gruyeresuisse

22/07/2015

De la campagne au Paléo : Le monde étrange et pénétrant d’Anne Golaz

 

 

 

 

 

GOLAZ Bon.jpg"Un autre regard sur Paléo, Musée de l'Elysée (Lausanne) et le Paléo Festival de Nyon, du 20 au 26 juillet 2015.

 

 

 

 

 

Peu à peu Anne Golaz laisse le hasard se mettre au service de ses photographies. Pour autant – tout en gagnant en liberté – l’artiste peaufine toujours ses prises. Le monde quoique proche de nous se révèle inquiétant. L’artiste piège le réel en le proposant dans une théâtralité particulière : le portrait d’un « roadie » du Paléo Festival de Nyon  au repos, un lapin dépecé et pendu à un croc de boucher interrogent et dérangent le regard selon une poésie rendue à l'état élémentaire. Ce fabuleux théâtre à ras de réel sublime ce dernier en s’attachant à un monde presque perdu ou oublié.

 

 

 

Golaz.jpgForte de son expérience terrienne, l’artiste exhausse la campagne, la forêt tout comme la fête mais vue "off scène". Chaque photographie devient un haut relief de figurations. Elles « vertèbrent » une vision distanciée  mais profonde. L’artiste n’ajoute rien aux choses ou personnages vus mais ne retranche pas plus dans l’espace saturé ou épuré. Anne Golaz conserve de l’apparence que ce qui en a coulé : ça transperce, ça ramasse, pénètre, glisse. L’imaginaire développe une épaisseur cachée là où la photographie ne crée pas un monde de façades mais son contraire. Le réel s’ouvre, se laisse écarter par l’œil reculé et animé par l’impulsion du dedans de la créatrice. Captant de l'inadvertance elle amène au point d’une rencontre insolente. Plus besoin de métaphores. Évitant  le récit, chaque prise propose une énigme. Portraits et paysages restent toujours l'en-face qui ne se laisse pas saisir. En isolant lieux ou choses l'artiste ramène à ce qui tient du semblable et du dissemblable en des foyers singuliers et inconscients qui nous hantent.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21/07/2015

Regeneration3 : du rififi dans la photographie

 

 

 

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Regeneration/3, Quelles perspectives pour la photographie ?, Musée de l’Elysée, Lausanne, été 2015

 

 

 

 

 

regeneration 2.pngReGeneration  est l’un des évènements phares du Musée de l’Elysée. La première édition fut créée en 2005. Pour son 30e anniversaire, le Musée organise la 3ème version en illustrant le caractère plurivoque de la photographie. Les plus grandes écoles d’art de la planète ont répondu à l’appel d’offre de l’organisation. Parmi 400 dossiers le jury a sélectionné 50 artistes venus de 25 pays. La  production artistique émergente est classée selon trois « variations » : diversité des approches pour traiter le document, question de la mémoire, richesse  des formes inspirées par l’histoire du médium et de l’art. L’exposition est complétée d’un « catalogue » co-édité avec Skira et  créé par l’atelier Supero selon une superbe modernité graphique. De jeunes photographes suisses (Simon Rimaz, Giaccomo Bianchetti) se retrouvent en phase avec une nouvelle génération dont on retiendra  Rachel Cox (USA, photo 2), Nobukho Naqba (Zambie, photo 3), Robert Mainka (Pologne) ou encore Li Zhi (Chine).

 

Regeneration 3.pngLes œuvres sont toutes intéressantes car elles jouent d’un risque esthétique et parfois politique. L’ironie côtoie aussi la gravité. Certaines photos ne se laissent pas saisir au premier regard. Elles  semblent cacher plutôt que de montrer. Néanmoins, et dans ce cas, il s’agit de reprendre la seule problématique de l’art : montrer moins afin de voir plus dans le presque rien qui hésite et s’interrompt comme si l’aveu d’une certaine « impuissance » de l’expression était le comble de la maîtrise. Les jeunes photographes font donc preuve de précision dans leur construction et d’intensité dans leur propos. Voilà sans doute pourquoi  une telle exposition ne se quitte qu’à regret. Elle nous habite en devenant le lieu où  - et s’il fallait le synthétiser - le langage crée un monde débarrassé de figures somptueuses. Regeneration  non seulement porte bien son nom mais dresse à sa manière non un mur mais une suite d’échancrures où le réel crisse.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

19/07/2015

Andrew Miksys : combien coûte le fer ?

 

 

 

Myskys 2.pngLe photographe américain Andrew Miksys partage son temps entre Seattle et Vilnius en Lituanie. Dans sa série "Disko" il explore des "boîtes de nuit"  -  si on peut les appeler ainsi tant elles semblent vétustes. Pris au début des années 90 ces lieux indiquent une nouvelle culture entrain de faire ses premiers pas dans la dégradation de l'empire récemment déchu. Tout semble encore fragile, dérisoire. La jeunesse paraît maladroite.

 

Myskys.pngMiksys par ses prises  ne se contente pas de faire œuvre de mémoire : il ouvre le passé et ses lieux délabrés en un état présent et renaissant. On semble, comme ceux qui fréquentent ces lieux, entendre une musique nasillarde, presque improbable. Mais de telles photographies créent une structure plastique qui n’a rien d’une châsse. La vie bouge et l’artiste montre l’injure faite à chaque  humain par l’idéologie. Miksys fait sauter les verrous sur l'obscur passé encore rampant à coup d’épures. Il ouvre des interstices afin de développer un mouvement dans lequel les voies et les voix jouent  dans l’intervention réciproque de la photographie et du son aporique. Les deux éléments sensoriels sont traités comme actes et non comme états : de leur masse une présence inédite apparaît.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Andrew Miksys, « Disko », livre disponible sur le site de l’artiste.

09:55 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)