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07/07/2015

Sabian Baumann et les monstres humains

 

 

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Les créations de Sabian Baumann sont sans concession. La Zurichoise impose des figurations où le réel est livré au vertige virtuel au nom d’une certaine déceptivité (ou horreur) inhérente au réel. Le regardeur est confronté à un  trauma perceptif en divers jeux d’ombres et de lumière, de vie et de mort. Le contrat figuratif fait de l'image un paradoxe.  Franchir son seuil ne revient pas à trouver ce qu'on attend - ou trop.  Le « monstre » sexuel  bouge selon divers rites de mystère à la fois drôles et troubles - manière sans doute de sortir de la psyché qui n'est rien d'autre qu'un tombeau comme du sortir du pur fantasme.

 

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Sabian Baumann joue ainsi sur deux registres : la jubilation d'un parcours initiatique qui provoque un ravissement mais aussi le dérisoire spectaculaire de situation où le regardeur semble perdu en une forme de néant que souligne la souplesse mais aussi la rigueur des images. Chacune compose une harmonie très particulière et sombre.  Dépouillement et surcharges font que sous l'apparente banalité se cache un fantastique érotique dont l’effet retour meurtrier n’est jamais exclu.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sabian Baumann : Galerie Mark Mueller, Zurich.

 

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06/07/2015

Camille Moravia et l’intime

 

 

 

Moravia.pngAlors que certaines femmes saisies par Camille Moravia dorment dans des lits de fortune d'autres gardent une sérénité près d'une alter ego même si selon l'artiste l'amour n’est pas de tout repos.  Parfois, dans le champ, des vanités règnent. Les modèles ne s’en étonnent pas même si parfois, face à elles, certaines se  recroquevillent  comprenant que surgissent les limites qui sont imposées par le destin. Aucune pourtant fait preuve de véhémence même si chaque réponse est suspendue : elle ne peut atteindre qu’un lieu intermédiaire. Celui où l'artiste rejoint ses modèles.

 

Moravia 2.pngCamille Moravia sait  que l’intimité ne se « donne » pas facilement.  Mais chaque portrait est une sidération.  Pour cela l’artiste rappelle à ses modèles ce que Matta demandait aux siens : non être mais « se désêtre ».  Demeurer  en s’abolissant dans la paix et le risque du total  abandon. Aspirées par les contradictions d’ombres et de lumière, les effets de jours noirs et de nuits blanches, les corps semblent entrer dans le rêve inépuisable même lorsque tout semble fini. Une beauté est mise mais sans le moindre « léché ». Chaque portrait engendre des « découpes », des impulsions si bien que l’image devient « naïve » et sourde là où les corps s’abandonnent. L’artiste en devient la grutière : chaque être est à moitié soulevé par des hélices de lumière au sein de nappes de cendres.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

L’étrange jeu du chat et de la souris de Charlie Engman

 

 

Endgman 2.jpgLe jeu qu’a inventé le célèbre photographe Charlie Engman avec sa mère pousse à de multiples interrogations. De sa génitrice il dégrafe bien des chemisiers, entrouvre ses vestes et  ses robes. La mère semble vouloir (parfois) se dégager du regard du photographe. Mais celui-ci furète, détourne, gravite, ose la nudité de la génitrice et  l’émoi qu’il suscite. Le visage de la captive est toujours offusqué néanmoins elle se prête au jeu. Avec une certaine luxure et un instinct féminin et maternel elle comprend l’audace et le tourment de son presque martyr de fils. Pour lui l’équinoxe des images et ses accords de voluptés doit s’accorder au plus brulants des sujets : celui de la première femme dont il ne connait que ce que Quignard nomme « la nuit sexuelle ».

 

Endgman 3.jpgA travers ses repères figuratifs ne jouent-ils pas métaphoriquement parlant les « re-pères ».  Le jeu en vaut-il la chandelle ? Certes l’inceste est remisé eu égard à l’homosexualité du photographe. Néanmoins la froideur et la chaleur d’Eros se mêlent dans une étrange chasse où le regardeur est  soumis à un régime particulier qui va de la fascination à la gêne face à un corps dont Engman se réserve l’image pour se consoler de la chose… En feignant de ne pas y toucher il peut toutefois  s'abandonner aux délices de l'entre-deux. Il ne cesse de faire tressaillir l'onde d'une mère-algue caressée doucement par la lumière selon une gamme érotique ponctuée d'arpèges où le vide prend toute la place mais reste aussi une forme de plein.  

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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