gruyeresuisse

14/07/2016

Karl Ballmer ou la solitude des êtres


Ballmer 2.pngKarl Ballmer, « Tête et cœur », Aargauer Kunsthaus, 28 aout au 13 novembre 2016.

 

 

 

 

 

Ballmer.pngL’Aargauer Kunsthaus permet de redécouvrir le peintre et philosophe d’Argovie Karl Ballmer (1891 - 1958). Le lieu possède d’ailleurs la plus grande collection de ses travaux. Loin des grands mouvements de la peinture officielle l'artiste travailla toujours selon ses propres canons. Son œuvre s'éloigne des arts décoratifs comme de la pure abstraction. Pour autant sa figuration échappe au "prédictibles" même si certains échos peuvent rappeler des épigones surréalistes. Pour lui "l'art est la voie vers l'inconnu" et il le pratiqua sans jamais renoncer afin de faire surgir étrangement le moment formel où le corps se perd au moment même où il prend chair.

Ballmer 3.pngA ce titre les corps de Ballmer ne se prêtent pas au narcissisme du voyeur. Ils font signe à travers une douceur qui n'appelle pas forcément le désir. Demeure toujours une certaine froideur ambiguë là où jouent masse et épure. La force réside en cet "entre". Le regardeur est rendu à ses vertiges équivoques imprégnés de perte nébuleuse.  L'altérité n'est qu’une bordure faite d'épures plus ou moins soustraites à la présentation. La peinture n'est que la fiction de sa fiction et une fois de plus le corps n’est qu’une idée, rien de plus. Se crée un retour à la solitude déposée de toujours dans le corps, le corps guetté, entrevu mais qui , une fois de plus , se dérobe.

Jean-Paul Gavard-Perret

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13/07/2016

Féeries de Thomas Huber

 

Huber 3.jpgThomas Huber, Skopia, Genève, Juillet-Aout 2016.
Thomas Huber, Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne, 2016.

 

 

Huber.jpgL'oeuvre de Thomas Huber transforme le réel selon des jeux de lignes et de couleurs. Elles aèrent plus qu’elles ne remplissent l'espace leur rythmique particulière. L’artiste crée une forme de rythme qui n'est plus celui de la vie mais qui représente une force poétique. Celle-ci impose un tempo uniforme, décompose le réel par l'assaut réitéré de lambeaux physiques dont toute âme semble avoir disparu. Mais sous l’absence le monde vibre au moment même où le déploiement des lignes pourrait sembler suggérer le vide sur lequel vaque une sorte de silence absolu.

Huber 2.jpgL'Imaginaire produit par effet de froideur une intensité particulière. Chaque lieu fluctue entre centre et absence et ouvre la partie cachée d'une réalité secrète. L’art ne cherche donc plus à singer vie : peuvent soudain se regarder la réalité du monde et ses phénomènes d'une part et l’art de l’autre. De ce dernier émerge la capacité d'exclusion de toute phénoménalité en un travail moins d'abstraction que de dépouillement dont la quintessence n’est en rien statique. Refusant le piège purement "descriptif" Thomas Huber se dégage d'un simple désordre émotif selon une ascèse qui accorde à la vision une profondeur en jouant sur les variations les plus simples pour tarir les sentiments inutiles et superflus.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/07/2016

Mariette Pathy Allen : trans-pass

Patty 3.pngFranchir la frontière, changer de corps touche autant au plaisir, à la jouissance qu’aux possibilités d’angoisse puisque les certitudes se voient interpellées par cette traversée. Mariette Patty Allen prouve que le genre d’origine n’est pas forcément le bon : le corps peut être mal programmé et doit ressusciter pour devenir glorieux en quittant la distribution première.

Patty 2.pngEntre temps il peut exister des temps de latence. La photographe proche de la communauté « LGBT » et dont les membres officiels ou non sont discriminés présente ce monde de manière positive et prouve que sa vulnérabilité n’est qu’une apparence. Elle illustre la traversée de la frontière du genre et combien l’accepter devient profitable. Au désir contourné, à l’empêchement se substitue la possibilité - hors culpabilité - de jouir d’être soi-même. Franchir le seuil du genre permet parfois d’exister, de sortir de l’isolement, du silence. Ce changement extrait de la pure illusion comme de l’errance et de la répétition.

Jean-Paul Gavard-Perret

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