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07/10/2015

Paradoxes de la lumière et de l’ombre : Gérard Lüthi

 

Luthi.jpgGérard Lüthi , « Le crépuscule de l’aube », Musée Jurassien des Arts, Moutier, du 25 octobre 2015 au 31 janvier 2016.

 

A Moutier où il est né et vit, Gérard Lüthi proposent des vues de Fribourg, Lausanne, Berne, Edimbourg et Saint-Pétersbourg entre chien et loup. Néanmoins cette transition indicible n’est pas forcément le temps du passage entre le jour et la nuit. L’artiste brouille les cartes au sein de fragments de réalités dont l’émulsion semble instantanée mais qui est reconstruite, sélectionnée et  mise en scène. Les surfaces de pierre ou de verre des édifices et monuments sont saisies entre ombres et  lumières. Les silhouettes entr'aperçues semblent autant des matériaux que des personnages. Ils suggèrent une mise en relation entre le portrait et le paysage. Et si la réalité semble quotidienne les images ne le sont plus : elles interrogent le regard et son aperception de la ville et de ses reflets..

Luthi 2.jpgLes corps installés dans le décor font que l’univers de tous les jours devient un espace symbolique. Gérard Lüthi crée un vertige puisque l’être est confronté à ce qui ne cesse de le fasciner. Mais de manière concomitante la  vacuité saute aux yeux et la solitude grandit dans ce qui instruit une poésie visuelle du temps et des lieux.  Chaque photographie crée une fissure dans le présent mais aussi un lien avec lui. Le vide auquel elle donne sens favorise le dialogue et l’écoute d’un vécu qui n’est pas rapporté sous le registre d’une banale autofiction. Le quotidien est soumis à des lignes de force sous-jacentes. Gérard Lüthi reste au cœur du réel mais il en éloigne toute idée de Paradis. Ses personnages vont d’erreur en erreur, au plus fort de l’exil intérieur dans ces narrations abyssales à la lumière paradoxale.

Jean-Paul Gavard-Perret

13:58 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

Cadastres de Mitch Dobrowner

 

 

 

Dobrower 3.jpgMitch Dobrowner est un extraordinaire photographe du paysage. Ses clichés sont réalisés en lumières naturelles. On retient souvent ses photos « atmosphérique »s - effectuées avec Roger Hill chasseur de tempêtes - de divers tempêtes et phénomènes imprévisibles. Mais le créateur est encore plus fascinant lorsqu’il photographie des paysages urbains ou naturels surcodés. Los Angeles et les déserts de l’Ouest américain sortent des visions stéréotypées. Le noir et blanc n’y sont pas pour rien. Et c’est un euphémisme.

 

Dobrower 4.jpgPour Dobrowner la couleur  paraît trop réelle et  quotidienne. A l’inverse  le noir et blanc permet de réinterpréter la réalité et de donner au créateur le possibilité d'offrir sa vision à travers des lumières et des ombres qui ne sont jamais les mêmes. Celui-ci ne cesse de réfléchir sur les changements de tensions perceptives. Il montre le monde afin que nous le regardions mieux et avec un certain frisson.  L’image devient velours plus que crépi râpeux. Sa  douceur embarque avec une part de mystère là où le monde quelle qu’en soit la nature s’impose de tout son poids sur des plaines ou des escarpements enfiévrés et parfois inquiétants. Tout tourne autour de leur labyrinthe dans le rectangle des photographies. Un plaisir particulier prend naissance aux seuils des sables des déserts et du pâté des villes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

10:19 Publié dans Images | Lien permanent | Commentaires (0)

04/10/2015

Harmonies et disharmonies de Roger Eberhard

 

 

 

 Eberhard bon 2.jpgRoger Eberhard crée un univers grotesque ou fantasmagorique  où le paysage demeure une énigme là où pourtant le réel semble saisi de manière brute. La lumière coule sur le paysage dans un brouillement intense en des prises aussi précises qu’impeccable. Les édifices - quel qu’en soit la qualité ou le genre - sont rendus « glorieux » jusque dans leur vétusté. La prise du Zurichois est franche mais semble située en lisière de la représentation « effective » afin de créer divers types d'interrogations proches des recherches d’un Martin Parr.  Eberhard multiplie des trous dans l’écorce du réel  et invente un concept d’espace-temps élastique. 

 

Eberhard bon.jpgLa transcription visuelle des lieux donne une idée concrète de la façon dont l’artiste le relie à la densité du contexte en ses agencements plus ou moins hirsutes.  Le regardeur ne peut qu’être rivé à ce type de paysages parfois  inquiétants. Leur plasticité porte vers les profondeurs de l'être bien au delà de toute propension psychologisante.   Chaque prise devient une manière d'appréhender une partie du réel entre la destruction et la pérennité,  le transi et le magnifié par une poussée immense d’une photographie attirante et qui prouve que « la beauté peut sauver le monde » (Dostoïevski) même lorsqu’il s’agit de ce qu’il en reste dans sa misère ou sa ruine

 

 Jean-Paul Gavard-Perret

 

16:05 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)