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21/08/2017

Barbezat-Villetard : la comédie de l’ordre

 

Barbezat 2.jpgBarbezat-Villetard, « Like Ripples on a Blank Shore », Centre Culturel Suisse de Paris, exposition du 9 septembre au 22 octobre 2017


Le duo franco-suisse Matthieu Barbezat et Camille Villetard explore et transforme l’espace et les éléments architecturaux afin de créer un domaine où le réel prend une valeur de fiction. Par exemple dans leur œuvre de 27 mètres de haut ("A dissident room") ils ont créé dans la bâtisse historique de la Majorie de Sion, un bec qui traverse le musée. Il devient le cinquième élément du lieu et le coupe de manière inclinée et multidimensionnelle. Si bien que l’œuvre se modifie en une sculpture dans la structure avec laquelle elle interagit afin de créer cassure et vertige selon une nouvelle formule du « land art » et une comédie de l’ordre.


Barbezat bon.jpgExiste dans une telle production tout un travail qui fait dériver le et les sens. Les transformations créent la puissance d’un passage à l’acte qui n’exclut en rien le plaisir. Le système permet à l’impossible de s’inscrire selon diverses poussées qui accroissent et modifient les horizons et les libèrent, comme il délivre l’imaginaire du regardeur face aux questions qui lui sont posées. L’œuvre se métamorphose en l’attente d’un tout dont elle offre diverses variétés de dislocation et de rassemblement dans ce qui est morcellaire afin que ce qui semble produit remette en jeu la perception d’une figure d’une absence habitée.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Pauline Julier : l’être et la nature, les forêts et les eaux

Julier bon.pngPauline Julier, « Naturalis Historia », Centre Culturel Suisse de Paris, exposition du 9 septembre au 17 décembre 2017

 

 

 

Julier 3.jpgLa Genevoise Pauline Julier, avec « Naturalis Historia », propose une installation composée de divers dispositifs visuels et sonores afin d’illustrer plusieurs histoires naturelles. Chacune d’elle explore une situation où les hommes sont face à une nature qui révèle leurs obsessions et casse leurs certitudes. En ce qui tient d’une forme d’essai à la fois suggestif et documentaire à la croisée du point de vue personnel et de l’étude documentaire. L’artiste sous forme plurivoque crée des récits, des traces et des objets.

julier bon.jpgAfin de parvenir à une telle réussite Pauline Julier s’est entourée de savants prestigieux : Philippe Descola, anthropologue, Bruno Latour, philosophe et anthropologue, directeur du Médialab, le Professeur Wang, paléo biologiste, le musicien Franck Serpinet, la plasticienne Coline Davaud et l’architecte Arnaud Bruckert. Célèbre pour ses films présentés dans le monde entier la créatrice provoque autant la réflexion qu’une sorte de plaisir de songes. Surgissent l’immense et l’intime, le ferme et le fluctuant, le furtif et évident. Se créent des maillages et des charivaris dont les « dépôts » emportent. Le monde à la fois se perd et de retrouve. Preuve que paysage naît - contrairement à ce qu’on pense - lorsque la nature reprend ses droits face à l’Histoire.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/08/2017

Vertiges de l’amour : les filles cachées de Clovis Trouille

Riot Girls.png« Riot Girls - les filles cachées de Clovis Trouille , Maya McCallum, Anne van der Linden, Céline Guichard et Nadia Valentine, Galerie Art Factory, du 31 aout  au 23 septembre 2017

 

Riots Girls bon.jpgRien n’arrête les iconoclastes inclassables réunies à la galerie Art Factory. Faisant feu de tous interdits elles ne peuvent laisser les visiteurs de bois. Sexualité, religion, féminisme, politique : tout est revisité selon un anarchisme visuel juste contrôlé pour bien placer la balle dans le mille. L'association « Clovis Trouille (1889-1975) », gardienne du temple du subversif peintre a permis ce show sexualisé propre à inventer bien des fulminations jubilatoires et divers types de transgression : Céline Guichard offre de bonnes tranches de corps, Anne van der Linden propose la tractation de ses monstres en folies. Maya McCallum et Nadia Valentine leur emboîtent le pas et prouvent que tout est possible lorsqu’il s’agit de mettre à mal les interdits.

Riots girls 3.jpgLes quatre artistes s’en donnent à corps joie entre le cru et le cuit. Existe une traversée des tabous et de tout ce qui demeure habituellement caché. La condition féminine s’en trouve décuplée par des poussées où tout peut arriver. Il ne reste plus grand-chose de caché. Les limites et barrages qui enferment au sein de myriades incessantes et d’intensités sont fracassés par des flux, des écarts, l’éparpillement des membres là où leurs corps ne se refusent plus aux mille bouches qui les mangent. Bref tout refuse à prendre refuge : il s’agit de secouer les images admises afin de maintenir l’insomnie et le sang aux tempes entre défaillance et vertige. Subsiste l’envahissement de ce que la pensée habituellement censure.

Jean-Paul Gavard-Perret

(image 3 : Céline Guichard)