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14/02/2016

La Suisse fantastique de Werner Bischof

 

Bischof.jpgWerner Bischof, "Hevetica", Coll. "Musée de l'Elysée, n°1", Musée de l'Elysée, Lausanne. Les éditions Noir sur Blanc, 2016, 158 p., 35 E..

 

 

"Helvetica" de Werner Bishof transforme la Suisse en un temple hybride au sein de temporalités revisitées. Les formes (objets, paysages, personnages) se gravent le plus souvent de manière solennelle et parfois hallucinée- ce qui n'exclut pas ça et là humour. La plénitude et la fragilité de même que la familiarité avec l’émoi demeurent présents à travers des espaces hétérogènes : abstraction, nus, travailleurs, eau, montagnes, enfants, PTT, CFF, chaussures, plantes, sports d'hiver, etc..

 

Bischof 3.jpgLes photographies captent l'esprit du pays loin des idées reçues. Surgissent l’envers, l’en-deçà, le mystère des lieux et des êtres. La lumière circule à travers leurs bordures mais aussi en dedans. L’ombre bouge selon différents filets ou rainures. Contre ce qui s’engloutit Werner Bischof impose ce qui bouge. Il éloigne le monde pour le ressaisir. Chaque photographie fascine. S’y goûte une soif autant de proximité que d’étrangeté.

 

Bischof 4.jpgLa photographie refuse l’affût de la soustraction : l’obscur devient clair. Les personnages comme les arbres ou les torrents semblent appeler le regard dans un monde sensible. Chaque image est un écart contre l’oubli. Des formes larvées, intestines apparaissent. Une inépuisable invasion se donne en partage entre sérénité et inquiétude. Bischof force le cachot des images. Et certains « paysages » nous gardent dans leurs plis d’eau. Le tellurique y aborde l’éther. La photographie devient une leçon du paysage comme de l'être Et s’il n’existe pas de délivrance il y a sa semence. Il faut que la vue et la vie sans cesse recommencent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

11:30 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

12/02/2016

Nouveaux exercices de paranoïa critique : Christine Steuli

 

 

Streuli.pngChristine Streuli,“ Hello paranoia!“, Mark Müller Gallery, Zurich, 15 janvier - 27 février 2016

 

Avec Christine Streuli les couleurs et les formes claquent dans un délire organisé et une monumentalité impressionnante. Craquements, résonnances, lyrisme tout est en rang de bataille dans le vif et le vrai. Aux modalités habituelles du goût l'artiste impose les sauts polymorphes d'un langage autonome et intime. La fécondité créatrice ne cesse de créer un monde hybride et libre. Tout remue en une telle sidération loin des annonces canoniques de la postmodernité. Un néo-symbolisme sauvage est en marche. au milieu d’un fleuve plastique qui charrie divers épisodes.

 

Streuli 2.pngCouleurs et formes s’accumulent dans un mouvement labyrinthique sans jamais étouffer le regardeur. L’art l’emporte sur sa mort annoncée : il n’en est donc pas la chronique. Au temps humain succède le temps exclusif et inouï de l’image. Existe un parfum de vie dans de tels renversements. Ils permettent saillies et béances au sein de traces bouillantes et brouillantes. Elles font se redresser certains membres avant qu’ils ne durcissent sous terre. Le renoncement : jamais.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

10/02/2016

Pornostalgie de Jean Moral

 

 

Moral BON.jpgJean Moral (1914-199) fut un précurseur. Il est un des premiers à intégrer la photo dite de charme dans la publicité. Mais au même moment il expérimente des techniques d'avant-garde photographique (double exposition, solarisations, photogrammes, angles imprévus). Le nu va faire de lui un photographe de premier plan. Les dunes et plages de Lacanau deviennent des écrins pour ses égéries. Dès 1932 il collabore au magazine « Vu », et expose la même année au « Premier Salon International de Nu Photographique ». Il est aussi photographe reporter, couvre la guerre d’Espagne pour Paris Match mais reste un des grands photographes de mode de l’entre deux guerres et après : il collabore avec Harper’s Bazaar jusqu’en 1954. L’année suivante marque le début de sa vie de peintre. Il s’installe en Suisse dans le canton de Vaud : Lausanne puis Montreux où il s’éteint.

 

Moral.jpgSes photos de nu prouvent que le genre est propre à bien des variations. Elles ne s’adressent pas seulement aux roués du souffre de la chair. Mais ce qu’on prenait encore à l’époque pour l’enfer n’est que le paradis qui a changé de nom. Dans le corps d’hamsters dames bien des maris dansent. Toutefois l’artiste rappelle que le striptease ne découvre pas uniquement ce que le voyeur attend. Moral 3.jpgMais le langage photographique tord le coup à la maladie de la spiritualité et de ses illusionnistes. Les clichés montrent de bien belles filles du monde parce que chez Moral ils sont d’une technique parfaite. Présenter une photo qu’il jugeait ratée revenait pour le créateur à renoncer au plaisir de l’art. Le rencontrer c’est faire comme Judas : retrouver des amis irréprochables.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:48 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)