ce beau texte ouvrir ses personnages aux plaisirs. L’homme - un peu lent d’abord mais la poétesse le presse - finit par goûter les parfums de  la femme, boire à sa source, dévorer son amande douce. Sa partenaire-narratrice sait battre des ailes pour ça : elle parcourt son sang, le regarde par dessus par-dessous et lui rappelle le renflement d’éros que Cécile Hug habille de ses lignes vertes, de ses lignes noires. Chaque coque cache de ses graffitis fins le secret de l’effeuillée rose.

 

 

 

Zoé 3.pngZoé.jpgLongtemps l’amant a rêvé de ce galbe recouvert de soie. Désormais la poétesse avec pudeur mais franchise met des mots non dessus mais dedans. Un loup confidentiel est invité aux sensations retrouvées à la source exacte des vertiges. L’amande devient l’ogive d’une idée fixe dont rien ne sera dit : sinon tendresse et insomnies au moment où Cécile Hug joue de violons visuels plutôt que des cymbales. Pour atteindre les lèvres intégrales les deux créatrices se mêlent en un mix entre Lilith et Mère Arnaud. La seconde est convoquée uniquement pour sa capacité à donner des leçons de conduite que Zoé Balthus dirige non vers l’ange mais le démon. Elle le pousse  en capitaine d’infanterie pour qu’il feuillète ce que Cécile Hug recouvre en feignant de proposer un nuage en fine enveloppe soie au lieu d'une femme charnelle. Mais qu’on ne se trompe pas : d’intrépides gerbes d’opales et des boucles d'orgasmes sont demandés  au mâle. A bon entendeur salut.

 

 

 

Jeran-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Zoé Balthus & Cécile Hug, « Amande douce », Editions Derrière la Salle de bains, 8 E., 2015.

 

 

 

 

 

 

 

13/05/2015

Fay Ray : Athena du XXIème siècle

 

 

 

 

Fay Ray.jpgLes silences du corps féminin se métamorphosent dans les œuvres expérimentales de Fay Ray en flammes. Elles se logent sous la peau et sont alimentées par quelques images secrètes qui ne sont pas sans rappeler Lee Miller ou Man Ray. L’artiste américaine instruit  une mythologie intime que chaque femme porte en elle? Chacune rêve de s'approprier des lieux forgés de légendes, de désirs, de passion même lorsque l'écho des ténèbres gémit derrière le hululement d'une chouette - l'oiseau  d'Athéna. L’artiste en devient la figure contemporaine.

 

 

Fay ray BON.jpgLe noir et blanc de ses collages comme de ses toutes ses images cultive des voies nocturnes mais aussi les murmures des rêves fous. Le regard  des loups s’y piège. Chaque œuvre reste sans emprise ; elle s’ouvre sur l’inconnu(e). Le velouté d’une bouche se pose juste au coin d’un pied. Une nuit en plein jour rêve peut-être d’un chaste enlacement. L’artiste multiplie des cambrures imaginaires sous le regard amusé de l’esprit envolé. Le scintillement d’un cœur  perce le confort moelleux d’une image qui ne recouvre plus mais taille dans le vif les effets de miroir.  Le plaisir déconditionné et libre éclate sans rien que n’en soit vraiment dit : c’est bien là le mystère d’images où l’amour est sans reposoir : ses ailes vrombissent dans le spectre baroque et impeccable.  Il ouvre le vortex infini pour un plaisir indéfini. Chaque image s’échancre dans une nuée de fragments ardents. Ainsi commence un voyage fermé au paysage mais grand ouvert pour des visions adjacentes.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Louis B. James gallery, New-York.

 

Samuel Freeman gallery, Los Angeles.

 

 

 

 

 

11:56 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

12/05/2015

Maya Rochat : navigations acrobatiques

 

 

 

Richa 2.jpgMaya Rochat,  « A plastic tool », du 16 mai au 14 juin 1015, Centre d’art contemporain, Genève.

 

 

 

Une nouvelle fois le travail de Maya Rochat sidère . “A Plastic Tool” est le titre de son  nouveau livre de photographies. Il n’a pas simplement une portée informative  ou illustrative. L’artiste y questionne le sens et la valeur des images dans une stratégie de détournement et de déconstruction fondée sur ses propres images et leur interaction avec les technologies actuelles d’impression. Cela lui permet de proposer des narrations multiples grâce à l’offset, le stencil l’impression sur soie afin de créer des surfaces qui réunissent photographie,  collage, peinture dans des ensembles analogiques, manuels et digitaux.

 

Rocha.jpgLe spectateur est plongé dans un univers organique. Se mêlent une invasion d’émotions mais une appréhension conceptuelle reste de mise par une expérience à la fois de publication d’avant-garde et d’exploration des limites de l’image. Questionnant les modes de représentation de notre société, l’artiste touche la sensibilité et l’intellect par  des oeuvres qui frôlent un chaos et l’apocalypse en créant un univers où le terme de beauté plastique conserve tout son sens. La « régression » déconstructiviste produit par delà  la pratique, expérimentale une poésie. L’artiste y révèle entre autres des zones d’aberration des procédés techniques que la mécanique de création intègre. Ce travail a aussi pour but d’explorer l’espace livresque comme le « langage ». En surgit une nouvelle « qualité » ; il n’est pas simple objet ou support. Chaque page donne lieu à des  sonates visuelles riches en couleurs : spectres, croisements, brouillages deviennent des pistes de réflexion là où la séduction plastique est de mise. L’artiste en démultiplie le potentiel par sa capacité de travail, d’analyse mais aussi d’émotion.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret