gruyeresuisse

02/11/2020

Uta Ruhkamp la croqueuse ou la bouche dans tous ses états

Ruta 2.jpgEn écho à lexposition "On Everyone's Lips. From Pieter Bruegel to Cindy Sherman" au Kunstmuseum Wolfsburg, du 31 octobre 2020 au 2 avril 2021, Hatje Cantze propose sous le direction de Uta Ruhkamp un livre magitral. Il fait retour via les arts à un stade et un lieu dont Freud a offert bien des "ouvertures".

Uta 2.pngBouche, lèvres, dents comme vecteurs de paroles, douleur, plaisir, crachat, nourriture, luxe restent des éléments et aussi des lieux que la science et la médecine ont étudié. Mais l'art n'est pas en reste : il dit ce que la bouche "fait" et ce que ses mots taisent. Les essais du livre sont là pour inventorier un tel passage du dehors au dedans. Tout est examiné  à travers les images des grands artistes mais aussi celle d'ethonogie. Elles permettent une révision culturelle à travers le temps et l'histoire de Bruegel à Cindy Sherman.

Ruta.jpgMalaxer, engorger, gêner la fluidité de l’objet bouche permet parfois d'en déréaliser le sens ou de provoquer à l'inverse un malaise. Face à la fermeture stabilisée des images admises celles de cet ensemble deviennent les indicateurs anticoagulants à une présence normalisée. Une suite de glissements et d’incartades obligent un questionnement. L’oeuvre n’a plus rien d’un simple miroir. Une certaine «laideur» y est même convoquée parfois pour réveiller le regard.

Jean-Paul Gavard-Perret

Uta Ruhkamp, "On Everyone’s Lips. - The Oral Cavity in Art and Culture", Hatje Cantze, Berlin 352 p.

29/10/2020

Fanny Gagliardini l'attentive

Gagli.pngEn écho aux oeuvres de Jean-Bernard Butin, La créatrice touche par ses créations plastiques sinon aux idées pures du moins à l'essence du réel par delà le temps. Ses voyages de mémoire se poursuivent. Allant parfois jusqu'à des visions conceptuelles l'artiste propose des jeux d'absence en épures qui peuvent alterner avec ses "plénitudes" et des "traversées".

Gagli 2.jpgFanny Gagliardini possède une façon inimitable - et même parfois ludique - de faire sourdre l'invisible. Le monde est éprouvé pour ce qu'il est vraiment : un espace où les formes ou leurs nimbes reprennent leur signification dans une savante simplicité.

Gagli 3.jpgDans des tremblements ou des éléments compacts un espace de haute lucidité apparaît. Preuve que Fanny Gagliardini reste une virtuose. Une sorte d'inconcevable saisit et emporte dans une fusion entre pensée et sensibilité pour rêver éveillé et enlacer la vie.

Jean-Paul Gavard-Perret 

Fanny Gagliardini, "Reflexion. Reflexio", Musée dArt, Hotel de Sarnet de Grozon, Arbois, 2020.

27/10/2020

Barbara Puthomme : le zèle du désir

Puthomme.jpg

Pour Barbara Puthomme l'être humain est un drôle d'oiseau. D'où l'importance qu'elle accorde aux volatiles tout comme aux femmes ailées qui pour autant ne sont pas volages. Celle qui est aussi philosophe dialectise le monde en remplaçant le discours par la plume - ce qui est un moyen de plus d'entretenir une dualité presque confondante. S'y saisit ce qui ne peut se penser, ce qui ne se pense pas encore.

 

Puthomme 3.jpgIssue du corps vivant, la matière plume, tendre, légère, colorée permet en des techniques mixtes où se mêlent le crayon et les paillettes - de créer énigmes et mystères en une sorte de perdre-voir où le dessin lui-même n'est qu'un élément de l'onirisme que la création met en jeu. Le mystère non seulement demeure : il s’approfondit. Il n’existe jamais de verdict.

Puthomme 2.jpgDes archétypes renaissent sous la main de le sorcière chamanique. Peu importe la déroute des brises : tout un monde voyage mais ne dort pas au ciel. Ce qui est montré s'imagine, se rêve en un mixage non seulement des matières mais des temps. Dans le cadre du plan et sa réduction un élargissement a lieu lié à l’histoire des sociétés et l’impudeur des regards. La clôture de l'ombre appesantie semble se diluer d'un cri des oiseaux et d'oiselles.  Sur leur corps le soleil glisse afin qu'ils ou elles se trouvent, fardé(e)s, dans la plus grande clarté : celle du secret.

Jean-Paul Gavard-Perret

Barbara Puthomme , "J’aurais voulu que la Cinquième Avenue se souvienne des pistes indiennes", Galerie LIGNE treize, Genève - Carouge, du 31 octobre aui 28 novembre 2020.