gruyeresuisse

28/05/2017

La bergerie des étoiles : Florian Bach

Bach.pngFlorian Bach, « Promesses », Circuit, centre d’art contemporain, du 3 juin au 8 juillet 2017, Lausanne

Avec Florian Bach l’art se dépouille de bien des scories. L’artiste ne cherche pas à brouiller les pistes mais à en ouvrir en les dégageant de bien des rideaux de fumée. Il continue à puiser sa détermination dans une critique radicale mais qui ne manque pas parfois de drôlerie. L’artiste sait combien cohabite d’aussi près la pauvreté et la richesse. Refusant d’accepter ce marché de dupes, son œuvre devient une forme de résistance organisée sans renier toutefois l’idée d’art et de beauté tout en leur donnant une autre valeur et dimension.

Bach 2.pngRefusant l’avant-garde qui ne sera jamais que la caricature du moderne pour le simple fait qu’elle est dépendante des codes esthétiques du temps, Florian Bach par son travail se bat contre la médiocrité intellectuelle et son philistinisme. Dans ce but il propose des séries d’installations à portée sociale et politique. L’artiste s’intéresse à ce titre sur la notion d’exclusion, de frontières dans un questionnement sur l’espace et la ville.

 

 

Bach 3.pngLe contexte n’est pas forcément mis en scène mais les créations sont suffisamment fortes afin que tout soit compréhensible comme par exemple sa « Colonie » - fabrique de cabanes en bois de récupération dressées en vue de l’appel implicite à un urbanisme de secours. Ce travail est hélas de pleine d’actualité, et risque de le rester encore bien longtemps.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/05/2017

Trop de corps, pas assez : Caroline Fahey


Fahey.jpgA travers sa propre expérience existentielle et sa puissance photographique, dans sa série « Silver Linin », Caroline Fahey scénarise son rapport compliqué avec son corps obèse. Elle le et se photographie frontalement dans son lit, sa salle de bains ou des piscines d’hôtels afin de retrouver un rapport plus positif avec ses lourdes formes. Chaque prise devient un moment de confidence. L’artiste invente des stratagèmes afin d’estomper ses rondeurs et redevenir une Vénus botticellienne qui sortirait de l’eau en acquérant plus de confiance en elle. L’espace reste une cuirasse où elle se montre et se cache.

Fahey2.jpgHormis la photographie, il n’existe sans doute rien de vraiment profond, de vraiment juste dans le rapport que l’artiste entretient avec son réel. Mais en même temps, l’art reste fort peu de chose : à savoir une vanité. Le tout est de tenir les deux vérités en même temps : la photographie est tout et rien. Pour Caroline Fahey à la fois il est impossible de s’en passer et elle doit s’en passer. Ce paradoxe fait œuvre. L’artiste travaille avec comme avec son corps pour se retrouver et se donner une existence, le tout dans une cruauté plus ou moins enjouée de se savoir écartelée entre sérieux et farce et espérée devenir une enchanteresse belle en cuisses, conscient du trop d’un côté et du peu de l’autre.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/05/2017

Lilian Bourgeat le passe muraille

Bourgeat.jpgLilian Bourgeat, Exposition, Fondation Claudine et Jean-Marc Salomon, Manège du Haras, Annecy, du 10 juin au 15 octobre 2017.

 

 

 

Bourgeat 2.jpgLilian Bourgeat est passé maître dans le surdimensionnement d'objets du quotidien. Son œuvre reste une succession de gestes et d'opérations. Il y a toujours la fulgurance drôle presque absurde d’une épiphanie volontairement imparfaite, perfectible et inachevée. L’artiste sait qu’il faut en tirer partie afin d'influencer la sensibilité du regardeur. De l’humour implicite naît la contemplation qui peut devenir mystique, si être mystique c’est se laisser dévorer vivant pour ne plus tomber nez à nez avec le réel.

Bourgeat 3.jpgPar élargissement rien n'arrête l'ouvert. L’artiste jette des formes dans le temps afin qu’on pêche diverses directions. L’artiste a compris que les images comme les heures fixes comprennent les heures en surplomb et que l’univers est réel comme trou : ils ont la même consistance. Un vaste système de signes se construit implicitement. L’intention de l’artiste se « réduit » à n’être qu’un ferment. Mais l’œuvre finalement va bien au-delà de ses intentions. Et si on demandait pourquoi l’artiste compose de tels agrandissements il répondrait sans doute que c’est pour voir se produire chaque fois un curieux « miracle ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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