gruyeresuisse

05/11/2015

Philippe Ramette : l’attraction immobile

 

Ramette 3.jpgPhilippe Ramette, Xippas, Genève, 7 novembre - 23 décembre 2015.

 

Sur ses photographies Philippe Ramette se scénarise au sein de situations autant absurdes qu’improbables afin de renverser nos assises. La réalité devient des reconstructions mentales plus que des vues de l’esprit. Le dessin y est l’ébauche des autres médiums que l’artiste utilise. Tous créent une mise en abîme de la représentation en spéculant sur ses failles selon divers associations surréalisantes.

Ramette 2.pngFidèle à une  génération nonsensique aussi bien européenne qu’américaine, Ramette est l’exemple même de l’artiste libéré du « grand style ». Il croise diverses thématiques dans lesquels l’humain demeure central. Ses œuvres portent les marques d’amours, de  blessures et de joies. Le tout avec l’humour qui fait de manière naturelle abattre les cartes de ceux qui croient être les maîtres du jeu. Ramette.pngLe caractère primesautier du travail n'est qu'une impression de surface. Même si Ramette semble réduire ses œuvres à de petits traités d’archéologie du fugace elles prouvent qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre de l’identité supposée mais sa terre friable : celle qui creuse le réel et l’illusoire au sein de jeux de pistes dérivantes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

04/11/2015

Caroline Corbasson et l’énigme du monde

 

Corbasson.jpgCaroline Corbasson, « Empty Pixels », 3 novembre - 11 décembre 2015, Galerie Laurence Bernard, Genève.

Caroline Corbasson observe le monde et ses représentations pour les métamorphoser sous formes d’énigme - parfois ironique comme son globe terrestre « aveugle ». Pour sa première exposition en Suisse chez son galeriste, à travers différents médiums, elle fait de ses images des belles de nuit même si l’artiste renonce à tout effet d’ornementation. Monteuse, montreuse et compositrice elle atteint un équilibre ou une tension entre force et fragilité pour atteindre l’indicible. Si bien que les œuvres restent à l’état d’énigme entre austérité et étincelle. Mais l’artiste est surtout capable de faire parler le silence. Avec elle l’image la plus simple n’est jamais simple. Elle répond à la formule de Nietzsche: « La beauté est une flèche lente ».

Corbasson 2.jpgL’œuvre est donc une histoire de trajectoire qui utilise la construction, les méandres, la sinuosité. Le silence de l’image tient au fait qu’elle n’admet, selon la créatrice, d’autre commentaire qu’elle-même. Existe donc bien un art du silence. Certes on ne peut pas dire qu’une œuvre plastique est muette. Mais du jour où une artiste en prend conscience elle ne peut plus se débarrasser de l’idée que ses travaux en sont marqués d’une façon indélébile. Dès lors plutôt que de gloser sur la montée des circonstances de l’image Caroline Corbasson ose  s’abandonner à son  silence sans fond pour le faire résonner.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

03/11/2015

L’échange et la fugue : Alain Huck

 

 

 

 

 

Huck.jpgDavid Lemaire, « Alain Huck - La Symétrie du Saule », Editions Mamco, Genève, 344 p., 34 E., 2015, Julie Enckell Julliard et Alain Huck, "Les Salons noirs", éditions Scheidegger & Spiess, 2015.

 

 

 

Ce qu'Alain Huck écrit dans « Que du ciel » peut s’appliquer au statut de l’artiste et donc à lui-même : défaire ce qui lui est donné, reconstruire ce qui lui a été pris dans « une course essoufflée d'un lac jamais nommé à des montagnes froides ». A partir des lieux et des paysages son regard se fait aussi intra qu’introspectif pour découvrir et reprendre divers réseaux organiques. Ils se déploient sur le minéral et forment avec lui, dans leurs masses, des monuments et miroirs élémentaires. Le créateur vaudois sépare du chaos tout en le suggérant dans la virtuosité d’une œuvre où demeurent à la fois la quiétude et le ravinement. Les écheveaux de chaque dessin ne cessent d’exprimer le rapport de l’homme à la nature, de la géographie mentale à l’Histoire et ses torsions. Le livre de David Lemaire permet la traversée de l'œuvre en ses différents médiums et les questions qu'ils servent à traiter : autobiographie, "écologie", rapport au temps et bien sûr la recherche d’un langage plastique propre par l’intermédiaire des formes et de leurs corps de manières. Dessins, peintures, sculptures, installations interagissent entre eux dans un substrat de références littéraires que Lemaire déplie comme l’artiste le fait.

 

 

 

Huck 2.jpgOn se souvient de ses 269 dessins de  « Vite soyons heureux il le faut je le veux » réalisés sur des supports évidés, découpés, translucides. Envisagée comme un archivage, la série s'est constituée régulièrement depuis 1993 jusqu'au début de l'année 2007. On peut citer aussi son livre d’artiste « Ancholia » formé de la déconstruction de 4 dessins immenses au fusain. Ils sont l'exemple même de l'originalité de l'œuvre. Ce livre réalisé pour l'exposition au C.C.S. présente les œuvres par fragments pour qu'elles soient lues à l'échelle 1 mais comme une bande-dessinée complétée par un texte de l'artiste. Il est fait de 82 citations de la littérature mondiale. Leurs références deviennent un second texte en calque du premier. Restent donc toujours en acte chez Huck divers réseaux de veines et de racines. Certaines montent vers le ciel, d’autres s’enfoncent vers le sol. Tout chez le Vaudois est empreint de signes plus ou moins obscurs présentés dans divers changements d’échelles pour le renversement d’une géométrie euclidienne et le déplacement des ordres de marche et de perception.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret