gruyeresuisse

23/11/2015

Anne Minazio le simple et le compliqué

 

 

Minazio.jpgAnne Minazio repense les formes, les genres, (peintures, céramiques), les espaces artistiques qui se mêlent à celui du quotidien. Monochromes, Peintures murales, objets deviennent des voyageurs, modulaires voire des supports à d’autres créations. Bref leurs statuts sont particuliers : ils peuvent se recycler, se recontextualiser selon une perspective chère à Beuys voire à Duchamp. Les œuvres deviennent un jeu à multiples clés tant la créatrice piège tout le monde par des approches ironiques, reconstructrices.

Minazio 2.jpgL’énigme y reste toujours présente. Le travail est riche d’une force motrice entre réel et irréel. Il repose toutes les questions de la représentation. Il est aussi virtuose et s’ouvre à la liberté tout en préservant astucieusement un souci ornemental de manière ludique et sérieuse presque ésotérique capable de faire de chaque pièce une cosa mentale. Elle quitte la lourdeur pour l’éther. Il n’a plus rien de vague afin de faire partager le « vrai amour » : celui de l’art.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Anne Minazio, Galerie Kissthedesign, Lausanne

20/11/2015

Corps à corps de Cornelia Hediger

 

Hediger 3.pngCinematic collaboration traces schizophrenic visions : Cornelia Hediger & Ignacio Valero par Rebecca Horne, 2015.

 

Cornelia Hediger prend de nombreuses photographies d’elle-même et les combine selon divers segments dans lesquels la « persona » se transforme à travers diverses situations où la drôlerie domine même lorsqu’un jeu d’agression et de domination est proposé (voire même au sein de scénarios où la mort et la terreur semblent rôder). L’artiste zurichoise lutte parfois avec son double. Néanmoins les scénographies restent joviales là où le féminisme reprend toute sa place.

Hediger.pngCes “Doppelgänger” sont autant des narrations que la distorsion des images selon ce que l’artiste nomme une «  marche duale ». Elle permet de mettre à nu de manière ludique ses conflits intérieurs, son combat du bien et du mal, du féminin et du masculin mais sans perdre de vue une notion de joie. Les reconstructions dans leurs fragmentations et leurs déplacements interpellent et dérangent puisque se cachent des desseins secrets qui peuvent devenir nôtres.

 

Hediger 2.pngExiste là un lien entre notre foire intérieure et les montages. Le corps se déforme pour transformer son propre statut et le regard qu’on porte sur lui. Le chiendent du fantasme ne peut plus repousser. Le corps à corps auquel se livre Cornelia Hediger avec elle-même devrait plutôt se nommer image-à-image. L’artiste n’en tire pas un trophée mais la victoire de l’imaginaire contre la représentation basique du réel. Il ne s’agit pas pour autant d'images du rêve : celui-ci nous laisse seul avec nos images : celles de la plasticienne nous regardent au plus profond.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/11/2015

Le temps qu’il fait : François Burland et la Nativité

 

Burland bon.jpg« Comète Suprême, la Nativité selon Burland », Eglise Saint François, Lausanne, décembre 2015 - Janvier 2016. Livre « Comète Suprême, La Nativité selon Burland » de Jean-François Ramelet et François Burland, art&fiction, Lausanne, 2015.

Souhaitant faire résonner les textes bibliques par l’intervention d’artistes, Jean François Ramelet - pasteur de l’Esprit Saint Créateur d’une nouvelle association (L’Hospitalité Artistique) - a demandé pour une première exposition l’intervention de François Burland. Aidé du théologien Daniel Marguerat l’artiste a puisé dans les textes sacrés les ferments propices à sa réinterprétation de la Nativité. Il a créé pour l’occasion sept gravures qui placent l’évènement fondateur de la religion chrétienne au sein de l’histoire « entre cosmonautes et zeppelins, humain et divin ». A partir des collages, les élèves du gymnase du Bugnon et leur professeur, le peintre Olivier Saudan, ont gravé sept panneaux en bois qui ont servi de matrice pour les gravures. L’ensemble (imprimé à trois exemplaires) sera présenté dans le chœur de l’Eglise Saint-François jusqu’à la fin du mois de janvier.

Burland 2.pngInfluencé par les fresques de Giotto, Fra Angelico comme par le   « Masacre des Innocents » de Poussin Burland a choisi le collage en découpant des images des grands maîtres afin de les recomposer : des aéronefs planent au milieu des anges et le premier cosmonaute (Youri Gagarine) protège l’enfant Jésus. Les symboles communistes jouxtent Captain America. De telles références - on s’en doute - sembleront à plus d’un intempestives. Burland bon 2.jpgMais c’est le moyen de réactiver non seulement le Nouveau Testament mais de réanimer des œuvres du Moyen-Age occidental. Le divin est relié à terre et les humains s’élèvent vers le ciel. Manière aussi de sacrifier les images naïves de l’évènement à une vision plus coruscante et à la violence sourde adaptée à un monde en bouleversements.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

08:15 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)