gruyeresuisse

01/06/2017

Marie-Claude Gardel et l’effusif

Gardel.jpgMarie-Claude Gardel, « Supports papiers », Impasse du Phoenix, Lausanne, 14 juin au 2 juillet 2017.

La gravure crée une confluence endiguée par le flux plus que le poids de la presse. Elle incorpore dans son avance les encres en alimentant le papier de couleurs en une « fuite » où l’impondérable garde son mot à dire. Un cortège de légèreté semble apparaître mais au nom d’une ascèse qui la comprime et pour la découverte surprise qu’implique cette pratique.

Gardel 2.pngDes incidents de parcours sont toujours possibles, la gravure peut connaître des tremblés, des attentes. Mais c’est ainsi que se franchit la frontière entre image et image « de », entre être et franchir. Chaque tirage bâtit une demeure, un nid indéfiniment suspendu.

Existe toujours quelque chose qui couve et se tient au chaud. La gravure devient une cachette : bientôt se dévoile son secret. De l’air il en reste toujours. S’il n’est pas inclus il est marqué. Il est ce sur quoi la gravure s’appuie et avec quoi elle se compose. Le tirage fait que la suspension d’un souffle devient figure : c’est un film arrêté sur sa propre réussite.

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

31/05/2017

Ecarts et accords de Suzanne Kasser

Kasser.jpgSuzanne Kasser, « Supports papiers », Impasse du Phoenix, Lausanne, 14 juin au 2 juillet 2017.

Suzanne Kasser se pose parfois sur le front du paysage pour décider des incrustations qu’elle choisit de garder. Mais il est moins question de donner les informations sur le monde que de l’ « indécider » en des territoires qui révèlent de nouvelles distributions et mises en espace sans mépris du réel ni concession au décor.

Kasser 2.jpgCe monde plastique devient le nôtre parce que soudain notre regard doit intégrer les composantes que l’artiste présente dans des à-plats. Ils offrent le moyen de voir autrement à travers des trames et ce qui reste de « figure » et d’écriture. Certes, la « ronde » des images suit son cours ailleurs : néanmoins il faut retenir le chantier permanent que Suzanne Kasser fomente. Elle concentre une force qui ne se montre pas : il n’est pas aisé d’en surprendre l’alerte ou d’en obtenir l’agrément.

Jean-Paul Gavard-Perret

Le french kiss selon Marta Soul

Soul bon.jpgLe french kiss n’est pas forcément la machine de guerre de l’amour fou. Et Marta Soul en « profite » afin d’évoquer combien être c’est percevoir. Et ce dans le perdre voir de l’amour (le baiser s’accomplissant le plus souvent les yeux fermés) qui est soumis ici à une théâtralité ironique.

La photographe se « contente » de fixer ce seul instant de l’amour plus joué que vécu. Manière de se moquer du romantisme et de l’érotisme. Soul bon 2.jpgDu bouillon du baiser ne demeure que la certitude de l'incertitude, la vacance de la vacance. Le corps jaillit (plus ou moins) mais l’artiste le fixe de loin en ce qui tient d’une parade proche de la parodie ou du pastiche.

L’artiste plus que de créer le trouble contredit l’évidence souvent factice. Elle crée du chérissable facturé dans l’immobilité de statues. Reste un pur spectacle que l’image caresse en harmonies ironiques. Des divines idylles ne demeurent pas grand chose sinon un presque rien. Marta Soul s’en amuse.

Jean-Paul Gavard-Perret