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23/06/2020

Pusha Petrov | Emmanuel Wüthrich : éphémérides

Wut.pngPusha Petrov | Emmanuel Wüthrich, "Passer", Espace d'Art Contemporain, Les Halles, Porrentruy, du 28 juin au 13 septembre 2020

 

Le jurassien Emmanuel Wüthrich expose pour la première fois la totalité de ses 18 années de travail quotidien autour du cyanotype (procédé photographique permet d’obtenir un négatif en exposant une surface photosensible aux rayons ultraviolets) dont il expose ici l'intégralité. Le septième volet du cycle "Passer" propose aux visiteurs des milliers de prises de vues d’instants uniques - un espace-temps compris entre le 1er janvier 2002 et aujourd’hui. Elles sont disposées sur deux murs de l’espace d’exposition. D'où cet immense calendrier des jours, semaines, mois, années qui donne l'impression d'une fatalité du temps précieuse car éphémère.

 

Wut 2.pngL’image obtenue - un négatif monochrome bleu de Prusse de 8x10 cm. - révèle une empreinte unique de lumière. Et ce projet, toujours en cours d’évolution, compte aujourd’hui plus de 6750 prises de vues. De telles traces témoignent du temps  en une constante universelle mais également une évocation du temps qu’il fait, ou faisait, comme un garde-fou d’une mémoire vacillante. L’artiste présente l’année 2020 dans sa boîte, exposée fermée : cette mise en scène renvoie à la période de confinement que le monde vient de connaître.

 

Wut 3.pngL’artiste jurassien a désiré collaborer avec la Roumaine Pusha Petrov rencontrée en 2019 lors de sa résidence à la Cité internationale des arts à Paris. Les deux artistes se retrouvent autour du procédé du cyanotype pour créer une œuvre originale éditée à l’occasion de l’exposition. Ils abordent une problématique similaire afin de questionner notre rapport aux objets et créer une réflexion commune autour de la notion de transmission en proposant des cyanotypes sur des courroies en cuir plates. Agrafées les unes aux autres, ces lanières prennent place au centre de l’espace d’exposition et poussent encore plus le spectateur à s’interroger sur la valeur donnée aux objets et au monde qui le cerne.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

22/06/2020

Thomas Paquet : objectif lune

Paquet Bon.jpgThomas Paquet est un artiste franco-canadien que l'on pourrait pour classer (trop facilement peut-être) parmi les minimalistes. Son approche s'articule autour des notions d'espace et de temps. Refusant la pléthore d'informations et la vitesse qu'impose le monde numérique il explore la matière avec patience et considère la photographie comme un art dont on ne peut ignorer la "façon".

 

Paquet 2.pngC'est pourquoi le film argentique est souvent au cœur de son processus de création. Il utilise des techniques alternatives (Polaroid, impressions au collodion humide, tirage à la gomme bichromatée) pour casser la représentation de la réalité.  Bref il brouille les frontières entre science et poésie, matérialité et abstraction, objectivité et subjectivité.

Paquet 3.pngSon oeuvre "Eclipse Lunaire 21-01-19" reste un exemple parfait de ce travail. Paquet passe de la perception d’un phénomène rare (l'éclipse) au fait de réellement voir ce phénomène. L’idée était au départ de capter la trajectoire de la lune pendant ce moment particulier et de traduire la dynamique du cosmos. Mais, dit l'artiste "Soudain, j’ai vu apparaître deux traits, comme des coups de pinceaux qui auraient été créés par les astres". Et ces traits deviennent l'équivalent du trou rouge sur la peau de Dormeur du Val de Rimbaud. Jaillit une illumination magique. Elle dépasse le phénoménal pour que la magie apparaisse et transcende autant le réel que l'irréel.

Jean-Paul Gavard-Perret

Thomas Paquet, "Eclipse Lunaire 21-01-19", Galerie Thierry Bigaignon, Paris, 2020.

20/06/2020

Vicky Martin et l'image "saccharine" des femmes

Martin bon.jpgVicky Martin est une photographe reconnue dans son pays d'origine (Royaume uni) comme à l'international. Son travail continue remporter de nombreux prix et nominations. La plasticienne explore l’identité et les émotions qui sont créées par ses scénarios. Ils mélangent le réel et l'imaginaire avec humour. De tels récits explorent l’attitude envers la beauté. Certains soulignent la nécessité de passer ouvre les attentes sociales, d’autres explorent comment ces stéréotypes entrent en conflit avec ce que signifie être une femme.

Martin.jpgDivers conflits entre la réalité et son fantasme forcent le regardeur à se poser des questions. Chacun y apporte ses propres perceptions et grilles de lecture. L'objectif de l'artiste est toujours le même : "Mon intention est de transmettre ces émotions et de les combiner avec des sentiments contradictoires d’ambivalence et de défi, car mon personnage est submergé par la pression sociale pour se conformer à l’idéal féminin." à travers portraits et natures mortes.

 

MarTin 2.jpgVicky Martin illustre la poursuite de cet idéal inaccessible de l’identité féminine. Dans cette série la créatrice ramène aux années 50 qui ont souvent conduit des femmes à ressentir des sentiments intenses de solitude et d’isolement. A cette époque elles ont été façonnées pour devenir "une image saccharine de la femme parfaite, de la femme parfaite et de la mère parfaite." dit-elle. Sa protagoniste et ses clones continuent de ressentir la même pression dans la société actuelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

Vicky Martin, "(great) Expectations", www.vickymartinphoto.co.uk