gruyeresuisse

09/01/2019

Les jardins des délices de Sanam Khatibi

Khatibi 2.jpgSanam Khatibi remonte aux sources d'une sensualité innocente et bienheureuse. Le tout sans se soucier de qui fait quoi pourvu que l'ivresse soit présente. L'artiste cultive l’incongruité, l’audace, d’extraordinaires concrétions d'un porno-syncrétisme des figures et des situations. La notion d'érotisme redevient la seule morale élémentaire. Les noeuds familiaux n'y sont que des voeux pieux relayés par d'autres félins à fouetter - mais pas que. Car Sanam Khatibi ignore la violence. Une beauté insolite parce que première risque de faire frémir les tièdes, les pisse-froid, les blêmes.

Khatibi.jpgSe retrouve ici une peinture "indienne" au sens où Achille Chavée l'entendait. L'artiste ignore les pères et les repères. Que viendraient-ils faire dans ce jardin d'Eden ? Pour l'évoquer le créateur échappe au formalisme : demeurent les sensations fortes à force d’ironie cinglante et de débordements qui excèdent morale et normalité. Des tortillons de couleurs tendres éloignent de tout diktat moral : tout enjoint de ne pas louper ce qui est désormais estimé comme crimes ou sens interdits. Ils ramènent à la ruche où la femme n'est pas Eve fautive mais la portion de miel qui nourrit la nature et la spermatosphère. Elle règne plus en amante qu'en mère sur nos trous de mémoire où s’abreuvent au besoin l’inceste ou l'animal.L’humanité s’avance à croupetons en s'invaginant et tout compte fait ce n'est pas la plus mauvaise des solutions.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sanam Khatibi, "The Murders of the Green River", Galerie Rodolphe Janssen, Bruxelles. « My garden is wilder than yours », Posture Editions,n 2019.

 

08/01/2019

La réalité alternative de Chris Dorley-Brown

Dorley 3.jpgChez le photograhe britannique Chris Dorley-Brow, la figuration du réel est toujours tirée au cordeau et à quatre épingles. Mais pour mettre à mal les sujets classiques que l'artiste feint de montrer. Il crée des décalages avec humour corrosif et dérisoire là où le propulsif l’emporte sur le prostré, le viscéral sur le statuaire. Autodidacte, le photographe a fait ses "classes" dans l'East London des années 70 et plus particulièrement dans des rues du quartier de Hackney. C'est pourquoi certaines de ses prises ne sont pas sans rappeler le "Blow up" d'Antonioni.

 

Dorley.jpgChris Dorley-Brown installe son appareil pour capturer l’activité de la rue. De retour au studio, il superpose les moments qui en résultent dans une composition étrange où tout bascule de la réalité vers le songe. Jaillit une marge de l'image et de la réalité. Les deux sont portées vers la drôlerie et le mystère. Le photographe tient pour dogme le mépris des contraintes naturalistes. La rue est sublimée en un surréalisme particulier.

 

Dorley 2.jpgEn un dispositif continuel d’hybridation invisible Chris Dorley-Brown crée un fantastique très particulier. Le polymorphe rode sans cesse et fait glisser les apparences sur divers plans. Les cadrages et la lumière fomentent des images ambiguës et déconcertantes. S'en suivent des quiproquos. La technique qui préside à la "réalité" et à la fermentation du «photographique» devient un moyen de plonger l'apparence vers une nouvelle interrogation.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Chris Dorley-Brown, "The Corners", Rober Koch Gallery, San Francisco, du 5 janvier au 2 mars 2019.

 

Jürg Stäuble : les coups du silence

Stauble bon.jpgJürg Stäuble «Sog», Mark Müller, Zurich, du 12 janvier au 2 mars 2019.

 

De chaque installation de Mark Stable un événement surgit. A lui-même. De rien. Il a lieu et lieu d’être en se manifestant dans l’éclaircie de l'espace. Son ciel où tout ce qui prétend contenir est en suspens. L'oeuvre traverse le néant. Chaque création devient une exclamation dans le vide éclaté. En l’ouvert se contemple son accès, dans le rien peut se chercher son secret à travers des jeux de lignes ou de concrétions.

 

Stauble.jpgNous sommes dans la faille du temps, dans sa brèche. Jürg Stäuble leut fait barrage en tentant de repasser de l'eau dormante des images à leur eau bouillonnante. Il fait appel au vide pour le combler. Comme si l'image ne se quittait pas mais changeait de formes dans la vie matérielle du vertige. L'espace se paraphe d'étranges contours. Ils indéterminent des possibilités de reconnaissance là où le silence se fait.

 

 

Stauble 3.jpgJürg Stäuble refuse les réponses militantes dans ce qui tient d'un "cinéma" fixe muet. Le temps passe. L'espace est traversé. Le créateur propose des images comme des philtres mystérieux. Elles unissent et séparent. L'art peut parler une langue étrangère, extraordinairement mutique. Elle transforme les omissions en présences, vies d’angles, élévations, horizontalités ou obliques, moins par facilité qu'instinct de survie au sein de l'énergie statique de cérémoniaux étranges. Ils ne rendent pas forcément la tête légère mais approfondissent la perception.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

07:48 Publié dans Images | Lien permanent | Commentaires (0)