gruyeresuisse

14/07/2017

Le tact et le tactile : Elise Bergamini

Bergamini.jpgLes œuvres d’Elise Bergamini sont des propositions minimales qui tirent des plans sur la comète. Dans le peu se fomente des extensions. Tout est en place pour qu’elles deviennent possibles. L’artiste bâtit des nids suspendus à trois fois rien. Ce qui fait que quelque chose se fomente dans le presque vide. Existe l’organisation de cachettes que rien ne dissimule. Un sein est voilé par l’air libre.

 

 

 

 

Bergamini 2.jpgDe l’air il en existe toujours en de telles œuvres. Il est non marqué mais inclus. Il oriente le dessin. Il est sur quoi celui-ci s’appuie et avec quoi il joue au sein d’une sorte d’apesanteur. Chaque proposition semble une réponse pertinente à une somme d’essais. Tout est dans le tact, en un toucher effusif presque sentimental. Ce dernier convoite les yeux. L’inverse est vrai aussi. Tout semble flotter, tendu, porté. L’image ne décore pas : elle suggère l’intimité.

Jean-Paul Gavard-Perret
Coffret Elise Bergamini Littérature Mineure, Rouen, 2017, 25 E.

12/07/2017

Céleste Boursier-Mougenot : avec le temps


boursier 1.jpgCéleste Boursier-Mougenot, « Temps suspendu », CACY Yverdon, 15 juillet - 24 septembre 2017

Céleste Boursier-Mougenot présente à la fois une intervention extra muros au village de Vercorin dans les alpes valaisannes, et intra muros, à Yverdon-les-Bains. L’artiste y poursuit l’exploration - à la fois muséale comme en action et in situ - de sa recherche sur le mouvement et couleur. Au moyen de filtres de couleurs sur les vitres des cabines, il prouve qu’un téléphérique ou un télécabine est non seulement un véhicule mais « belvédère en mouvement » propre à la rêverie.

L’artiste s’interroge sur les conditions de connaissance et les types de regards qui peuvent se porter sur la montagne d’aujourd’hui et au moment où elle est devenue un territoire marqué par une forte colonisation architecturale et technologique. Mais il a le mérite d’échapper au format documentaire classique. Il modifie la perception du paysage par son parti-pris formel ambitieux. Et ce avant une autre « exposition organique » dont nous parlerons plus tard.

Jean-Paul Gavard-Perret

14:12 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

11/07/2017

Niele Toroni et le lapin


Toroni.jpgLe Tessinois Niele Toroni reste un prestigieux faux plaisantin de l’art. Tout théoriquement est fait dans son œuvre - depuis l’époque où il fut cofondateur du groupe BMPT avec Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier – pour dégommer son art. Toutefois ce n’est qu’une apparence. Résolument placé entre l'art conceptuel et minimaliste, Niele Toroni, est resté sur les mêmes fondamentaux en revendiquant un degré zéro de la peinture. Refusant les items inhérents à l’art il demeure fidèle à l’injonction première du groupe « NOUS NE SOMMES PAS PEINTRES ! ».

Voire… En donnant un coup de pinceau No50 tous les trente centimètres sur son support blanc il a peu à peu construit une œuvre d’envergure. A sa manière la fable de « Lapin Tur » - écrite en 1976 et à nouveau disponible - signe la fausse mort de la peinture. Toroni se moque du décès programmé. L’artiste a su renouveler les fondamentaux de l’art par ses accords et désaccords des couleurs, la transformation des règles de la composition, le refus de l’imagination, de la valorisation du geste et de l’ego de l’artiste, de son intériorité plus ou moins profonde ou creuse.

Toroni 2.jpgLa fable est aussi occasion de multiplier les plaisanteries et les jeux de mots de derrière les fagots de l’exilé à Paris. Manière de prouver que la peinture sans « l’esthétisme, des fleurs, des femmes, de l’érotisme, de l’environnement quotidien, de l’art, de dada, de la psychanalyse » a encore beaucoup à dire. Et surtout à montrer. Le lapin a la vie dure et il peu conjuguer des mondes dont la syntaxe s’étend. Il sonde le monde en lui donnant plus d’œil et d’oreilles possibles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Niele Toroni; «L'histoire de Lapin Tur», Editions Allia, Paris, 2017, 48 pages.