gruyeresuisse

13/09/2015

A corps perdus ou presque : Michael J. Berkowitz

 

 

 

 

 

Berkowitz 2.pngPar ses photographies Michael J. Berkowitz crée des connexions physiques avec le passé. Plus particulièrement avec des photographies « légères »  françaises de la fin du XIXème siècle. L’Américain les réinterprète selon des séries évolutives et changeantes au gré du dévoilement mais où le nu garde une certaine délicatesse même lorsque le mannequin n’a rien des parangons de la mode. La femme ne répond pas forcément aux « canons »  mis en exergue habituellement. Il existe donc une conversion du genre et de ses standards.

 

 

 

Berkowitz.pngLes modèles sortent du labyrinthe dans lequel les Icare de la photographie les enferment. Isolée chaque femme feint d’exprimer une certaine tempérance. Mais l’apparente sagesse se consomme avec modération. Nul stoïcisme ou résignation chez ces égéries. Le désir s’insère dans chaque photographie et son impeccable « désordre ». Il n’est donc pas domestiqué mais tenu plus ou moins (plutôt moins que plus) hors de portée. L’histoire de la photographie se reconstruit et se déconstruit à chaque fois. Le textile est là  pour associer le tissu à la féminité. Le désir reste présent, il demeure la nostalgie de l’étoile (à la racine latine du mot de désir). Elle reste ici envisageable et dévisageable (en aporie, en partie ou en totalité) et  s’amuse de son voyeur en diverses déclinaisons.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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12/09/2015

Christine Crozat : jeux de bandes

 

 

Crozat.jpgLa pensée court, cherche un sens dans les intentions du défi plastique de Christine Crozat. Avec elle n’existent plus d’un côté les choses  et de l’autre les êtres, ni d’un côté les rouages des signes et de l’autre celui des mots. Face à l’ascèse et au portage l’artiste propose la souplesse. Une danse visuelle remplace la parure des mentalisations. Tout ce qui devient langage visuel  change de registre et quasiment de statut. La vue se dénude. L’image est porteuse de significations neuves par glissement de rôles et diverses bifurcations. Angoisse et joie, peur et plaisir se mêlent dans un festival de vignettes où le corps lui-même est mis en morceau.

 

Crozat 2.jpgLa sensualité parfois glacée remplace tout propos discursif en divers types de mises en abyme et de trompes l’œil non sans rigueur pleins de faconde et d’astuce.  Chaque œuvre est fascinante par sa perte d’attraction terrestre et d’orientation rationnelle. Plutôt que de « tomber » les formes s’envolent vers un univers dont les hypothèses sont floues. Dans le flottement dégagé de toute polarisation la poésie des formes saisit le regard. Christine Crozat perce bien des remparts pour faire jaillir des images nues. Elles creusent le regard comme la fumée les poumons. S’y respire un lointain proche pourtant. Le geste de la création permet d’investir l’espace sans l’occuper totalement. Tout se joue dans le champ de l’ambivalence. L’espace est poétique en son  déroulement comme dans ses bandes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Première exposition personnelle de l'artiste dans le parcours résonance de la biennale d'art contemporain de Lyon à la galerie Françoise Besson.  Les dessins choisis étaient présentés à Art-Paris au Grand-Palais en mars passé avec cette même galerie.

 

 

 

 

11/09/2015

L'"âminalité" d'Heike Schildhauer

 

 


 

Heike.jpgHeike Schildhauer, Galerie d’(A), Lausanne, 4 septembre - 10 octobre 2015

 

 

 

 

 

Heike 2.jpgHeike Schildhauer poursuit la conquête d’un territoire ouvert à l’humour et au sarcasme ici à travers la chasse. Le thème est comme toujours obvié et permet de créer un jeu entre vie et mort, féminin et masculin. Au chasseur fait place Diane pour laquelle tout tir est permis sauf à devenir mortel. Par rapport aux standards l’artiste réinvente un célèbre bastion : le fameux « Jagtstand » poste avancé d’observation pour la chasse dans les forêts de l’Allemagne du Sud. Celui-ci devient autant une cabane qu’un hôtel de charme où sont recyclés des objets hétéroclites. Diane s’y fait aussi cueilleuse et décoratrice, sauvage et sophistiquée. Des lapins - autant gargouilles que chimères - gardent le lieu. Un auto-portrait sert en quelque sorte de trophée. Tout balance entre un Eden et un lieu de guerre, le tribal et le civilisé.

 

 

 

Heike 3.jpgLe fameux homme des bois des pays suisses devient la silhouette hirsute et transgressive devant lequel s’interpose  la femme et son arme. Elle crée un hymen entre pouvoir et séduction. L’arme produite en céramique et poncée au diamant et dont l’âme est devenue animale (âminale dira-t-on)  permet de remplacer Thanatos par Eros.  Dans le ventre d’une vieille lessiveuse en métal le sang noir et sang rouge se coagulent en d’étranges mictions d’images projetées sur une mosaïque ornementale. Diane permet de repenser le monde qu’il soit primitif ou contemporain. Son sang est moins celui qui coule de la bête que celui des menstruations. Celles-ci ne sont plus considérées comme une malédiction comme ce fut le cas dans les sociétés premières. La femme n’est donc pas interdite de chasse. Entourée de trophées précieux la féminité transcende les forces de mort dans une sorte de « mystère » tiré du fond des âges. Il renouvelle les mythes et donne au monde et à la nature d’autres lois que celles du saccage. Belle leçon poétique et morale. Un rayonnement perdure et efface les pensées de néant en introduisant soudain  non à l’origine mais dans l’origine, à l’enfance du désir et au désir d’exister.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret