gruyeresuisse

12/10/2020

Anaëlle Clot : Ouvrir

Clot.jpgAnaëlle Clot, "Herbier - Donner au petit le grand qu’il mérite", Fresque murale, Lausanne, "L'amour s'écrit à la main", Édition Cric, Collection du sac, n°4: Épistolaire, 2020

Clot 2 bis.jpgEntre une fresque murale et un sac en papier il semble y avoir un monde. Pour autant la créatrice les rapproche dans une sorte de "street-art". Pour la créatrice "Un sac en papier (est) un peu comme le sachet surprise au kiosque du coin" sur lequel et entre autres "L'amour s'écrit à la main". S'y retrouve à l'intérieur, un livret de poèmes d'Anton de Macedo à découvrir à l'aide d'une grille de lecture, un vrai timbre pour recevoir une carte de l’écrivain, des cartes postales illustrées et deux planches de vrais faux timbres. C'est aussi une une manière et une matière de recréer des échanges à travers l'objet le plus coutumier et la créatrice d'ajouter  "partager l’affection que nous éprouvons pour cette pratique  nous avons pensé ce sac."

Clot 3.jpgQuant à sa fresque, elle répond à une autre manière d'entretenir un échange dans la rue. L'artiste a investi l’Édicule de Rumine de Lausanne pour y réaliser une fresque de neuf peintures (un Timelapse de la réalisation de celle-ci est visible sur le site de la ville de Lausanne). Imaginant l'édicule comme "un champignon au milieu des arbres", elle l'a entouré de ses compositions à thématique végétale colorée et gourmande.

 

Clot 2.jpgDès lors un lieu de passage et d'attente pour les passagers des bus, devient un espace soudain d'arrêt car "L'herbier" pictural de l'artiste stimule l'imaginaire. L'édicule se transforme en espace d'expression artistique et donc le socle de rêveries et de repos (ce n'est pas incompatible). Comme l'écrit Annaële Clot "Ces peintures deviennent ainsi des fenêtres sur de mystérieux paysages."

Jean-Paul Gavard-Perret

11/10/2020

Celine Cadaureille : cas d'espèces

Cadaureille.pngLes bustes et pièces qui sont présentés par Céline Cadaureille à Lyon se situent dans la suite de sa quête. Celle-ci peut se qualifier de postsurréaliste  mais pas seulement. L'identité y est reprisée ou torturée de diverses façons. Pas pour autant de violence affichée. Au-delà de toute entité close, l'artiste propose un regard inconnu fait d'un corps espace débordant ou troué mais qui n'ignore rien de la densité de l'existence.

 

 

Cadautreile 2.jpgChaque sculpture agit comme le signe d’une émotion au bord du maelström de matières, elle irradie, bande, désagrège ou réorganise, elle fabrique un bloc d’énergie pure mais  en diverses dissonances programmées. Même Aphrodite en prend pour son grade dans un exercice de cruauté. Et les œuvres sont autant une autopsie de notre époque qu’une réponse plus générale à ce qui fait violence à l’être. Elles illustrent combien cette violence est un état permanent, un désaccord profond avec soi-même et le monde.

Cadaureoille3.jpgNéanmoins l'approche est régénérante même lorsque au rouge sang font place des couleurs délavées et de grandes coulées noires. A coté des bustes certains objets deviennent des segments de rivière mélancolique couverte d’une pellicule végétale nacrée . Mais là encore il faut se méfier des surfaces. Surgissent dans tous les cas des paysages intérieurs, des lieux subtilement déréalisés par l'artiste là où la dimension rêveuse devient narcotique et vénéneuse. Souvent avec humour. Mais pas toujours. Car on ne peut sourire de tout.

Jean-Paul Gavard-Perret

Céline Cadaureille, "Face à face", du plâtre au grès", Musée des Moulages, Lyon, du 19 septembre au 28 novembre 2020

10/10/2020

L'image dans l'image : Cristina Rizzi Guelfi

guelfi 3.jpgSelon la suissesse Cristina Rizzi Guelfi "nous avons besoin d’un visage " pour assurer notre psyché selon un processus de reprise égocentrée ainsi réassuré. D'où le succès des selfies. Ils deviennent le système de narration et de petite comédie d'une auto-starification du pauvre particulièrement dans une époque où les réseaux sociaux tiennent lieu de communication aussi frénétique qu'illusoire.

guelfi 2.jpgMais toutefois Cristina Rizzi Guelfi détourne le selfie en illustrant à la fois son importance, son leurre, et comment ce dernier peut fonctionner. L'artiste en revéle les possibilités de tricherie de manière volontairement visible et tout autant enjouée. Elle prouve combien ce leurre est non seulement un attrape nigauds mais un attrape-toi toi toi-même. La  serie «nous avons besoin d’un visage [?]» est donc là pour se moquer d'une pratique obsessionnelle et  réparatrice.

guelfi.jpgLa créatrice, en remplaçant les visages par des photographies achetées à une banque d’images d'archives américaines des années 1950 et 1960, montre à la fois que le visage peut devenir ce qu'il est - à savoir un mensonge - et qu'une société mondialisée fondée sur l’apparence et l’image de soi, oblige à une convulsion médiatique liée à une sorte de blessure narcissique. La représentation d'une apparence physique tente de la colmater  au moment où le visage étant celui d'un autre reste néanmoins et par procuration le monograme d'une psyché ironiquement sauvée par la démonstration de la créatrice.

Jean-Paul Gavard-Perret

Cristina Rizzi Guelfi ,«nous avons besoin d’un visage [?]», https://www.instagram.com/cristinarizziguelfi/?hl=it