gruyeresuisse

06/02/2016

Quand l'art se chatouille sous les bras : Guy Lee Guily

 

Guy Lee 2.pngGuy Lee Guily, « So Kitsch », LAC, Vevey, du 11 au 28 février 2016.

 

Par un traitement numérique particulier des couleurs celui qui est défini comme « Le roi du mode HDR (High Dynamic Range) » nous embarque pour la Grèce, l’Iran et le Maroc. Mais l’exotisme est transformé dans un trip flashy. Il transforme les lieux de vacances au moment même où ils deviennent les pays de tous les dangers. Pour autant le farceur ne se veut pas un artiste politique. Il pousse la transgression sur le plan ludique.

 

Guy Lee.jpgOriginaire du canton de Fribourg. Archéologue de formation, il travaille aujourd’hui entre Lausanne et la Grèce. Mais le fouilleur sait aussi farfouiller dans les couleurs et sa nouvelle exposition transcende ses habituelles photographies de reportage. Habituellement Guy Lee Guily (c’est bien sûr un nom d’emprunt) les sublime : ici il les monte en une poésie paradoxale. L’effet de réel se desserre. L’artiste sait que montrer c’est défaire. L’art n’est plus là pour faire lever l’aspic touristique car paysage ne s’enfile plus comme un gant. C’est un perroquet éblouissant mais sans ailes. L’image éveille une autre image en elle-même. Elle devient le pré-carré d’une réalité enfouie Personne - sinon l’artiste lui-même – n’y tient la couleur pour sujet garanti grand teint.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

13:38 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

04/02/2016

Monstrueux cétacés et sauteuses chauffées à blanc – Alva Bernadine

 

AlvaBernadine10.jpgAlva Bernadine aime à jouer avec ses modèles pour les grimer en vierge fatales, folles, liliales et libidinales. C’est pour elle et selon des angles renversants ou renversés le moyen de réveiller le précipité de vieilles concupiscences qui croupit dans l’inconscient du voyeur et, en inconséquence, lui inoculer des spasmes d’imagination.

 

Alva Bernadine 2.jpgCadrant le réel, la photographe renvoie néanmoins à un certain invisible : courbes et creux des corps sont aussi chaloupés qu’inédits. Et quand et où un papillon se pose sur le bord d’un verre de champagne ou joue les cache-sexes il rend les différents élixirs fixes et éternels.

 

Bernadine.jpgNe restent que des silhouettes incongrues et limites. Elles entament une dérive chorégraphique entre la pornographie et la métaphysique. Au besoin l’artiste invente des monstres ou d’étranges rosières qui n’existent pas : néanmoins avant de se faner chacune propose son tour de passe-passe.

 

Bernadine 2.jpgTout devient ébullition et écume. Epines plantées dans l’iconographie d’usage. A l’angle du corps des femmes l’insomnie est de mise. Chaque image est moins du Hitchcock que du Rachmaninov. Elle devient aussi surréaliste que charnelle. La tête y court plus vite que les fantasmes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

17:05 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

01/02/2016

L’espace et ses équilibres instables : Katharina Anna Wieser

 

Wieser bon.jpgKatharina Anna Wieser, « Caravan », Aargauer Kunsthaus, du 30 janvier au 10 avril 2015.

 

Le cycle « Caravan » permet la rencontre avec la jeune artiste Katharina Wieser. Née en 1980 à Zurich et vivant à Bâle, elle a déjà participé à de nombreuses expositions collectives en Suisse. Elle a été sélectionnée pour réaliser un vaste ensemble d’œuvres pour le Kunsthaus Baselland. L’artiste par ses propositions ambitieuses dialogue avec le bâtiment et les autres propositions du musée. Des installations de l’artiste émane une mélopée visuelle faite de solitude et d’exploration. L’artiste se penche sur les qualités de situations spatiales et développe une œuvre qui présente aux visiteurs des perspectives inédites.

Wieser.jpgSurgit une « mystique » des formes par la force des matières. L’artiste fait preuve d’une belle maturité. Le chaos est organisé en ordre de marche et fait la place à l’inconnu. Chaque œuvre reste étrange, complexe et ambiguë en des « portances » et des assemblages qui impliquent une certaine distance avec ce qu’elles suggèrent. L’œuvre possède jusque dans sa matérialité un caractère hiératique. Il repose sur la délicatesse des structures, l’anomie ou sur l’allusif expressionniste des installations aussi lourdes qu’éthérées. Un tel travail ne naît pas d’une seule idée ou intention. Son sens ne saurait être univoque. Ses figures « imposées » sont des mouvements.

Jean-Paul Gavard-Perret