gruyeresuisse

02/02/2019

Jordan Sullivan : sidérations en épures

Jordan Sullivan.jpgJordan Sullivan donne sa propre réinterprétation du paysage entre le désert et la mer. Il rassemble après "After the Funeral" et dans ce second livre 41 images tirées des déserts de la Californie, de Trinidad et Tobago et de la côte danoise. Le photographe offre sa plénitude à de tels paysages qui a priori pouvaient s'en passer.

Jordan Sullivan 2.jpgMais le support géographique n'est qu'un prétexte à une entreprise plus ambitieuse. Et les oeuvres nous portent là où les jambes ne sauraient le faire. Preuve que la beauté de certains lieux est moins visible dans la cage du réel que dans de telles transpositions.

Jordan Sullivan 3.jpgLes lieux réels ou saisis sont sous un même ciel mais ils ont chacun le leur. Et la photographie devient un miroir particulier. Il creuse la structure du paysage au moment où le roc n'est plus porteur de cité mais de solitude. Elle devient ici la dame capricieuse qui permet au cadre de n'avoir de portrait que lui-même. Ce qui n'empêche pas d'y franchir ce que chacun a dans ou sur le coeur.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jordan Sullivan, "Hallucinations", Jane & Jeremy publishing, Londres, 2019.

 

 

 

 

01/02/2019

Sasha C. Bokobza : le réel et ses oscillations

Bokobza 3.jpgSasha C. Bokobza provoque un éloignement du réel sans l'oblitérer. Se dissociant du leurre réaliste elle prouve que voir ce n'est plus percevoir mais d'une certaine façon un "perdre voir" (tout autant un « sur voir ») puisqu'un tel choix viole les lois de la représentation et le matérialisme pour donner au réel une chair vivante et inédite.

Bokobza 2.jpgCet art transforme chaque objet en sujet. Se crée un dialogue entre l'artiste et le monde.. Elle renoue avec les forces non seulement primaires de la force des choses mais avec celles que l’art lorsqu’il n’est pas dévoyé peut proposer et en premier lieu cette fameuse beauté convulsive que l’époque a fini par oublier.

Bokobza.jpgLa peinture a pour visée de sortir de l’enfer terrestre et de lutter contre la part du corps martyrisé par son absence de spiritualité ou par la présence de la misère. Et Sasha C. Bokobza invente une peinture aux multiples facettes qui scrutent les intérieurs des lieux entre réel et fusion .

Les œuvres deviennent des zones de fouilles capables d’atteindre le vortex de la machinerie du réel pour figurer des jaillissements. L’artiste récupère diverses traditions pour les adapter à sa propre affectivité et sa mentalisation. Tout est poussé au paroxysme mais sans la recherche de l'effet pour l'effet. La peinture devient l’acte de faire non un discours mais un corps qui bouge, sort, s’use, recommence. S’y éprouve l’action du sens et de l’émotion. S’y ressentent différents degrés d’ouvertures ou d’étranglements.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l'artiste.

Franz Gertsch : actuel et inactuel

Gertsch.jpgFranz Gertsch, "Bilder sind meine Biographie", Kunsthalle, Biel jusqu'au 24 fevrier 2019.

 

Sous les titre "Les images sont ma biographie" , le peintre né à Morenges présente à la Kunsthalle des portraits monumentaux, des tableaux de groupe et des paysages qui illustrent son parcours de 1961 à nos jours. L'hyperréalisme donne à sa saisie du monde en dehors de l'émotion pseudo évocatrice du souvenir mais par la force de l'instant, de l'instantané.

Gertsch 3.jpgDans ses mises en scne il recompose l'histoire. Ou des narrations d'hier et d'aujourd'hui. Celles dont les images sont le miroir même si Gertsch leur donne une dimension plus universelle.

 

Gertsch 2.jpgL'artiste se veut le maître par leurs captures de l'espace intérieur ou extérieur. Entre douleur et extase il montre un tout qui n'est rien. Demeure néanmoins un enchantement optique aussi actuel qu'inactuel. Il cherche encore - voyeur parmi les voyeurs - les clairs de lune de vie sexuelle ou non en ce qui tient de remises en scène. Chaque prise reste un parapluie contre le temps : s'en égoutte des songes dont la légende brûle.

Jean-Paul Gavard-Perret