gruyeresuisse

17/09/2015

Ben à Bâle

 

 

 

BEN.jpgBen Vautier, "Est-ce que tout est art ?", Musée Tinguely, Berne, du 21 octobre 2015 au 22 janvier 2016;

 

Pour chacune de ses expositions Ben monte en excitations. Il devrait être habitué avec le temps mais rien n'y fait. Et après plus de 50 ans de bons et loyaux « sévices » à l'art, sous le hâbleur de façade se perçoit toujours l'artiste qui doute - sans pour autant ne rien laisser suinter. Et Ben de parader : "D’habitude une expo je la prévois  J’essaye de la penser. Pour Bâle le moteur Ben tourne en roue libre, je ne sais plus où est le frein de mes pensées  qui se mélangent toutes ". Pour cette exposition l'artiste met les petits plats dans les grands : il a acheté  un confessionnal sur lesquels il a écrit en allemand dessus « sag mir alles » (« dis-moi tout »). Et tout Ben est là. Il a acheté aussi aux Emmaüs  des assiettes pour les  casser. Non sans un souci pour ce projet : « Comment vont-ils faire avec la douane ? Exportation « assiette en bon état » « retour  assiettes cassées ». Il a aussi fouillé dans le stock de ses tableaux : « Terrible choc   je n’aime pas ce que je vois. Je me trouve nul, C’est la grosse déprime ». Mais on sait que cela va passer. Les idées ne manquent jamais à l'Helvète devenu Niçois. Des idées philosophiques et d'autres plus pragmatiques qu'il nomme des « astuces ». D'ailleurs après l'instant dépressif la faconde revient : « je me prends pour un génie exceptionnel. Personne ne m'arrive à la cheville. Ni en art, ni en politique. »

 

L'automédication suit sont cours et c'est tout le charme de l'artiste. Paranoïaque non critique Ben continue non seulement à s'amuser mais à secouer la passivité. "Ça va être une expo exceptionnelle" ajoute l'artiste qui n'oublie jamais que  son arrière grand père, benjamin Vautier fut un des plus grands peintres Suisse. « Il y a une rue à son nom à Düsseldorf et une à Genève » rappelle l'arrière petit-fils tout en nuançant : « et je ne m'en vante pas, il n'a pas apporté quelque chose de nouveau en peinture ». Mixant fausse prétention  et manque de confiance l’artiste avance. L'exposition on peut déjà le dire sera une réussite. Eva et JP Soardi ont tout fait dans ce but même si l'artiste se plaît à en remettre une couche : «  je reste insatisfait : où est le nouveau Ben ? c’est tout du déjà vu  du réchauffé : je n’ai pas confiance en Ben ». Ce qui ne l’empêche pas de s’aimer.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 



 

17:05 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

14/09/2015

De sa fenêtre : Ariane Epars

 

 

Epars.jpgAriane Epars, « Carnet(s) du lac », Héros Limite Genève & Galerie Davel14 Cully.

 

 

Ariane Epars développe des projets en lien avec le temps et les lieux et ici l’histoire intime. Chaque jour, pendant une an à Cully où elle vit, l’artiste a décrit le paysage visible de sa fenêtre.  Peu à peu l’identité du lieu prend corps par la succession des images instantanées. Cette opération devient un moulage du temps et de l’espace. La forme a prise sur elle-même à travers le relevé indiciaire. L’œuvre s’incorpore au lieu autant par dissémination qu’unité. Le fil d’Ariane se tend et se détend par effet de modification. Le travail tient à la fois de l’œuvre in progress et de son « advenir ». Tout joue de la discrétion et d’une certaine neutralité où apparemment rien ne change (ou si peu). L’énergie se concentre sur ce peu qui saisit et prend à rebours les habituels effets pétards (mouillés) des images sidérantes.

 

 

Epars 2.jpgCette intervention insidieuse au sein de la banalité et l’évidence crée une poésie « frugale ». Elle ne cesse de retenir. Sans cesse le lecteur-regardeur revient sur les pages. Il est à l’affût afin de comprendre comment le perçu se déplace insidieusement dans ce qui tient d’une forme particulière de représentation et de narration. S’éprouve un mouvement au sein de la fixité.  L’approche est aussi rapide que lente et ne rappelle paradoxalement rien d’établi dans ce qui crée peu à peu un décrochement figural, un engloutissement, une plongée et une concentration par implosion..

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

13/09/2015

A corps perdus ou presque : Michael J. Berkowitz

 

 

 

 

 

Berkowitz 2.pngPar ses photographies Michael J. Berkowitz crée des connexions physiques avec le passé. Plus particulièrement avec des photographies « légères »  françaises de la fin du XIXème siècle. L’Américain les réinterprète selon des séries évolutives et changeantes au gré du dévoilement mais où le nu garde une certaine délicatesse même lorsque le mannequin n’a rien des parangons de la mode. La femme ne répond pas forcément aux « canons »  mis en exergue habituellement. Il existe donc une conversion du genre et de ses standards.

 

 

 

Berkowitz.pngLes modèles sortent du labyrinthe dans lequel les Icare de la photographie les enferment. Isolée chaque femme feint d’exprimer une certaine tempérance. Mais l’apparente sagesse se consomme avec modération. Nul stoïcisme ou résignation chez ces égéries. Le désir s’insère dans chaque photographie et son impeccable « désordre ». Il n’est donc pas domestiqué mais tenu plus ou moins (plutôt moins que plus) hors de portée. L’histoire de la photographie se reconstruit et se déconstruit à chaque fois. Le textile est là  pour associer le tissu à la féminité. Le désir reste présent, il demeure la nostalgie de l’étoile (à la racine latine du mot de désir). Elle reste ici envisageable et dévisageable (en aporie, en partie ou en totalité) et  s’amuse de son voyeur en diverses déclinaisons.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15:15 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)