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04/01/2016

L’Hourloupe urbaine de Jean Dubuffet

 

 

Dubuffet.jpgJean Dubuffet, « Metamorphosen der Landschaft », Fondation Beyeler, Bâle & Hatje Cantze, Zurich & Berlin, 232 p., 58 E., 2016.

 

A la question du paysage Jean Dubuffet a apporté une réponse particulière. L’artiste métamorphose le lieu urbain par diverses incursions intempestives. Ces fragments « remplacent » ce qui fait habituellement le paysage. Ils le pulvérisent, en défont les contours codés, le remettent en jeu en un nouveau mouvement d'apparition. La peinture paysagère devient l’explosion multicolore de l’asphalte et du béton. C’est pour Dubuffet une lutte incessante contre l'asphyxie de la ville dans laquelle la notion d'usage communautaire est de plus en plus polluée à tous les sens du terme. La peinture se transforme un produit anticoagulant par rapport au réel paysager.

 

Dubuffet 2.jpgD’où la création de ce qui devient une résistance aux forme et au sens de la ville. Sortant du réalisme, la figuration (du moins ce qu’il en reste) ne bégaie plus. Les mouvements corpusculaires colorés creusent le paysage admis par le souffle désaccordé des tableaux. Ils illustrent le vide de l’urbain et la formule de Lacan "Là où ça parle, ça jouit, ça sait rien". La peinture émet le réel pulvérisé par la débâcle de l’image et l'atomisation de ses formes. Surgit un gai savoir lucide et donc un peu cruel. Il fait tomber bien des illusions conviviales, sociales, idéologiques et épistémologiques. Le réel se transforme en une chorégraphie hirsute. « Hourloupe » parmi les « hourloupes » elle dit quelque chose du dehors et du dedans mais qui ne s'identifie entièrement ni à la vacuité dépressive, ni à une plénitude simplement formalisée.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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03/01/2016

Addictions et apories de Pascal Tarraire

 

Tarraire bon.pngDe sa chambre noire Pascal Tarraire fait surgir l’ombre et la lumière des femmes selon une étrangeté magique, un érotisme particulier. La manifestation de la vie - parfois sous le triangle divinement perceptible - reste cependant subtilement montré/caché. A l’imaginaire d’imaginer encore même si le photographe laisse des indices dont nous lui savons gré. Le cœur de chair revient à la rencontre du voyeur sans qu’il ne soit invité à se satisfaire de ce qui est montré.

 Tarraire 2.png

Tarraire bon 2.jpgC’est sans doute de la part de Pascal Tarraire un jeu mais aussi une manière de porter sur le corps féminin une attention douce et subtile. La saveur s’alimente d’une forme d’aporie suggestive. La femme est tout autant Lilith qu’abbesse. Un ruban ou un voile de tendresse enroule son corps mais le ruissellement d’une main au fluide paisible mêle la séduction à un vide. Dans l'escarpement du vallon le soupir s'éternise entraîne la fracture irréductible. La tentation devient pressante : soit calfeutrer les portes, soit reprendre une place dans le trafic des espérances suffit. Inutile de sans songer aux déceptions d'avant.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Pascal Tarraire, « Corps partagés » Edition La Chambre, 2015.

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02/01/2016

Le "clavecin" minimaliste de Max Leiss

Leiss 2.jpgMax Leiss, Kunsthaus Baselland, du 20 Janvier au 6 Mars 2016.

 

Les « pièces » de Max Leiss sont à la fois des sculptures à part entière mais tout autant des installations minimalistes. Elles sont confectionnées à partir du métal du bois, du béton ou de fil de fer. Le spectateur est saisi par des ensembles architecturaux qui répondent à ceux de l’espace où ils sont insérés. Des « constructions » émane un genre particulier d’émotion. Différentes sensations, atmosphères, modes de fonctionnement permettent de porter attention tant sur les œuvres que leur lieu d’installation et la composition de telles confrontations. Cette relation à l’espace passe par le corps du regardeur. Il est traversé par des flux contradictoires d’émotions. La singularité de l’œuvre résonne dans tout l’être.

Leiss.pngL’œuvre échappe aux classements et aux protocoles communs. Il existe de nouvelles « annonciations ». Elles appellent des « incarnations » plus pressenties que données. Max Leiss ramène vers une néo-Renaissance. Le regardeur ne doit pas chercher un mètre-étalon pour l’estimer. Il doit se laisser aller à une démesure par les relations minimalistes que l’artiste propose et peut s’éloigner ou se rapprocher des œuvres pour les envisager de manière globale ou pièce par pièce. La saisie morphologique se réalise par différents mouvements de « prise ». Chaque œuvre reste un territoire d’hypothèses. Des formes inconnues dégagées des conventions et de la trivialité des matières et des situations surgit une abstraction inédite.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:20 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)