gruyeresuisse

18/06/2015

« We make it » : Florian Javet met le paquet

 

jAVET 2.pngFace aux incarnations purement imagières et leurs matières trop lourdes et claquantes Florian Javet introduit l’esprit de la lettre  et du réalisme dans la production artistique. Certains diront qu’il y a là l’intrusion de l’intelligence du logos au service de l’émotion. Mais ce serait faire une belle biffure sur le sens même de l’art et de son rôle. Il possède une puissance par effet d’éther mais aussi ses conditions d’existence.  Javet le sait.

 

Au sein de son travail personnel tout se joue entre chair et esprit dans une approche où l’importance du graphisme et des trames des mots crée une impression épidermique. L’image n’est pas abolie : elle passe au moyen de cartes, boussoles ou de GPS «lettristes »  pour renforcer de l’imaginaire et du rêve. Le verbe et ses éléments premiers renforcent le don d’explorateur poétique de l’image. Elle  soumet à une étrange initiation pour sortir  le spectateur du simple état de regardeur ou de lecteur.

 

Javet.pngMais Javet n’oublie pas les conditions de création. Le spectateur est sollicité d’une autre manière où il devient parrtie prenante avec le projet collectif « We make it » dont le Lausannois il est un des principaux animateurs. L’objectif est d’investir les lieux, les aménager pour lancer des structures de travail, d’éditions et d’exposition. A la question de savoir « qu’est ce qu’une image ou ce qu’un lieu ouvre ? » Javet répond en faisant que l’opposition entre animus et anima y soit  tournée (comme le lait tourne) par différents  systèmes de création et de production originaux. Tout sophisme visuel ou mercantile est évacué. Et la séduction  n’empêche en rien l’altérité critique.  

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 


SITE WE MAKE IT : https://wemakeit.com/projects/les-ateliers-de-bellevaux

 

OEUVRES  PROPOSEES : http://ateliersbellevaux.tumblr.com/

 

 

 

12:01 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

17/06/2015

Stefanie Schneider : La lumière offusquée

 

 

 

 

Schneider Stephanie.jpgDe situations anodines prises dans l’Ouest américain, Stefanie Schneider transforme le réel en une sorte de marge scintillante et surexposée afin de créer des ambiances fantomatiques et presque irréelles. Le travail avec le Polaroid propose une explosion particulière de couleurs propre à inventer une forme d’indétermination des lieux : le réel s’évapore jusqu’à offrir de mystérieux motifs où le réel se confond avec le rêve, le désir, la fiction. Dans une fausse esthétique « trash » l’artiste allemande  crée des engloutissements et des dilatations des corps. Elle dégrafe des cordages jusqu’à ce que ses photographies deviennent de la nacre diaphane.

 

 

 

Schneider Stephanie 2.jpgDu corps féminins jaillissent des accords de volupté toujours distanciés. Tout se joue selon  méandres du montré/caché. Reste l’évidence de ce qui s’offre ou se révèle plus ou moins consciemment sous effets de lumière. Souvent flottante elle garde une  puissance débordante. La sensualité y dépasse sa fonction première. Elle est périmètre qui détermine mais aussi indétermine l’espace, le lieu, l’attente. Le contexte fonde une unité plus de non-lieu que lieu. Chaque femme est, au milieu des déserts californiens,  une algue caressée ou une eau à boire  à pleines lèvres taillées à la meule du songe creux.  ace à de telles femmes improbables au sein de leurs prises paradoxales il faut se réserver leur image  pour se consoler de leur présence diaphane qui n’est plus qu’un mirage.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Stefanie Schneider, Galerie Walter Keller, Zurich, Galerie De Re, Los Angeles

 

16/06/2015

Samuel Rousseau : Vidéos pour temps de crise (près de la frontière)

 

 

 

 

Rousseau.jpgSamuel Rousseau, exposition, du 2 juillet au 27 septembre 2015, Fondation Salomon, Manège du Haras, Annecy.

 

Artiste des temps  de crise Rousseau propose au Manège du haras d’Annecy  un monde-machine qui met en abîme l’être lambda  tout autant que l’artiste. Les deux subissent leur époque mais l’œuvre en devient un symptôme non passif. Les images jusque dans leurs profusions contrastées et leur délire urbain proposent des scansions et une impression musicale par effet de façades, de graphisme virtuel et de montage.

 

 

 

Rousseau 2.jpgLes vidéos, les installations créées in situ pour l’exposition deviennent des « fermetures de proximité » : à savoir la  transcription littérale et poétique  de la réalité. A ce titre l’œuvre devient un acte politique comme l’œuvre de Beckett l’était :  un acte  plus métaphorique que conceptuel - même s’il ne faut pas opposer forcément ces deux aspects. D’autant que Samuel Rousseau met par la bande en jeu les idées de Rem Koolhass sur la ville-monde.  L’artiste montre comment les villes  se vident et se remplissent. Il permet de toucher-voir la manière dont  la vie  de l’être humain se trouve reléguée au profit d’une mécanique de sous-vivance dont les structures des vidéos donnent non seulement des reflets mais  le tempo.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

19:27 Publié dans Images | Lien permanent | Commentaires (1)