gruyeresuisse

21/05/2015

Jephan de Villiers : totems sans tabou


 

 

jephan 2.jpgChez Jephan de Villiers , un langage particulier, fascinant et atroce, remonte à la surface à l’image sous forme de bois-totems. Surgit l’histoire de l’être, histoire que le créateur ferme et laisse béante. Les totems frappent comme des tocsins. Des êtres étranges peuplent soudain le monde. Ils rendent dérisoire tout grand soir, tout futur épiphanique. Fantômes que fantômes ils annoncent moins la délivrance que la perdition. C'est pourquoi l’art "dévot" n'en aura jamais fini avec Jephan de Villiers. Il en devient le rival et le pourfendeur par l’instigation d’un ordre religieux renversé. L’artiste ne s'intéresse  dans le totem  qu'à l'objet d'impiété et met à mal ceux qui feignent de vénérer tout sacré. L'orgie de l’image nocturne est son domaine d’autant qu’il pousse la brutalité et la trivialité de manière exacerbée et qu’il témoigne des assauts de la barbarie découverte par la propre sauvagerie de son langage plastique. Ses totems ne sont donc que des amères odalisques au front ceint de sorte d'amanites obscènes.

 

 

 

jephan.pngAu corpus  jubilatoire fait place celui d’anges exterminateurs et expropriateurs là où l'homme qui croit s'emparer de tous les trésors ne récolte au bout du compte que des ruines.  La grandeur humaine se perd et l’art sort - pour son bien - de l'humanisme. Seul demeure comme témoin de l’humanité les cadavres exhumés en totems. Dans le désenchantement Jephan de Villiers  ne s'enivre que des forces de son délire afin de créer son théâtre ou la liturgie  des humiliés. Il crée ainsi des sortes de chemins du calvaire marqués du sceau ou du devoir de  monstruosité “ panique ” (au sens où l’entendit Arrabal). L'artiste fait de son errance une fleur vénéneuse dans la déchetterie d'un corps qui ne s'appartient plus : il est remplacé par celui d’un autre. Face au désir (enfantin) d'absolu de la spiritualité et de ses potions magiques (Viagra mystique), le langage de l’artiste s'ouvre à sa propre fente et celle du bois  dont sont faits les fantômes pour dire le manque, l'absence d'être.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret


 

Jephan de Villiers, « Terre d’Arbonie… Secret », Galerie Béatrice Soulié, Paris, du 28 mai au 11 Juillet 2015.

 

 

20/05/2015

Les champs magnétiques de Gilgian Gelzer

 

 

 

gelzer.jpgMaître du dessin qu’il associe parfois (mais sans les mêler) à la photographie et à la peinture, le Bernois Gilgian Gelzer  traverse les apparences pour créer d’étranges épures. Le geste invente une occupation de tout l’espace pour le rendre ivre et criblé. Existe toujours quelque chose qui  semble venir d’ailleurs mais qui pousse la création dans l’ici-même. Les lignes et les courbes restent entraînées au changement de  rythmes et de débits selon une usure rhétorique. Les incisions clament silencieusement un accord tacite à la dérive.

 

 

 

Gelzer 2.jpgNous voici pour un temps sous hypnose, complices des manipulations. L’espace devient leur support et leur récitant. Chaque aspiration représente un piège, une capture, une délivrance par l’embrassement et la syncope. Le rythme doit passer par un effondrement ou une saillance. Nous séjournons ainsi sur le lit de l’ambivalence livrés aux mains expertes du créateur. Nous gardons un pied sur terre mais l’autre nous le prenons dans ce mouvement qui tient autant de la dissolution que de la tension.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret


Gilzian Gelzer, Galerie Jean Fournier, Paris.

 

09:28 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

19/05/2015

Serafin Brandberger : oh, la vache !

 

 

brandberger 2.jpgSerafin Brandberger Milk Shake Agency, 20 mai - 18 aout 2015

 

 

 

brandberger 3.jpgIl y a dans la peinture de Serafin Brandberger ce que les mots ne font pas. Il y a bien sûr aussi ce que la peinture et la photographie n'atteignent que rarement : le juste retour des choses. Pourtant les uns comme les autres tentent de venir à bout du rêve selon un réalisme campagnard très particulier. Il ne s'agit pas pour autant de s'en protéger mais de se projeter dedans. Chaque œuvre  devient un étrange espace choréique. Rien de ce qui est habituellement "exploitable" en tant qu'image est utilisé. Le vêlage devient - par exemple - une figure d'évidence quoique intempestive dans l'art, d'autant qu'elle est offerte avec simplicité loin de tout conceptualisme ou d'ornementation.

 

 

 

Brandberger 4.jpgD'où ce jeu permanent : la peinture recouvre pour dévoiler, la photographie dévoile sans pudeur. Mais pour autant sans provocation. Au spectateur alors de prendre à son tour un risque et d'oser affronter le perpétuel mouvement de pénétration et d'exclusion. Bref d'interrogation. Savoir ainsi ce qui se passe et qui ne passe plus : nous sommes ainsi fixés à l'œuvre de Sarafin Grandberger. Nous sommes confrontés à une succession de passages, de sas, de portes, de seuils, de frontières, de limites, de praticables. Mais sans savoir si cela s'ouvre - ou pas.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret