gruyeresuisse

01/08/2015

Anja Niemi : Le double et son trouble

 

 

Niemi.jpgLes déserts californiens servent d'écrin à la série "Darlene & Me". L'ensemble se veut la narration d'une histoire plus ou moins énigmatique entre deux femmes gémellaires (puisque les deux sont incarnées par le même modèle). La série est tirée d'une l'histoire de la fin des années 50 : celle d'une femme nommée Darlene esthéticienne de luxe. L'artiste a romancé ce cas dans lequel, selon la photographe, la femme avait décidé de laisser tomber une star qui s'était mis en travers son chemin. La série raconte les sentiments duels (fascination et haine) qui animaient ces deux femmes.

Niemi 2.jpgTout reste néanmoins capté de manière ironique, légère et presque irréelle. Le doux murmure  des images remplace aisément les dialogues et leurs temps de silence. L’image arrive donc pour effectuer bien mieux que ce que feraient  les mots. Reste l'écume des jours dans une stratégie d’ellipses. Et si l’humour est bien présent il ne pousse jamais jusqu’au rire sardonique - adjectif qui selon son origine rappelle que ceux qui mangeaient l'herbe de la Sardaigne  étaient pris d'un rire violent qui les conduisait à la  mort.  A l’inverse ici et au détour des courbes les désirs étouffés prennent vie comme si à coup de griffes Anja Niemi  voulait biffer le passé, trouer la peau de l’inconscient afin qu’il se vide de ses miasmes. On si l’on préfère : ensevelir l’hier et l’émoi de ses heures mauves pourrissant de nostalgie dans l'aujourd'hui où l’histoire est en quelque sorte revitalisée sous le soleil exactement.

 Jean-Paul Gavard-Perret

www.thelittleblackgallery.com

31/07/2015

Entre l’organisme et l’abstrait : les brouillages d’Eva Ducret

 

Ducret 2.jpg

 

Eva Ducret sait que  le réel reste sans réalité : sa nature même n'est pas matière à représentation directe. L’artiste le provoque pour le faire parler selon divers torsions, intrusions, incrustations, surexpositions d’éléments adjacents. Cela crée de paradoxaux interstices en une suite d’  « écrans ». L’artiste introduit les pièges propices au glissement de l'illusoire vers le mental en ménageant des territoires "virtuels" pour développer un dérangement optique et déplacer le centre de l’émotivité visuelle vers quelque chose de plus profond.

 

L'oeuvre reste un fabuleux théâtre en tant que sublimation de la réalité. Un certain absolu apparaît mais avec ironie et le juste degré d’outrance baroque. Relevés ou caviardés les hauts reliefs du réel deviennent les figurations qui unissent de façon aiguë  l'abstrait et le figuratif en des oeuvres produites tant par l'affect  que par l'intelligence. Ses séries représentent des moments rares, brouillés ou réduits à l’état de bacilles enfoncés dans les idées. L’implant en place tout se met à bouger : l’artiste conserve de l’apparence que ce qui en a coulé.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Eva Durcret, galerie « Les maisons du ruisseau », Conlihac-Corbières, été 2015.

 

13:12 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

30/07/2015

La vie, l'amour, la folie : entretien avec Samuel Mathis

 

Matthis 3.jpgQu’est-ce qui vous fait lever le matin ?L'idée du petit déjeuné, l'odeur du café qui parfois me fait mal au ventre !

 Que sont devenus vos rêves d’enfant ?Ils sont toujours là, pas trop loin, j'essaye de ne pas les oublier

A quoi avez-vous renoncé ?A l'utopie que toute mes utopies soient réalisables, j'y travaille encore.

D’où venez-vous ? De la planète terre, vers Genève, bien que parfois je me pose des questions?

Qu'avez-vous reçu en dot ? La vie, l'amour, la folie

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?Rien, c'est plutôt un "bonus"

Un petit plaisir - quotidien ou non ?Transpirer des hectolitres dans un sauna et se jeter dans le lac l'hiver

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?Mes chaussettes dépareillées

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpella ?Les cailloux petits et ronds par terre

Et votre première lecture ? Petzi, l'ours aventurier mangeur de crêpes

Pourquoi votre attirances vers une forme de "minimalisme" tant de matières que de formes  ?Une quête de l'absolu, un dénominateur commun.

Quelles musiques écoutez-vous ?J'aime beaucoup Oxygène de Jean Michel Jarre

Quel est le livre que vous aimez relire ?"Voir" de Carlos Castaneda

Quel film vous fait pleurer ? « Le grand bleu », je devrais le revoir pour voir

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?Ben moi ! 

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ?Pour l'instant à personne mais je n'ai pas écrit à grand monde.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?Les Grottes 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?Mes voisins d'atelier et mes collègues d'étude

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?Un quartz bipyramidé géant

Que défendez-vous ? La vie, la différence, la sincérité 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?  J'aime les paradoxes, c'est tellement bizarre

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Oui

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?Pourquoi des chaussettes dépareillées? 

Entretien réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret le 30 juillet 2015.