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27/01/2016

Marion Kalter : Ultimate Care - (à côté de la frontière)

 

 

 

Kalter.jpgC’est en devenant photographe que Marion Kalter s’est senti femme à part entière. Vivant sa jeunesse au moment du women-lib, la mort de sa mère l’a laissée indépendante. Après un passage dans le Berry elle s’est retrouvée au sein d’une université américaine pour femmes où la poétesse Emily Dickinson était allée pour n’être plus freinée par les hommes. La jeune autrichienne éprouve très vite le besoin de rencontrer des créatrices qui savaient garder leur charme et leur séduction pour comprendre leur statut. Elle s’intéresse aux questions du célibat et de la maternité pour son travail universitaire et interviewe Gisèle Freund, Annette Messager, Mimi Parent, Meret Oppenheim, Vieira da Silva, Chantal Akerman, Ruth Francken entre autres. Elle en profite pour les photographier en commençant par Anaïs Nin, symbole de la liberté sexuelle et littéraire.

Kalter 2.jpgMais pour Marion Kalter la question du féminisme n’est plus ce qu’elle était trente ans plus tôt. Elle s’intéresse aujourd’hui aux problèmes raciaux, de pauvreté, d’écologie. Il ne s’agit plus d’isoler les femmes dans des critères spécifiques mais de situer l’être humain sur une planète surpeuplée à l’heure des changements technologiques communicationnels. L’œuvre compte, en dehors de ses portraits d’artistes, de très nombreuses photos de représentations de spectacles. Elle se compose aussi des images d'abstraction et de vie quotidienne. A l’inverse d’une Susan Sontag qui estime que « photographier c’est s’approprier l’objet photographié », Marion Kalter communique par son regard l’émotion ou l’idée que cet « objet » incarne.

Kalter 3.jpgMiroir de l’esprit et de l’émotion les photos de l’Autrichienne retiennent les couches géologiques des états d’âme des créateurs entre autres musiciens et chorégraphes. Par la solidité de ses cadrages serrés, l’usage de la couleur les photographies de l’artiste sont dégagées d’un mauvais usage de sa rhétorique lorsqu’elle reste au service ce l’ornemental. Cherchant toujours à tirer quelque chose de ce que la société se dit à elle-même à travers ses représentations de la femme, des artistes comme des simples mortels Marion Kalter repère des effets de récurrence inattendue. Elle ne photographie jamais selon des préceptes "hamiltoniens" et leurs bains de vapeurs. L’être prend une autre densité. Les hantises non seulement de l'artiste mais de la société y apparaissent. Sans cela ses clichés n'auraient qu'une importance anecdotique. Ce qui est loin d’être le cas.

J-Paul Gavard-Perret.

 

 

Marion Kalter, “Hestory”, Fotohof, Salzbourg (Autriche), 5 février - 26 mars 2016.

 

24/01/2016

Les emprises d’Oda Jaune

 

Jaune.jpgD’origine bulgare l’artiste Oda Jaune a choisi un nom d’emprunt significatif. « Oda » en vieil allemand veut dire « précieux ». Quant à « Jaune » la référence est claire. La couleur est attachée au soleil, à la lumière, au positif. Elle reste un symbole pour celle qui demeure fascinée par Cézanne, Picasso, Matisse. Epouse du peintre allemand néo-expressionniste Jörg Immendorf (1945-2007) dont elle fut l’élève l’artiste refusa souvent de donner des titres à ses œuvres pour une raison majeure : « laisser une liberté du regard au public ». Désormais elle ose des nominations franches pour ses huiles à l’atmosphère onirique et organiques influencée par le surréalisme.

 

Jaune 2.jpgLes objets aux contours de plus en plus identifiables évoquent des « paysages » étranges et poétiques où la douceur est de plus en plus fréquente. L’artiste prouve une absence d’inhibition ou de préjugés et demande à ceux qui regardent le même abandon. Elle extériorise une pensée, une émotion, un sentiment que chacun cache en lui, elle prouve aussi qu’il existe des éléments vitaux dont on ne sait pas à quoi ils ressemblent mais auxquels elle donne corps. Oda Jaune fomente une forme de dynamique visible entre formes organiques et formes culturelles. Elle joue d’un certain baroque, d’une forme de maniérisme. Souvenirs, lectures, images aperçues sur Internet lui permettent de trouver son « inspiration ». Toutefois la « cause » n’est pas l’essentiel comme l’écrit l’artiste « Ce n’est pas important d’où viennent les motifs, mais plutôt ce qu’ils deviennent. ». On attend une exposition en Suisse de l’artiste.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Oda Jaune, « Blue Skies », Galerie Daniel Templon, Paris, du 9 janvier au 20 février 2016.

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23/01/2016

Simon Nicaise : pour le plaisir

 

SNicaise.jpgimon Nicaise, « Pourvu qu’elles soient douces », Circuit - Centre d’Art Contemporain, Lausanne, du 30 janvier eu 27 février 2016 .

 

Simon Nicaise à travers ses pièces fait la part belle à la construction, au geste, à l’esprit de système obvié en une suite de jeux qui remettent en question la nature du sens, de langage et de l’image. L’artiste utilise divers matériaux hétéroclites pour enrichir facéties et farces critiques. Nicaise feint la candeur, le coté fleur bleue de la chansonnette pour la transformer en une machinerie qui écrase tout. Usant d’une forme performatrice le résultat est parfois volontairement dérisoire (balayer) parfois démiurgique puisqu’il s’agit de faire saillir l’impensable.

 

Nicaise 2.pngL’artiste conserve la neige au congélateur et le bruit des vagues en paroles gelées. Les objets se joignent en des hymens contre nature, les mots aussi dans un parti-pris poétique où l’image est bien plus que le produit d'une fabrication rhétorique à point venu pour illustrer ce qui a été déjà perçu ou pensé par ailleurs. Elle n’est plus une figure par ressemblance mais une anomalie sémantique loin d’un effet d'analogie, voire de mimésis. Nicaise 3.jpgNi simple reflet des mondes extérieurs, ni seul projet du moi profond du créateur, elle devient la meilleure formulation possible d'une réalité absente. Elle en reste néanmoins inséparable et avec laquelle seulement elle prend sens. Elle devient le lieu l’imaginaire joue à plein.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:37 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)