gruyeresuisse

19/09/2018

Jen Devis : elle et lui

Stephen.jpgAyant constaté – après la publication de son livre « Eleven Years » que « presque tout ce que je voulais dire à propos de mon corps avait été dit. Il était difficile de continuer à faire les types d’images que je faisais depuis plus de dix ans ». Jusque là Jen Davis scénarisait sa vulnérabilité. Pour en sortir elle a d’abord porté son appareil sur vers une communauté de femmes culturistes. A travers elles l’artiste découvre une transformation physique qui lui permet de trouver une confiance en elle.

Sephen 2.jpgDe plus (et surtout) en photographiant les culturistes,elle a rencontré celui qui est devenu dit-elle « sa première relation adulte ». Elle s’est mise à capter les moments partagés avec Stephen en tant que sujet de désir et - entre autres ou surtout - du sien. L’homme n’est plus un modèle ou un acteur mais « du » réel non fabriqué pour « faire » une photo.

Stephen 3.jpg«Stephen et moi» est donc une célébration de l’amour et dit la plasticienne « le rappel de ce qui manquait tellement dans ma vie: la proximité d’un lien émotionnel et physique ». Néanmoins la série échappe au narcissisme et l’autocélébration. Existe une incantation et une méditation sur ce qu’il en est de l’amour. Il n’est pas forcément magnifié : apparaît en filigrane des peurs et une insécurité. Certaines images les trahissent.
Jean-Paul Gavard-Perret

Jen Davis, "Lits et Fenêtres",  Lee Marks Fine Art, Shelbyville, Indiana, du 10 septembre au 4 novembre 2018.

 

Leonhard Hurzlmeier : révision des clichés

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Le jeune peintre Leonhard Hurzlmeier revisite la tradition de nu féminin à travers l’humour qui casse les clichés sociaux et plastiques. Il crée des perspectives surprenantes, fantaisistes mais plus profondes qu’il n’y paraît. Au“ C’est tout » du nu répond un moyen de le faire résonner autrement et de perdre le voyeur dans le lieu de sa voyance. La femme n’est ni sainte, ni prédatrice elle vit sa vit, se moque de ce qu’on attend d’elle.

 

 

Hurzlmeier 2.jpgSans doute la question du sexe hante l'art mais Hurzlmeier introduit l'inadéquation fondamentale de la peinture aux images classiques du féminin. L’érotisme se montre en divers écarts là où la femme semble s'offrir presque toute entière. Le corps soudain redevient le lieu du paroxysme, de la ré-énumération et non de la rémunération attendue. La femme n'est plus enclose pour n’être que le « pauvre » jouet du mâle, elle redevient magique et foudroie. Il n’existe pas des noces érotiques mais se précise une remise en jeu le désir. La femme pénètre le voyeur qui ne la pénètrera jamais. L’intime n’est qu’extime vibrionnant et enjoué.

Jean-Paul Gavard-Perret

Leonhard Hurzlmeier, « Neue Fraulen », Hatje Cantz, Berlin, 2018.

18/09/2018

Yannick Bonvin-Rey : une histoire de soupirs

Yannick Bonvin-Rey, "Peinture et encre", Galerie Marianne Brand, Carouge, du 20 septembre au 18 octobre 2018.

Bonvin.pngYannick Bonvin-Rey, à travers ses différentes techniques, crée des images qui ne sont pas que surfaces ou peaux. L’artiste entame une desquamation et un tatouage loin de toute posture psychologisante. L’abstraction tend moins vers le ciel que la terre.

Bonvin 2.pngLa créatrice y souffle le froid et le chaud. Le souffre n’y est plus mortel. Et si les images et les techniques sont choisies par souci d'économie sémantique, elles le sont aussi pour la rythmique qu’elles génèrent et les opérations qu’elles permettent.

 

 

Bonvin 3.pngSe méfiant des effets de décor dans lesquels ceux qui se prétendent des envoûteurs croupissent, Yannick Bonvin-Rey est à la fois plus humble et plus profonde. Elle tire des sépulcres  des formes en résurrection. Par souffles obscurs elles reviennent à la lumière en sortant des bouches d’ombres.


Jean-Paul Gavard-Perret