gruyeresuisse

25/12/2017

Koto Bolofo : de dos ou de face

Koto Bolofo bon.jpgEnfant, Koto Bolofo a quitté l’Afrique du Sud avec sa famille exilée politique pour venir s’installer en Grand Bretagne. Il est devenu photographe de mode (Vogue, GQ) mais bien plus encore. Au moyen de réglages simples, avec une lumière naturelle et un vieil appareil argentique, il crée des images intimistes très fortes en textures et qui se dégage de toute temporalité ou contexte

 

 

 

Koto Bolofo.jpgCe travail résume toute l'ambiguïté et l'enjeu de la photographie de nue. Une femme est offerte au regard avide du voyeur. Pourtant le jeu de noir et blanc - celui des peaux et parfois celui des photos - pose plusieurs questions. La nudité n’est pas signe de perversion mais de transgression et de subversion politique et surtout poétique. Si bien que, comme l’écrit Bataille « la nudité peut-être la plus pudique des exhibitions». Elle n'est en rien coupable (" nuditas criminalis ") et ne dénote ni la débauche, l’absence de vertu.

Koto Bolofo 2.jpgCette nudité devient esthétique, hédoniste et profonde par celle du langage lui-même. Les concepts d’érotisme ou de pornographie deviennent des concepts vides. Seule la forme fascine. Elle n’avance pas cachée. Le corps ne sort du tombeau de sa nudité afin de proposer un baiser funèbre. Celle-ci comma la photographie qui se transforme en épiphanie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Natacha Donzé : incarnations

Donzé.jpgLes textiles et les peintures de Natacha Donzé n’excluent jamais la peur mais recèlent une profonde beauté. Elles provoquent parfois même, en leurs fragments, une fascination. L’humain s’y « découvre » d’une autre façon. Son corps n’est plus un blason. Mais s’en dégage une puissance étonnante par un clin d’œil à une forme de dérivation de l’art textile le plus récent. Une puissance poétique est créée par les formes humaines et animales au sein de danses qui donnent aux situations des présences étranges. Le désir prend au sein de « ruines » d’étranges proportions, séquence par séquence, morceau par morceau.

Donzé 3.jpgAu cœur de l’hybridation se mettent en place de nouvelles données corporelles et une paradoxale injonction vitale qui sont suggérés en ces éléments du corps. Celui-ci demeure l’ « objet » (ou le sujet) obsessionnel par excellence que traite l’artiste. Confrontés à de telles œuvres - et c’est une de leurs valeurs majeures - les regardeurs sont plongés au sein d’une communauté étrange. Ne subsiste aucune sollicitude sécurisante pas plus qu’une tranquillité apaisante. Néanmoins restent des invitations au voyage emplis de sensualité par la force des couleurs et le feston des surfaces.

Donzé 2.pngEn ce sens - tout en pesant de son poids de « chair » par les effets de matière - l’œuvre demeure toujours céleste C’est d’ailleurs là toute l’ambiguïté et la force d’une telle résurrection. L’artiste sait déplacer nos points de vue en inventant de nouvelles incarnations. Cela s’appelle vanité humanité réduite à ses fragments et aussi échappées d’âme. Le corps en ses parcelles devient le lieu qui inquiète la pensée. Le premier situe, enveloppe, touche, déploie la seconde.

Jean-Paul Gavard-Perret

Natacha Donzé, Exposition personnelle, Quark, Genève, 18 janvier - 3 mars 2018.

23/12/2017

Anelies Strba : reprendre, recomposer

Strba2.jpgAnelies Strba, Galerie Anton Meier, Genève, jusqu’au 3 février 2018.


A partir de la photographie, plutôt que la saisie d’une « seule » image, Anelies Strba crée une forme de décalage et de floutage : elle donne une nouvelle identité de l’image. Celle-ci ne parle que par son propre langage selon une déconstruction formelle où la forme prend son impact par la couleur. Partant de substrats littéraires la créatrice offre une réflexion sur l’art lui-même. Tout est donc conçu selon des architectures improbables, des géométries colorées.

Strba3.jpgLe travail permet une sublimation ou plutôt un dépassement du réel, des modèles, de leur scénarisation. Le travail cherche moins une transposition du monde qu’une exploration du poétique visuel. Surgit en conséquence une théâtralité des formes et une chorégraphie abstraite. L’objectif cherché n’est plus l’identification d’un sujet. Et si certains éléments peuvent être identifiables cela reste secondaire.

Strba.jpgAnelies Strba cherche moins une « réalité » seconde qu’un processus de recomposition. Points de fuite et pans se démultiplient en de nouvelles présences afin d’atteindre une sorte d’effacement ou de déperdition de la photographie originale. L’œuvre devient une sorte d’architecture utopique et improbable par laquelle l’artiste métamorphose les illusions de réalité et met à jour cette frontière où naît l’œuvre d’art dans un renouvellement de son langage.

Jean-Paul Gavard-Perret