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31/05/2018

Le théâtre de l’étrange d’Antoni Taulé

Taulé.jpgLe peintre catalan a créé une suite de tirages photographiques argentiques rehaussés à l’huile. Reconnu pour ses jeux d’ombre et de lumière et des paysages architecturés, il donne à cette suite un aspect « théâtre de l’étrange ». Une simple table recouverte d’une nappe rouge trône en une pièce jusqu’à la hanter. Plus loin une porte ouvre sur un jardin qui semble vouloir envahir l’intérieur. Des personnages - hormis le peintre au travail - il ne reste que des ombres.

Taulé 2.jpgTout repose sur le jeu de l’espace et de la lumière là où photographie et peinture ne font plus qu’une. S’y ressent le passé d’architecture de l’artiste. L’œuvre propose une vision décalée du monde là où les espaces en désuétude gardent majesté et noblesse. La beauté intrinsèque de telles images est évidente au sein de lieux perdus et quasiment de no man’ land abandonnés.

Taulé 3.jpgSur un tel schéma à la croisée de la photographie et de la peinture le spectacle devient total même si la visualisation est interrompue par les pans d’ombre. L’artiste crée de la sorte un « ambiancement » mais aussi une vision particulière d’un certain vide. Celui-ci devient lui-même spectacle. Il n’a plus besoin - ou presque - d’acteurs : l’aire de « jeu’ se suffit à elle-même.

Antoni Taulé, Galerie 12, Paris, jusqu’au 24 juin.

 

14:41 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

30/05/2018

Batia Suter : le pouvoir du montage

Suter 2.jpgBatia Suter, “Sole Summary”, Centre Culturel Suisse de Paris, du 9 juin au 15 juillet 2018.

 

Née en Suisse et installée Amsterdam, Batia Suter travaille avec un grand réservoir d’images qu’elle rassemble, puis choisit pour les retoucher et les agencer en séquences. Pour son exposition au C.C.S. elle est partie d’images de curiosités et de peintures qui ont appartenu à une de ses tantes suisses. L’exposition lui rend hommage en une sorte de « memento mori » mais devient tout autant une enquête filée à partir d’un univers intime compilée par cette parente.

Suter 3.jpgL’œuvre de Batia Suter devient un voyage pluridimensionnel dans le temps, la culture et les goûts d’une femme qui à défaut d’objets (trop chers pour une modeste secrétaire née en 1940) se contente d’images. Elles lui ont servi à la fois de rêve et de substitut.

Suter.jpgCe travail devient une suite aux deux volumes de la « Parallel Encyclopedia » (éd. Roma Publications) de l’artiste. Il pousse l'exploration du monde en une profonde épaisseur. L’artiste fait parcourir des espaces glacés ou brûlants qui obligent à une gymnastique intellectuelle et mémorielle. L’œuvre ne détruit en rien l’imaginaire et la temporalité. Elle les reconstruit pour une autre espace et une nouvelle respiration. Et ce dans un seul but : ne pas dévoiler autre chose mais montrer autrement.

Jean-Paul Gavard-Perret

P.S. Batia Suter présente aussi « Radial Grammar » du 26 mai au 26 août au Bal, en association avec le CCS.

Les métamorphoses de Erik Madigan Heck

eck 3.jpgErik Madigan Heck, « Old Future » Christophe Guye Galerie, Zurich du 3 mai au 25 août 2018, Ouvrage publié par Thames and Hudson, 28 £.

Erik Madigan Heck a créé un langage particulier dans la photographie de mode. « Old Future » le prouve. Ce projet est né d’une création d’un portfolio pour la marque "Comme des Garçons" et afin d’accompagner le lancement de l’exposition de Rei Kawakubo au Metropolitan Museum of Art de New York. Dans son approche il s’intéresse plus au travail d’un créateur (ici Rei Kawakubo) qu’à une simple illustration de la mode.

heck.jpgUn graphisme photographique empreint de formes nettes ou efflorescentes et du jeu des couleurs crée une suite de tableaux où le vêtement et son contexte se mêlent. L’approche joue autant de l’épure que d’une sorte d’impressionnisme mais aussi expressionniste. Le visage blanc de Saskia de Brauw est au centre de formes décalées ou étirées ; en fusion et résonnance avec la conception du styliste. Celui-ci remet les poncifs en question via – entre autres - ce qu’il nomme des « non-tissus ».

heck 2.jpgLes photographies soulignent une telle production. Elles démontrent que la beauté n’a rien de fixe mais est affaire de métamorphose du vêtement comme de l’image. Le créateur invente un univers poétique où se mêlent toutes ses influences : Vuillard, Degas mais aussi – et ce qui est plus étonnant - Peter Doig, Marlene Dumas et même Gerhard Richter. Dès lors la fascination de l’œuvre réside dans la figuration d’une intimité subjective.

Jean-Paul Gavard-Perret