gruyeresuisse

28/07/2015

Samuel Mathis : presque rien, presque tout

 

 

Matthis.jpgSamuel Mathis, "Météroïdes", Space-Station, Lausanne, du 23 juillet - 23 août 2015.

Samuel Mathis cultive un art entre minimalisme et arte povera sans pour autant se rattacher à ces deux mouvances. L’artiste mobilise certaines références culturelles ayant trait à notre inconscient sans pour autant sombrer dans le baroque et le mauvais goût. Avec la plus grande économie l’artiste s’attaque aux représentations en les minant. Une sorte de désagrégation (liée à une forme de recomposition) suit son cours en faisant glisser les images vers l’effacement. Ne reste que ce qui en tombe au moment où une grande partie de la « réalité » échappe. Demeurent néanmoins non seulement  l'amorphie, l'inanité mais une attente de ce qui ne se rassemblera peut-être plus.

 

 

 

Matthis 2.jpgLe créateur propose donc une errance statique dans l'indéfini, l'indéfinissable, et l'expulsion de la dimension vitale.  Reste un petit bout d’œuvre, un petit morceau de presque rien loin de tout. Mais c’est là une manière d’insister sur les limites de tout type d’images.  Son lieu ou son non lieu est présent afin que "bée la langue s'engorgeant de tant de vide" (Beckett). Tout se désagrège lentement (par caviardage ou vidange) sans jugement. Néanmoins l’artiste donne paradoxalement à l’image une intensité rare.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:50 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

27/07/2015

Le Calendrier Pirelli : pâles haies d’Eros

 

 

 

Pirelli 3.jpgPour le cinquantième anniversaire du Calendrier Pirelli, Taschen publie une rétrospective des photos glamour d’un objet d’abord réservé au clients importants et au VIP de la marque de pneus. Ce prétendu must devint très vite un poncif de l’érotisme officiel et mondialisant. Certes une telle publication reste le lieu passage obligé des modèles  (Naomi Campbell, Laetitia Casta, Cindy Crawford, Penelope Cruz, Milla Jovovich, Heidi Klum, Sophia Loren, Kate Moss…) et des photographes (Richard Avedon, Patrick Demarchelier, Karl Lagerfeld, Annie Leibovitz, Peter Lindbergh, Sarah Moon, Herb Ritts,Mario Testino...)

 

Pirelli.jpgA revoir ces photos de cirque médiatique l’impression majeure demeure qu’avec le temps rares sont les clichés qui « tiennent ». Tombant dans le parfait jeu esthétisant  sans le moindre souci d’une quiconque profondeur de vue tout paraît mièvre et gonflé (pneus aidant) de vide. Chaque série est plombée par ses effets de surface et de superficialité confondants. La prise de risque esthétique demeure nulle. Le conformisme crasse et l’artificialité d’un monde de façades ne sont sauvés d’aucune pulsion  du dedans. Le Pirelli reste l’exemple parfait du gadget érotisé sans le moindre intérêt sinon celui de l’ostentation instantané propre à caresser l’ego de modèles et de photographes. Sont préférables les vieux calendriers américains plus populaires et plus inventifs en dépit de leur propres poncifs ( celui des huiles Castrol par exemple) dans les années 50.  Dans ceux-ci - ce qui semble une gageure -  la femme demeure moins objet de facticité qu’au sein des coups de bluffs branchés de Pirelli et de son armée de peoples.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Pamela Littky & Stefanie Schneider : hot line

 

 

 

Littky bon.jpgPamela Littky a traversé pendant trois ans d’Ouest en Est la Vallées de la Mort en passant par ses deux « portes » : Baker (Californie) et Beatty (Nevada). L’artiste non seulement a su faire éprouver la beauté des lieux (sans insister pour autant sur les effets lyriques faciles en un tel lieu mythique) mais surtout celle des gens qui y ont fait racine en s’adaptant à la chaleur oppressante de ce désert. « Peut-être est-ce à l’origine le nom macabre du lieu qui piqua ma curiosité » dit l’artiste. Peu à peu elle s’est surtout confrontée à elle-même dans les petites bourgades où la température atteint près de 50 degrés plusieurs mois par an.

Littky bon 2.jpgUn tel lieu ne peut en effet laisser indifférent : soit il paraît invivable, soit l’être y trouve une impression  étrange de communion avec le monde. La photographe la traduit en une série exceptionnelle. Stefanie Schneider l’accompagne - en créant une ambiance particulière (photo 3)  autour de femmes seules - sans  autre souci que la recherche de vérité. Dans l’incandescence des déserts  l’artiste « force »  le corps à se montrer tel qu’il est. L’éphémère de l’instant saisi suggère de mystérieux et fascinants « motifs ». Chez les deux artistes la réalité et les faits sont là mais laissent présents le rêve, le désir, une forme de fiction.

 

Schneider.jpgLe Désert de la Mort prouve en quelque sorte qu’il ne mérite pas son nom. La vie palpite.  Frontières, limites extrêmes, seuils mais aussi « cœurs » ouverts deviennent une manière d’explorer ce qui tient à un incessant devenir. Trop d’artistes le confondent avec le néant.  Les deux photographess’y refusent. Elles transforment chaque prise en cérémoniel austère ou poétique. Elles divaguent parmi les lieux jusqu’à en faire surgir une  sensuelle mystique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Pamela Littky & Stefanie Schneider, « Desert Voices », Galerie De Re, Los Angeles.

 

 

11:18 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)