gruyeresuisse

12/02/2020

Béatrice Helg : retour et perspectives

Helg bon.jpgBéatrice Helg, galerie Sonia Zannettacci, Genève, jusqu'au 15 février 2020. Monographie chez 5 Continents Editions.

Béatrice Helg est née à Genève où elle vit et travaille. Après des études de violoncelle au Conservatoire de Genève, elle étudie la photographie dans des institutions de premier plan en Californie puis à New York. Ses prises vont dans le sens d'une épuration et d'une simplification. Elles présentent des univers d’ombre et de clarté d’une étrange beauté aussi poétique que spirituelle.

Helg.jpgEn ce sens l’œuvre de Béatrice Helg occupe une place singulière dans la tradition de la photographie construite et constructiviste. Loin des images hyperréalistes ou narratives, les cibachromes et tirages offrent des formes abstraites et des univers lumineux étranges empreints de spiritualité et de poésie où l'espace, le temps et l'architecturation jouent un rôle majeur.

Helg 2.jpgExposée dans le monde entier, elle fait son retour à Genève où elle n'apparaissait plus depuis la fermeture de la galerie fondée par Jan Krugier. L'artiste présente des oeuvres du passé mais surtout des pièces nouvelles en grands formats. Beatrice Helg poursuit un travail de simplification, d' épuration, d'abstraction moins conceptuelle qu'on le dit. Se retrouvent ici ses petits théâtres métalliques proches de l'architecture ou de la sculpture. Mais les nouvelles œuvres qualifiées de «Résonance» se rapprochent plus de la peinture là où les formes et la lumière interagissent.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/02/2020

Jean Oth : la nudité et après

Oth.jpgJean Oth, "Échec et scotome", coll. Shush Larry, art&fiction, Lausanne, 2020, 124p.,CHF 17,80.

 

En 2008 est demandé à Jean Oth (1940-2013) un texte d'introduction pour une de ses expositions. Celui qui se disait « au bout du monde et au bordelart », en lieu et place, propose un récit autobiographique qui prend tout son sens après la mort de l'artiste. S'y retrouve en effet la genèse de ses images.

 

 

Oth 2.pngIl évoque ses premières perceptions et émotions visuelles. Entre autres les femmes qu'il "apercevait très haut sur des sellettes de bois". Et plus exactement "les femmes d’argile gris foncé, blanches ou terre de Sienne brûlée (...) qui se penchaient ou se tordaient pudiquement sur moi, en contreplongée bienveillante pour le petit garçon que j’étais." L'artiste est déjà fasciné par celles qui étaient totalement nues mais il ne néglige pas pour autant les autres, "drapées à la manière des pudeurs espagnoles qui exacerbent leur mystère".

Oth 3.jpgLe précuseur et pionnier de l'art vidéo permet de plonger dans les eaux profondes et troubles de sa vie amoureuse et de son travail incessant autour de la représentation et la non-représentation, de l'image et la peinture. « Ce dont je suis sûr, c’est qu’aujourd’hui les images m’ennuient tant que je ne les ai pas partiellement ou totalement cachées » précise-t-il en fin de texte. Il est alors animé moins par la pudeur que par la problématique qu'inclut la nudité et ce qu'elle cache. Il s'agit par l'art de tenter un pas au delà. Le Lausannois l'a poursuivi dans son enseignement à l'ECAL comme dans son travail jusqu’à sa mort en explorant divers types de monstrations.

Jean-Paul Gavard-Perret

Bruce Gilden : New York Délire

Gilden 3.jpg"Lost and Found" permet de revisiter les premières photographies de rue de Bruce Gilden entre  les années 70 à 80 ainsi que ses images de mode les plus récentes. Les premières grâce à un incident :  la redécouverte de quelque 2000 rouleaux de film 35 mm datant des premiers travaux du photographe à New York, de 1978 à 1984. Gilden les a retrouvés. A l'inverse de ce qui est sa marque de fabrique ces photos sont réalisées sans flash. Et comme il l'écrit : "C’est Bruce Gilden avant qu’il ne devienne vraiment le Bruce Gilden connu."

Gilden 2.jpgCes images paraissent presque brutes de décoffrage et souvent et en gros plan - mais pas forcément des visages...  D'autant que fils d'un père de type gangster, Gilden en retient l'esprit "hors cadre". Il se retrouve dans ses photos de mode réalisés à partir de 2000 pour Vogue, Wallpaper et The New York Times. S'y retrouvent le gout d'un certain trash et une indentité toujours aussi drôle que surprenante.

Gilden.jpgCes photos créent un déséquilibre dans toutes les situations saisies selon des narrations personnelles mais à valeur générale. Elles attirent l’attention sur les problématiques urbaines où l’autocensure n'affecte en rien la liberté de création. Rien n'est caché. Au contraire : tout en mis en exergue.

Jean-Paul Gavard-Perret

Bruce Gilden, "Lots and Found", 10 Corso Como, New York. Un livre au même titre est publié aux éditions Xavier Barral, Paris et par Thames & Hudson, New York.