gruyeresuisse

04/10/2016

John Wilhelm : de l’amateurisme au grand art surréaliste

 


Wilh3.pngFace au manque d’humour et vu le grand nombre de nécessiteux qui en pâtissent John Wilhelm, et à l’inverse, n'en use jamais avec parcimonie. Il a trouvé au sein même de sa famille le moyen de plus simple de créer un univers surréaliste en dehors de tout circuit officiel. Ses filles et sa femme sont devenues, via Photoshop, ses actrices et sa source d’inspiration. A travers ses images il leur fait vivre le paradis et l’enfer en faisant d’elle ses alter égales en rien austères.

Wilh2.pngLe quai de ses brunes le conduit à l’amer caustique lorsque la lune est crémeuse de brillantine. Parfois un scaphandre rend l’épouse aussi fermée qu’une maison close. Pour elle pas question de mamours béats : « vide ton biberon et embrasse moi » semble dire la marâtre à son bambin sans se soucier de retirer sa cloche ou de remonter son couvercle. Et lors du bain du soir les fillettes cachent à l’eau moussante leur ombre auprès d’un étrange cachalot. Plus tard elles se saliront pour enfouir dans le ventre d’une locomotive de quoi alimenter ses effusions.

Wilh.pngTel un bûcheron - -armé en fidélité à son pays d’un couteau suisse - Wilhelm cultive ses plaisanteries de derrière les fagots. A l’inverse des marionnettes à fil ses actrices ne sont pas forcément tirées vers le haut. Mais dans son besoin de dérider ses semblables il garde l’estomac dans l’étalon.

Wilh 4.pngQuoique plutôt maigres comme des clous, ses égéries aux jambes laquées comme des canards ne sont pas là pour rendre les hommes marteaux. Il préfère faire plier ses contemporains de rire plutôt que de prétendre à un absolu photographique. Les œuvres sont moins des miroirs que des fenêtres montées par ce vitrier (il porte sans doute des costumes à carreaux). Il serait normal que de telles œuvres transforment la vie de celui dont les fins de moi difficiles se métamorphosent par l’œil impertinent du cyclope louche en scènes étranges. Elles sont autant d’aéroports où l’imagination s’envole.

Jean-Paul Gavard-Perret

09:29 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

03/10/2016

Gorges profondes : les « Love’s vidéos » d’ASMR

 

asmr2.jpgJennifer Allen directrice d’une entreprise de cyber sécurité s’est transformée pour le fun en ASMR (aka SMRotica ou autres noms d’emprunt) afin de proposer la facticité d’une image vidéo hot dont le but est de produire une immédiateté attendue. Elle n’évacue pas tout effet de miroir mais joue surtout de la séduction. La narrativité tentatrice - au moyen de la scénarisation de celle qui se nomme « poulette » - offre un corpus d’images animées où ne demeurent que des schèmes volontairement génériques simplifiés. Un buste de femme, un plongeon sur sa gorge deviennent des dispositifs voulus comme ludiques en un « low tech » qui fait appel au « basic instinct » du voyeur.

asmr5.jpgSon projet a dépassé son espérance. Sans autre médiation que celle d'une incandescence froide et brulante que ne trouble aucun bruit si ce n’est celui de la voix de l’artiste, l'expérience anodine a priori est devenue un succès aux USA et contamine l'Europe. Le visible se dissout dans le leurre qu’il propose, mais le voyeur s’en moque. L’image construit d’une fantasmagorie proche d’une hallucination. asmr3.pngElle permet aux fantômes de sortir de leur cachette par milliers. Parfois le phallus devient un bonbon attrape-nigauds et parfois comme dans « Vegan Muk bang Eating Show *ASMR*,” l’artiste mange une salade qui ne répond pas simplement aux principes végétaliens… L’agrandissement, le grossissement de chaque vidéo (82 sont diffusés sur Instagram) exigent de la part spectateur aucun recul. Elle induit une circulation dans l’espace surchauffé où l’araignée se dresse afin de jouer avec le voyeur pris  comme une mouche dans la toile.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

Des archives aux voyages : Martin Kollar



Kollar 2.jpgMartin Kollar, « Provisional Arrangement », Publié par le Musée de l’Elysée et MACK (Londres) exposition éponyme au Musée de l'Elysée du 21 septembre au 31 décembre 2016.

Pour ce projet, Martin Kollar a arpenté pendant plusieurs mois les routes européennes. Il a parcouru ses archives personnelles dans le but de réunir en un riche corpus son idée de « provisoire ». Le sujet est difficile à traiter visuellement, mais les trente images Provisional Arrangement, explorent la notion de temps où la construction et la déconstruction latente vont de paire.

Kollar 3.jpgCe travail est la concrétisation du projet soumis par Martin Kollar à la première édition du Prix Elysée. Devant la qualité du travail et au-delà d’une bourse et la réalisation d’une publication prévue pour ce prix, le Musée de l’Elysée a décidé de produire une exposition du photographe conçue par Lydia Dorner. Conçu par l’artiste lui-même et par Grégoire Pujade-Lauraine, le livre en représente un autre écrin.

Kollar 4.jpgIssu de la Tchécoslovaquie de l’époque communiste l’artiste depuis toujours à la collision entre deux mondes, deux états pour créer des ponts entre eux. Jouant avec le décor le photographe cherche des liens entre le proche et le lointain, l’ornemental et le vivant, le passager et le durable.

kollar.jpgPour Martin Kollar photographier ne revient pas à s’opposer à ce qui est mais de s’opposer à l’illusion. Et ce au nom d’un « vrai » regard. Le photographe voit ce que les autres ne remarquent pas. En des prises fastueuses, sensuelles il ne saisit pas la beauté du monde mais la poétique du temps et ses passages. Situations et paysages entrent en un équilibre toujours parfait mais provisoire.


Jean-Paul Gavard-Perret

10:43 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)